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Visé par une enquête pour « sabotage », Guaido promet de « sortir le Venezuela de la pénombre »

Le chef de l'opposition vénézuélienne Juan Guaido, que de nombreuses nations ont reconnu comme son souverain par intérim, se rend à l'Assemblée nationale du Venezuela à Caracas, le 12 mars 2019.

Photo : Reuters / Marco Bello

Agence France-Presse

Oubliés un instant la faim, la soif et le courant coupé au sixième jour de la crise qui prive le Venezuela des services de base : devant une foule compacte, Juan Guaido a promis mardi à Caracas de « sortir le Venezuela de la pénombre, très vite ».

C'était la deuxième fois depuis le début, jeudi, de la panne d'électricité géante que le chef de l'opposition, qui s'est proclamé président par intérim le 23 janvier, convoquait la population dans les rues du pays.

Tandis que les communications revenaient dans la métropole, le gouvernement a affirmé que le courant était rétabli dans la plupart des États, à l'exception de certains secteurs.

Mais il reste difficile de joindre les autres villes. Et la population est éreintée par la course aux vivres frais et surtout à l'eau, sommée de payer le moindre achat en dollars.

À la mi-journée, le procureur général du pays, proche du régime, a annoncé l'ouverture d'une enquête visant l'opposant Juan Guaido, « pour son implication présumée dans le sabotage du système électrique du Venezuela », a-t-il indiqué.

M. Guaido, président de l'Assemblée nationale et président par intérim autoproclamé, a fait voter par les députés l'état d'alerte dans le pays et convoqué les Vénézuéliens à descendre dans les rues pour protester contre cette gigantesque panne, « partout dans le pays », à partir de 15 h, heure locale, ce qui promet, avec les retards habituels, des rassemblements à la nuit tombée.

Un rendez-vous qui peut mal tourner, alors que le chef de l'État Nicolas Maduro a de son côté lancé lundi soir un appel à la « résistance active » de la population contre les attaques fomentées selon lui « par les États-Unis » contre le système électrique du pays.

À Caracas, des résidents font des provisions d'eau à même la rivière.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Caracas, des résidents font des provisions d'eau à même la rivière.

Photo : Reuters / Stringer .

Mercredi chômé annoncé

Le gouvernement a de nouveau décrété une journée chômée jusqu'à mercredi matin, comme tous les jours depuis le début de la panne, le 7 mars.

Selon le ministre de l'Information, Jorge Rodriquez, « le courant est rétabli pratiquement dans tout le pays, mais la bataille de l'électricité continue ». La réalité est impossible à vérifier faute de moyens de communication.

Pour M. Maduro, les attaques « cybernétique » et « électromagnétique » contre la centrale de Gurri, dans le sud du pays, sont organisées par les États-Unis pour « désespérer » la population, afin de justifier une intervention militaire.

Il a annoncé l'arrestation de deux personnes qui, selon lui, s'apprêtaient à commettre un sabotage.

Pour l'opposition, ce chaos qui plonge pratiquement tout le pays dans le noir est dû à la « négligence et à la corruption » du régime.

Signe de fébrilité, un journaliste et défenseur des droits de la personne, Luis Carlos Díaz, a été arrêté lundi et son domicile a été perquisitionné par les services de renseignements qui l'accusent d'être lié aux attentats contre le système électrique, selon le Syndicat national des membres de la presse (SNTP).

Les charges retenues contre ce journaliste très connu au Venezuela et actif sur les réseaux sociaux ne sont pas connues. Le Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, dont une mission technique se trouve actuellement à Caracas, a tout de suit réclamé d'avoir accès à Luis Carlos Díaz. Sur Twitter, la haute-commissaire et ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, a exprimé sa « profonde inquiétude à propos de la détention présumée et du bien-être du [journaliste] renommé Luis Carlos ».

Le départ des diplomates américains demandé

Le gouvernement vénézuélien a par ailleurs affirmé mardi avoir « demandé le départ » des diplomates américains au plus tard jeudi à minuit, faute d'accords sur le maintien de chargés d'affaires après la rupture des relations entre les deux pays.

Le ministère des Affaires étrangères à Caracas a fait cette mise au point dans un communiqué au lendemain du rappel par Washington de son personnel, arguant d'une « détérioration de la situation ».

Pour Caracas, la présence de diplomates américains « constitue une menace à la paix, à l'intégrité et à la stabilité » du pays qui affronte la pire panne d'électricité de son histoire, dont il accuse les États-Unis, entre autres.

Selon le ministère, des fonctionnaires « au plus haut niveau » à Washington ont menacé « de recourir à la force armée sous le prétexte de protéger leurs personnels diplomatiques à Caracas ».

En conséquence, le Venezuela « a demandé au gouvernement américain la sortie du territoire du personnel restant dans un délai de 72 heures, qui a commencé le 12 mars à l'heure zéro ».

Des Vénézuéliens récoltent l'eau qui s'échappe d'un drain lié à la rivière Guaire à Caracas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Vénézuéliens récoltent l'eau qui s'échappe d'un drain lié à la rivière Guaire à Caracas.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Sanctions américaines

Les États-Unis n'ont pas tardé à réagir. Ils ont annoncé mardi qu'ils allaient imposer des sanctions « très importantes » à des institutions financières étrangères qui apporteraient un soutien à M. Maduro, que Washington essaye de faire partir à tout prix.

Ces sanctions supplémentaires seront appliquées « à très court terme », a déclaré Elliott Abrams, le représentant spécial des États-Unis pour la crise au Venezuela.

Il a précisé que les autorités américaines cibleraient également les pro-Maduro en imposant davantage de révocations de visas, qui visent déjà plus de 250 personnes.

Lundi, le Trésor américain avait sanctionné une première banque russe, Evrofinance Mosnarbank, relativement à la crise au Venezuela.

Au-delà des sanctions, Washington, qui a reconnu comme président par intérim du Venezuela l'opposant Juan Guaido, dispose toutefois d'options limitées pour écarter M. Maduro, tant que celui-ci conservera l'appui de l'état-major des forces armées de son pays en crise.

« Les États-Unis soutiennent pleinement le président par intérim Juan Guaido. Nous allons continuer à intensifier nos efforts pour mettre fin à l'usurpation de la présidence vénézuélienne par Maduro », a lancé pour sa part sur Twitter le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton. « Nous allons tenir l'armée et les forces de sécurité responsables pour la protection du peuple vénézuélien », a-t-il ajouté.

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