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Chez la hyène, des coalitions fortes donnent du pouvoir

Photo : Université d'État au Michigan

Alain Labelle

L'avancement social d'un individu dans une meute de hyènes passe d'abord par sa capacité à former de fortes coalitions avec d'autres individus, un statut qu'il peut ensuite transmettre à sa progéniture sur plusieurs générations.

Les travaux du biologiste Eli Strauss et de ses collègues de l’Université d’État du Michigan montrent ainsi que l’acquisition d’un statut social dans une meute de hyènes tachetées (Crocuta crocuta) passe d’abord par la capacité d’un individu à créer un bon réseau de relations, un « peu comme c’est le cas dans les organisations humaines ».

Une hyène.

Photo : Université d'État du Michigan

Une société organisée

« Les animaux de haut rang bénéficient clairement de ce système », explique Eli Strauss.

Mais l'organisation permet aussi aux hyènes de rang inférieur de remettre en question l'ordre hiérarchique établi et de tenter d'améliorer leur position dans la société.

Crocuta crocuta 101

  • La hyène tachetée vit dans la savane africaine.
  • Elle est reconnaissable à ses oreilles courtes et arrondies.
  • C'est un animal carnivore et charognard.
  • Chaque clan est dirigé par une femelle dominante.

Cette réalité permet de concilier les avantages d'un statut élevé avec l'apparition de conventions « arbitraires » qui structurent l'inégalité dans l’organisation du clan.

Il faut savoir que le fait de gravir l’organisation sociale dans une meute permet d’espérer une meilleure santé, mais aussi d’améliorer ses chances de survie et son succès reproductif.

Chez plusieurs espèces animales, le rang social est déterminé par la capacité de combat individuelle ou des attributs physiques. Ainsi, en général, les individus de rang inférieur sont incapables de battre ceux de rang supérieur qui sont souvent plus gros et plus forts.

Une meute de hyènes.

Photo : Université d'État au Michigan

Comme une famille royale

Ce n’est pas le cas chez les hyènes tachetées, dont le rang social est déterminé par héritage maternel, une structure qui peut être comparée aux familles royales.

La reine se trouve au sommet de la meute, et ses descendants héritent éventuellement de son trône.

Les hyènes tachetées vivent ainsi en grands groupes mixtes dont la hiérarchie est très stable et dans laquelle la « reine » exerce beaucoup d’influence et récolte beaucoup d'avantages. Parfois, cependant, sa couronne est remise en question, et des hyènes de rangs inférieurs réussissent à se faufiler dans les rangs supérieurs.

Une hyène court.

Une hyène

Photo : iStock / jandrielombard

Le saviez-vous?

En 2009, des anthropologues américains avaient montré que les hyènes apprennent des trucs pour avoir accès à la nourriture plus rapidement que les chimpanzés et qu'ils transmettent aussi leur apprentissage à d'autres membres de leur groupe plus rapidement que les singes.

Alliances stratégiques

Au cours de l’observation de cinq générations de hyènes d'un clan (27 ans) vivant dans la réserve nationale du Masai Mara au Kenya, les biologistes ont cependant observé de petits individus dominer des individus plus imposants, ou même des individus gravement blessés continuer de contrôler des membres du clan en bonne santé.

Cette observation a soulevé une question importante.

Étant donné que le rang a un effet important sur la condition physique de ces animaux, qu'est-ce qui maintient la stabilité d'un système où le rang est déterminé d'une manière aussi arbitraire?

Eli Strauss

La réponse est simple : c'est la force des alliances dans une société où les changements de rang sont rares.

Lorsque de tels changements se produisent, toutefois, ils sont créés par des femelles soutenues par de fortes coalitions.

Cette réalité explique donc pourquoi des animaux de rang inférieur dans les sociétés hiérarchiques structurées n'usurpent pas simplement le pouvoir des membres de groupes plus petits et plus faibles au fil du temps.

Imaginez, par exemple, combien il serait facile pour un jeune homme fort de renverser la reine Élisabeth II, qui est maintenant vieille et fragile. Elle conserve son statut élevé parce qu'elle a beaucoup d'alliés.

Eli Strauss

Reine des savanes

Dans leurs travaux, Eli Strauss et ses collègues ont mesuré les inversions de rang lorsque deux individus ou plus se sont associés pour en agresser un autre.

Les biologistes ont ainsi montré que les femelles qui forment de fortes coalitions avec d'autres femelles ayant des liens sociaux forts présentent le plus de chances de renverser leurs supérieures.

Leurs travaux montrent aussi que les individus qui s'engagent dans des coalitions sont plus disposés à défier les individus dominants ainsi que leurs sous-fifres.

C’est bon d'être la reine qui peut compter sur de fortes coalitions à sa disposition.

Eli Strauss

Des coûts pour la meute

Les guerres intestines au sein d’une meute ne sont pas sans conséquence, puisque certains individus peuvent se blesser ou mourir, et sont donc susceptibles de perdre leur place dans le groupe.

D’autres travaux seront réalisés dans les prochaines années afin d'évaluer les conséquences de telles guerres de pouvoir sur une meute.

Le détail de ces travaux est publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

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Zoologie

Science