•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

La tragicomédie du Brexit

Theresa May debout à la Chambre des communes, parle au podium, devant un micro, alors qu'on voit des députés derrière elle.
Theresa May s'est adressée le 12 mars 2019 aux parlementaires à la Chambre des communes. Photo: Reuters / Handout
Yanik Dumont Baron

Il n'y avait pas que la voix de Theresa May qui semblait sur le point de flancher mardi aux Communes. L'ensemble de la classe politique britannique aussi. Le second rejet de l'entente négociée avec l'Europe souligne l'incapacité des élus d'avancer, de choisir une voie au nom du peuple.

Aucune trace d’ironie n’était audible dans la voix de la première ministre lorsqu’elle a terminé son discours vantant un accord de divorce qu’elle savait probablement déjà voué à une autre défaite.

« Montrons à quoi sert la politique », a lancé Theresa May, la voix cassée. Prouvons hors de tout doute que nous croyons que la démocratie vient avant le parti [politique], les factions ou les ambitions personnelles. »

Les huées et les rires étaient audibles lorsque la première ministre a prononcé ces derniers mots. Theresa May s’est immobilisée quelques secondes, les lèvres pincées, avant de poursuivre. « Il est temps de remplir la commande qu’on nous a passée », a-t-elle conclu.

Quelques heures plus tard, les élus ont confirmé qu’ils ne rempliraient pas la commande placée en juin 2016 par leurs concitoyens. Divisés dans leur propre parti, ils ont été incapables de faire un pas décisif vers le Brexit, préférant, encore une fois, remettre les difficiles décisions à plus tard.

Le choix du sur-place après des heures de débats, après des mois de discussions, de débats et d’échéanciers non respectés.

Une autre non-décision qui a probablement surpris peu de Britanniques.

Un deuxième rejet en deux mois

Le projet d'accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), renégocié par Theresa May, a été rejeté mardi par le Parlement britannique par 391 voix contre 242. L'accord initial avait aussi été massivement battu en Chambre le 15 janvier dernier, ce qui avait contraint la première ministre à rouvrir des négociations avec l’UE.

Des manifestants brandissent des pancartes.Des Britanniques manifestent en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne. Photo : Getty Images / Jack Taylor

Cela fait presque 1000 jours qu’ils ont choisi de justesse de quitter l’Union européenne. Près de 1000 jours à observer leurs élus faire de grandes déclarations de principes, de promettre l’impossible avant de se heurter aux murs de la réalité.

Le spectacle est tel que la responsable d’un important regroupement d’entreprises britanniques compare les travaux des élus au palais de Westminster à un « cirque ».

« Assez, c’est assez. Il faut voir la fin de ces échecs politiques », a déclaré Carolyn Fairbairn au Guardian.

Une responsabilité qui incombe à l'ensemble de la classe politique

Plusieurs livres seront écrits pour désigner des coupables, les responsables de cet immobilisme qui force l’une des grandes économies de la planète à demeurer dans une incertitude malsaine.

L’ensemble de la classe politique britannique doit en porter la responsabilité : ceux qui ont promis la lune aux électeurs, ceux qui ont tracé des lignes rouges trop inflexibles, ceux qui y ont vu l’occasion de prendre le pouvoir.

La première ministre May a été incapable de modifier sa stratégie une fois lancée. Dans son parti, les tenants d’un Brexit à tout prix n’ont pas mis d’eau dans leur vin. L’opposition travailliste, elle, n’a pas su proposer de solution de remplacement.

La méfiance entre élus et la mauvaise foi sont telles qu’ils ont été incapables de s’entendre sur une mesure qui ne devrait servir qu’en cas d’échec des négociations : le fameux filet de sûreté touchant la frontière irlandaise.

Et maintenant?

« Les choses ont changé. Il est temps de réévaluer », peut-on lire sur une pancarte installée devant le Parlement britannique, tout près d'une femme brandissant des drapeaux du Royaume-Uni et de l'Union européenne. Une partisane d'un second référendum sur le Brexit brandit des drapeaux de l'Union européenne et du Royaume-Uni devant le Parlement britannique, avant la déclaration de la première ministre May. Photo : Getty Images / TOLGA AKMEN

Faut-il un autre référendum? Une élection générale? Rouvrir d’autres négociations? Créer une assemblée citoyenne? Les élus n’arrivent pas à s’entendre.

Un spectacle offert devant un peuple qui ne semble plus trop y porter attention. La tragicomédie du Brexit a déjà duré plus de deux ans et demi.

Aujourd’hui, il est encore impossible de prédire si le divorce aura bel et bien lieu.

Cette crise du Brexit n’est pas une crise comme les autres. Elle a révélé de fortes tensions au sein même des partis politiques britanniques. Des tensions que certains jugeront... paralysantes.

International