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analyse

Boeing 737 MAX : confiance, sécurité et réputation sont en jeu

Des employés de Boeing devant un avion.

Boeing célèbre l'arrivée d'un appareil MAX 8.

Photo : Reuters / Jason Redmond

Gérald Fillion

C'est la confiance des voyageurs et la réputation de Boeing qui sont en jeu dans l'affaire de l'écrasement du 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines la fin de semaine dernière. Alors que les pilotes et les experts s'entendent pour dire que cet appareil est sécuritaire et représente une avancée importante dans le monde aérien, l'écrasement de deux appareils du même type en cinq mois, ayant fait près de 350 morts, suscite des inquiétudes légitimes.

Par respect pour les voyageurs, qui dépensent des fortunes pour voyager à bord d’appareils qui doivent être sécuritaires à 100 %, et parce que Boeing joue sa réputation, il est facile de comprendre pourquoi la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Chine, l’Australie, l’Indonésie notamment ont décidé de clouer au sol les Boeing 737 MAX 8 et de suspendre les vols de ces appareils dans leur espace aérien respectif.

En après-midi, mardi, on rapportait qu’un total de 31 compagnies aériennes avaient décidé de clouer au sol les avions 737 MAX 8. Sur les 370 avions de la famille 737 MAX en circulation, plus de 50 % de la flotte mondiale est sous le coup d’une interdiction de voler.

Est-il bien avisé, en retour, que le Canada ait choisi d’attendre les résultats des boîtes noires et de consulter des experts de l’aviation civile au pays avant de prendre une décision? N’est-il pas audacieux de la part du ministre des Transports Marc Garneau de déclarer, comme il l’a fait lundi, qu’il n’hésiterait pas un seul instant à monter à bord d’un 737 MAX 8?

Affirmant qu’il était prématuré de tirer des conclusions sur ce qui s’est passé la fin de semaine dernière, ne l’était-il pas également de se prononcer sur la sécurité de l’avion? Est-il bien prudent d’attendre, alors que d’autres pays ont décidé d’agir, de clouer les appareils au sol, le temps d’en savoir plus?

La confiance est en jeu

C’est la confiance ici qui est capitale. Les Canadiens doivent avoir confiance dans l’encadrement du secteur aérien. Ces appareils sont peut-être formidables, mais ils ont peut-être besoin aussi d’un ajustement essentiel à leur sécurité. Même si les accidents d’avion sont de moins en moins nombreux, à un moment où il y a de plus en plus de vols, il n’en demeure pas moins que près de 350 personnes ont perdu la vie dans l’écrasement de deux appareils 737 MAX 8.

Je me rappelle, lors de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, des gens de l’industrie disaient, et je paraphrase : « vous savez, la sécurité à 100 %, ça n’existe pas. » C’est vrai. C’est vrai pour les pipelines, les trains, les avions, les automobiles aussi bien sûr, qui tuent bien plus de gens chaque année que n’importe quel autre moyen de transport.

C’est vrai que la sécurité à 100 % n’existe pas, mais ce n’est pas une raison pour faire passer les finances des compagnies aériennes avant l’assurance d’une sécurité complète pour les voyageurs. Ici, on a l’impression que pour ne pas perturber les affaires d’Air Canada, de WestJet et de Sunwing, le gouvernement du Canada a choisi d’attendre d’autres informations.

Que fait Boeing?

Cela dit, il est encore plus étonnant que Boeing n’ait pas décidé lui-même de clouer au sol ses appareils dans le monde entier en attendant, à tout le moins, les résultats des boîtes noires. Non seulement la confiance est en jeu, mais la réputation de Boeing est à risque. Les actionnaires s’inquiètent d’ailleurs, l’action est en chute sur les marchés depuis lundi.

L’entreprise préfère répéter que ses avions sont sécuritaires. Un ralentissement des achats du 737 MAX 8 ou l’annulation de commandes pourrait coûter des milliards de dollars à Boeing. L’entreprise a des revenus de 100 milliards de dollars américains par année et vaut plus de 200 milliards en capitalisation boursière.

Le 737 existe depuis 50 ans, la version MAX a été lancée en 2011 et le MAX 8 en 2017. Le modèle 737 MAX représente 64 % de la production totale du Boeing jusqu'en 2032. L’an passé, le fabricant a livré 580 appareils de modèle 737 et 226 avions d’un autre type.

Près de 75 % des livraisons et 55 % de la valeur du carnet de commandes portent sur des appareils de la grande famille des 737. Ces avions sont le présent et l’avenir de Boeing.

Souhwest Airlines possède 34 avions Boeing 737 MAX 8 et en a commandé 383 de la gamme des 737. Après Southwest, c’est Air Canada qui possède actuellement le plus d’avions 737 MAX 8, avec un total de 24 avions en circulation. La compagnie aérienne a commandé 61 appareils de ce type. WestJet en possède 13 sur 55 commandes et Sunwing a 4 avions 737 MAX 8.

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