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Les parlementaires britanniques rejettent un deuxième accord sur le Brexit

Le reportage de notre correspondant Jean-François Bélanger
Radio-Canada

À 17 jours de la date fixée pour le Brexit, les parlementaires britanniques ont rejeté pour une deuxième fois mardi l'accord de divorce avec l'Union européenne (UE), malgré de nouvelles garanties obtenues à la dernière minute par la première ministre Theresa May.

Le projet d'accord remanié a été battu par 391 voix contre 242 au Parlement. L'accord original avait été rejeté par 432 voix contre 202 le 15 janvier, ce qui avait contraint Mme May à reprendre son bâton de pèlerin pour tenter de convaincre l'UE de jeter du lest.

C'est au terme de ce processus que la cheffe du gouvernement britannique avait annoncé lundi soir avoir obtenu des « changements légalement contraignants » à l'accord, au terme d'une rencontre à Strasbourg avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Ces changements concernaient le « filet de sécurité » (ou backstop) irlandais, un dispositif de dernier recours qui vise à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord, province britannique, et la République d'Irlande, afin de préserver les accords de paix de 1998, qui ont mis fin à des décennies de violence interconfessionnelles, et l'intégrité du marché unique européen.

Les « Brexiters » sont contre ce dispositif, de crainte de rester indéfiniment « piégés » dans une entente avec l'UE, car il implique un alignement étroit de tout le Royaume-Uni sur les règles commerciales européennes en attendant la conclusion d'une meilleure solution. Pour eux, il s'agit donc d'une perte de souveraineté.

D'autres votes à venir

Prenant la parole, d'une voix particulièrement enrouée, la première ministre May a annoncé dès l'annonce du résultat du vote que les parlementaires seront appelés dès mercredi à se prononcer sur le bien-fondé de quitter l'Union européenne sans accord préalable, un scénario baptisé « hard Brexit ».

Elle a fait savoir du même souffle que les membres du Parti conservateur, qu'elle dirige, seront libres de voter comme bon leur semble. Les Tories, qui dirigent un gouvernement minoritaire grâce à l'appui d'un parti unioniste nord-irlandais, demeurent fortement divisés sur la voie à suivre pour l'avenir.

Si les parlementaires votent en faveur d'un divorce sans accord, le gouvernement britannique s'assurera de mettre en place les politiques nécessaires pour y parvenir, a dit Mme May. S'ils votent contre, les députés britanniques se prononceront dès jeudi sur la possibilité de repousser l'échéance du Brexit.

Je serai claire : voter contre une sortie sans accord et pour une extension ne réglera pas les problèmes auxquels nous faisons face. L'UE voudra savoir quel usage nous voulons faire d'une telle prolongation. Cette assemblée aura à répondre à cette question.

Theresa May, première ministre britannique

La première ministre a répété qu'elle est personnellement en faveur d'un Brexit négocié, afin que le Royaume-Uni quitte l'UE de façon « ordonnée », tout en soutenant que l'accord qui a été rejeté mardi est le « meilleur », voire le « seul disponible ».

Le chef de l'opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, a pour sa part conclu que l'accord défendu par Mme May est « mort ». Il a dit être contre un divorce sans accord préalable, et a annoncé que son parti déposerait sa propre proposition d'accord. Il a également plaidé pour le déclenchement de nouvelles élections.

Quelque 300 europhiles rassemblés devant le Parlement britannique ont applaudi mardi soir le rejet de l'accord.

L'Europe s'interroge sur la suite

Jusqu'à nouvel ordre, le Royaume-Uni doit quitter l'UE le 29 mars, soit deux ans après avoir évoqué l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui encadre un tel départ. Cette décision s'explique par le fait que 51,9 % des Britanniques ont voté pour le Brexit lors d'un référendum organisé le 23 juin 2016.

« Nous regrettons l'issue du vote de ce soir », a fait savoir le président du Conseil européen, Donald Tusk, par l'entremise d'un porte-parole. « Du côté de l'UE, nous avons fait tout ce qui est possible pour parvenir à un accord. [...] Il est difficile de voir ce que nous pourrions faire de plus. »

« À seulement 17 jours du 29 mars, le vote de ce jour a significativement accentué la probabilité d'un Brexit sans accord [...] S'il devait y avoir une demande raisonnée de la part du Royaume-Uni en faveur d'une extension, les Vingt-Sept l'étudieraient et décideraient à l'unanimité », a-t-il ajouté.

« L'UE a fait tout ce qu'elle pouvait pour aider à faire adopter l'accord de retrait », a pour sa part déclaré le négociateur en chef des Européens, Michel Barnier. « L'impasse ne peut être réglée qu'au Royaume-Uni. Nos préparatifs en vue d'un no deal sont désormais plus importants que jamais. »

Avec les informations de l'Agence France-Presse et de Reuters

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