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  • Il y a 20 ans nous quittait le docteur Camille Laurin, psychiatre du Québec

    Image de profil en couleurs de Camille Laurin fumant une cigarette.
    Le docteur Camille Laurin, une des plus importantes figures politiques du Québec des 50 dernières années, est décédé le 11 mars 1999. Photo: Radio-Canada / Francis J. Menten
    Radio-Canada

    C'est le 11 mars 1999 que mourait le docteur Camille Laurin. Nos archives soulignent à quel point cet homme a joué un rôle important comme politicien et psychiatre au Québec.

    Un psychiatre innovateur pour les Québécois…

    Camille Laurin est né à Charlemagne le 6 mai 1922.

    L'intelligence précoce de Camille Laurin le fait remarquer par le député du comté de l’Assomption, Paul Gouin. Ce dernier parraine les études classiques que le père du jeune homme n’aurait pu lui payer.

    En 1943, Camille Laurin s’inscrit à l’Université de Montréal, où il étudie la médecine. Il y obtient des notes stupéfiantes.

    Il se spécialise en psychiatrie à Boston et à Paris dans les années 1950.

    À 35 ans, en 1958, il est nommé directeur de ce qui deviendra, quelques années plus tard, le Département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Il est aussi secrétaire de l’Association des psychiatres du Québec.

    Le docteur Camille Laurin a rapporté de ses études à l’étranger une conception moderne de la psychiatrie et de la maladie mentale qu’il veut mettre en application au Québec.

    Premier plan, 11 octobre 1959

    Le 11 octobre 1959, l’animateur Wilfrid Lemoine de l’émission Premier plan interviewe Camille Laurin. Les propos portent sur les raisons de la maladie mentale ainsi que les préjugés de la société envers celles et ceux qui en souffrent.

    L'interview est coupée en deux par des images sans son.

    En 1961, Jean-Charles Pagé, un ancien patient de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, publie un livre, Les fous crient au secours!, qui dénonce le retard des soins psychiatriques au Québec.

    La préface du livre est signée par le docteur Camille Laurin.

    Le livre choque et mobilise la société québécoise. En septembre 1961, le gouvernement de Jean Lesage réagit en créant la commission Bédard.

    Cette commission modernisera par ses recommandations la pratique de la psychiatrie au Québec dès 1962.

    … et la société québécoise

    Le docteur Camille Laurin voyait dans la médecine et la psychiatrie de puissants instruments de transformation sociale.

    C’est cette conception qui l’amène à s’engager dans la politique active et à appuyer le projet d’indépendance du Québec.

    En 1968, Camille Laurin est, avec René Lévesque, un des pères fondateurs du Parti québécois. À sa grande surprise, il est élu président de l’exécutif, ce qui fait de lui le numéro deux du Parti québécois.

    Conférence de presse, 27 décembre 1968

    Le 27 décembre 1968, Camille Laurin est interviewé après la conférence de presse que ce dernier donne sur la signification du sigle adopté par le Parti québécois.

    Dans cette brève entrevue, on entend les thèmes qui préoccupent le docteur Laurin et qui expliquent son engagement au sein du Parti québécois.

    L’électrochoc du docteur Laurin

    En 1970, Camille Laurin devient un des sept députés élus du Parti québécois à l’Assemblée nationale du Québec.

    Le 15 novembre 1976, le Parti québécois prend le pouvoir. Le premier ministre élu René Lévesque nomme Camille Laurin ministre d’État au Développement culturel.

    Le nouveau ministre est chargé de créer une nouvelle loi linguistique au Québec qui remplacera la très contestée loi 22 du gouvernement précédent de Robert Bourassa.

    Le docteur Laurin conçoit cette réforme comme un électrochoc salutaire et nécessaire pour rendre aux francophones québécois leur fierté et les sortir de leur léthargie politique.

    Le 1er avril 1977, Camille Laurin dépose à l’Assemblée nationale son projet de loi que l'on connaîtra sous le nom de Charte de la langue française ou Loi 101.

    Émission spéciale, Dépôt du projet de la Charte de la langue française, 1er avril 1977

    La télévision de Radio-Canada présente à cette occasion une émission spéciale qui relaie la conférence de presse du ministre. Son allocution exprime en mots très clairs les objectifs qui motivent son intervention législative.

    La Charte de la langue française établit le français comme seule langue officielle de l’État du Québec. C’est une rupture radicale avec l'histoire de la province depuis 1763 que propose le docteur Camille Laurin.

    On comprend dans ce contexte que le projet de loi sera combattu bec et ongles par certains secteurs de la société québécoise.

    Au sein de la communauté anglophone, notamment, Camille Laurin est détesté.

    Certains de ses opposants l’associent au vilain Dr Julius No, un des deux principaux protagonistes du film James Bond 007 contre Dr No.

    D’autres vont plus loin encore en le comparant au docteur Joseph Goebbels, le maître de la propagande de l’Allemagne nazie.

    La Charte de la langue française est adoptée le 26 août 1977. Précisément 10 ans plus tard, le Mouvement pour un Québec français célébrait son anniversaire.

    Téléjournal, 26 août 1987

    Le journaliste Claude Gervais était présent à cet événement et a enregistré certaines réflexions du docteur Laurin dans le reportage diffusé au Téléjournal le 26 août 1987.

    C’est un message inquiet et critique que Camille Laurin a alors livré.

    Selon lui, la loi 101 a donné un faux sentiment de sécurité aux francophones et a joué contre l’option souverainiste lors du référendum de 1980.

    La situation qu’il décrit devait être d’une triste ironie pour le politicien et le psychiatre.

    L’ex-premier ministre du Québec Lucien Bouchard a décrit le docteur Camille Laurin comme « celui qui a le plus contribué à affirmer l’identité du Québec. »

    Par son action médicale et politique, celui que ses collègues appelaient affectueusement « le docteur » a joué un rôle indéniable dans l’évolution sociale et politique du Québec des 50 dernières années.

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