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Le death metal inspire du bonheur et non de la violence à ses adeptes

Des musiciens se produisent sur scène.

L'écoute de musique comme le death metal ne mène pas à une désensibilisation à la violence, conclut une étude australienne.

Photo : iStock

Radio-Canada

Certains styles de musique, notamment le death metal, comportent parfois des paroles très violentes, évoquant des scènes sordides. Pourtant, ce genre musical n'incite pas ses adeptes à devenir violents ou à tolérer la violence : il leur apporte plutôt du bonheur, indiquent les résultats d'une étude.

Les amateurs de death metal ne sont pas désensibilisés aux images violentes après une exposition à long terme à des paroles violentes. Toutefois, ils tendent à le devenir face aux paroles violentes elles-mêmes. Ce sont les conclusions auxquelles en est venu le laboratoire musical de l’Université Macquarie, située en banlieue de Sydney, en Australie, après avoir procédé à des tests psychologiques.

Les résultats des travaux de l’équipe du Pr Bill Thompson ont été publiés mercredi dans le journal Open Science (Nouvelle fenêtre) de la Royal Society.

Cette nouvelle étude s’inscrit dans le cadre de travaux menés depuis des décennies par le Pr Thompson et ses collègues sur les effets émotionnels de la musique.

Ces effets sont complexes, a-t-il expliqué en entrevue à la BBC.

Beaucoup de gens aiment la musique triste, et c'est un peu paradoxal : pourquoi voudrait-on se rendre triste? On peut poser la même question au sujet des chansons agressives ou violentes.

Bill Thompson, directeur du laboratoire musical de l’Université Macquarie

« Les amateurs de death metal sont des personnes sympathiques, a assuré le Pr Thompson. Ils ne vont pas sortir et s’en prendre à d'autres. »

Rivalité binoculaire

Les chercheurs ont recruté 32 amateurs de death metal et 48 autres personnes aux goûts plus standards afin de sonder leur subconscient. Ils leur ont demandé d’écouter du death metal ou de la pop tout en regardant des images violentes.

La chanson Eaten (dévoré) du groupe suédois Bloodbath (bain de sang), où le narrateur clame avec moult détails son désir d’être dévoré vif, a ainsi été opposée au grand succès pop Happy (heureux) de l’auteur-compositeur-interprète américain Pharrell Williams. Le contraste aurait difficilement pu être plus prononcé.

Le chercheur principal Yanan Sun a expliqué que le but de l'expérience était de mesurer à quel point le cerveau des participants réagissait à la violence des images qui leur étaient présentées et de comparer l'impact de l'accompagnement musical sur leur sensibilité.

Tandis que chaque participant écoutait l’une ou l’autre des chansons, on lui montrait une paire d'images, soit une pour chaque œil. Une scène était violente, une personne se faisant attaquer dans une rue, par exemple, et l'autre était inoffensive, comme un groupe marchant dans la même rue.

« C’est un concept appelé "rivalité binoculaire", a indiqué le Dr Sun. La base de ce test psychologique, c'est que lorsque la plupart des gens se voient présenter une image neutre d'un côté et une image violente de l'autre, ils remarquent davantage l'image violente. »

« La probable raison biologique derrière cela, c'est que le cerveau cherche à identifier les menaces », a expliqué le Pr Thompson.

De nombreux parents, groupes religieux et organismes de censure craignent que les adeptes de musique violente soient insensibles à la violence, mais si c’était vraiment le cas, ils ne présenteraient pas la même répulsion que d’autres devant les images violentes. Et ils ont eu exactement les mêmes réactions.

Bill Thompson, directeur du laboratoire musical de l’Université Macquarie

« La réponse émotionnelle dominante [au death metal] a été une réponse de joie et d'autonomisation (empowerment) », a signalé le Pr Thompson.

Ces résultats devraient rassurer les parents de jeunes qui écoutent de la musique agressive, a-t-il estimé.

Généralement, on craint que la violence présentée dans un cadre de divertissement entraîne des problèmes sociaux. « Si vous êtes insensible à la violence, peut-être que voir quelqu'un être blessé dans la rue ne vous dérangera pas et que vous ne l'aiderez pas », a convenu Bill Thompson.

Mais si différentes études laissent croire qu’il y a bien une telle désensibilisation chez ceux qui jouent beaucoup à des jeux vidéo violents, en particulier, il semble qu’il est autrement pour la musique.

« Un divertissement inoffensif »

Les membres du groupe Bloodbath, le chanteur Nick Holmes à l'avant plan.

Les membres du groupe Bloodbath, le chanteur Nick Holmes à l'avant plan, sur une photo de promotion.

Photo : Facebook/Bloodbath

Le « hurleur » actuel de Bloodbath, Nick Holmes, a dit n’avoir « aucun problème » à ce que la musique de son groupe ait été utilisée dans le cadre de cette étude. C'est cependant l'un de ses prédécesseurs, Peter Tägtgren, qui est au micro dans l'enregistrement original studio d'Eaten, utilisé dans lors des tests psychologiques.

Je serais franchement étonné si quelqu'un écoutait cette chanson et ressentait ensuite le désir d'être mangé par un cannibale!

Nick Holmes, chanteur du groupe Bloodbath

« Ces paroles constituent un divertissement inoffensif, comme le prouve l'étude », a-t-il assuré à la BBC. D’après lui, les chansons de Bloodbath et leurs paroles « équivalent à une version sonore d'un film d'horreur des années 1980 ».

« La majorité des amateurs de death metal sont des gens intelligents et réfléchis qui ont juste une passion pour la musique, a-t-il estimé. Ils ne sont pas différents de ceux qui sont obsédés par les films d'horreur ou par les reconstitutions de batailles historiques. »

Avec les informations de la BBC et d'Open Science

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