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Ces jeunes guerriers du climat

Deux jeunes femmes, dont une qui parle dans un mégaphone et lève un bras dans les airs.
Adélaïde Charlier, à droite, et Kyra Gantois, à gauche, ont fait descendre dans la rue des milliers de jeunes. Photo: Radio-Canada / Yanik Dumont Baron
Yanik Dumont Baron

Des milliers d'écoliers devraient sécher les cours un peu partout sur la planète vendredi. Ils répondront à l'appel du mouvement « Youth for Climate », qui demande des gestes rapides et concrets contre les bouleversements climatiques. Portrait d'une des sources d'inspiration en Belgique, l'un des pays qui se sont le plus rapidement mobilisés pour cette cause.

« Je n’ai plus le temps pour l’école… » Adélaïde Charlier rit un peu, esquisse un sourire. La jeune femme de 18 ans semble bien comprendre l’ironie : l’organisation des grèves pour le climat nuit à ses études.

Pourtant, pas question de s’arrêter maintenant. La petite heure de train qui la ramène de Bruxelles vers la maison n’est pas vraiment une pause non plus. Il faut parler aux journalistes, planifier les jours à venir.

Assis en face d’elle dans le train, un jeune militant tente de la convaincre d’abandonner une entrevue télé prévue à Bruxelles la semaine suivante. Il plaide plutôt pour qu’elle se rende à Strasbourg pour une rencontre avec des députés européens.

Une jeune femme souriante dans un train. Adélaïde Charlier jongle désormais l'école, les manifestations et entrevues avec journalistes. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

« Peut-être que le Parlement européen est plus important? », demande le jeune homme, l’un des responsables de la logistique du mouvement Youth for Climate en Belgique.

Adélaïde Charlier s’informe des horaires de trains, cherche une façon de faire les deux. Difficile de choisir, de refuser des demandes.

Ressentir l’urgence

Chaque jour semble apporter d’autres demandes d’entrevues, de discours et de rencontres avec des politiciens ou des chercheurs spécialisés dans les questions climatiques. Une marque d’intérêt qui illustre aussi la rapidité à laquelle ce jeune mouvement s’est fait remarquer.

Il y a à peine trois mois, Adélaïde Charlier ne se voyait pas en porte-parole d’une jeunesse belge inquiète et frustrée par l’inaction des plus âgés devant la menace climatique.

« Je n’en avais pas entendu parler comme d’une urgence. Pourtant, ça l’était. » Le père d’Adélaïde Charlier est un ancien candidat écologiste, mais ce n’est pas lui qui l’a poussée à s’impliquer.

Une femme interviewée par deux journalistes. Adélaïde Charlier est rapidement devenue une porte-parole du mouvement en Belgique. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’étincelle est venue de Greta Thunberg, une Suédoise de 17 ans qui fait la grève pour le climat depuis l’été dernier. De nombreux jeunes ont été influencés par ses remontrances claires et concises à l’endroit des élus.

« Ce que j’ai vraiment aimé, c’est quand elle a dit [au Forum économique mondial de Davos en janvier] qu’elle ne voulait pas que les politiciens aient de l’espoir, mais qu’ils paniquent. C’est ce qui a fait le déclic pour moi : si on n’est pas inquiet, on ne va pas bouger. »

Un discours qui a fait basculer la vie d’Adélaïde Charlier. Son visage est maintenant souvent reconnu en Belgique; citoyens et chercheurs l’abordent dans les manifestations, lui offrent des conseils et des appuis.

Il est bientôt 21 h, Adélaïde Charlier et cinq coorganisateurs du mouvement arrivent dans la maison familiale. Sa mère a préparé une soupe vietnamienne. Tout en servant ses invités, Marie-Claude Charlier prend des nouvelles des amis de sa fille, leur offre une bière.

Toute une famille impliquée

Des jeunes assis autour d'une table. Sur une pancarte, on peut lire en anglais : « On ne peut pas attendre la fin de nos études ».Selon ces jeunes Belges, attendre la fin de leurs études pour agir pour le climat n'est pas possible. « Nous sommes à court de temps », a dit la Suédoise Greta Thunberg. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les jeunes militants dormiront tous chez elle ce soir. Une façon de prolonger la discussion et de gagner du temps de déplacement pour se rendre à la manifestation hebdomadaire du lendemain.

Il ne reste qu’une douzaine d’heures avant le coup d’envoi de cette marche, mais personne ne montre de signes de nervosité. Après tout, c’est leur neuvième, la machine commence à être rodée.

En quelques semaines, la famille Charlier a dû, elle aussi, s’adapter. « On lui donne parfois un coup de main pour gérer son agenda », explique la mère, Marie-Claude Charlier. « Ses soeurs l'aident à répondre sur son Facebook. On aide un peu à la logistique. »

Après le repas, elle parle de l’intensité de l’engagement de sa fille, de son voeu de ne plus prendre l’avion, trop énergivore. Une mère fière. Et parfois inquiète.

Marie-Claude Charlier parle de sa fille qui rentre tard et entreprend de rattraper ses travaux scolaires en pleine nuit. De celle qui se décourage parfois et qu’il faut réconforter.

« C'est vrai que c'est sans doute un peu trop », admet la mère. « Parfois, je pense qu'elle aurait besoin de juste se poser, se recentrer. C'est du non-stop. C'est beaucoup, beaucoup d'énergie. »

Une source d’inspiration

Un dizaine d'adolescents manifestent avec des pancartes. De nombreux jeunes ont manifesté à Louvain-la-Neuve. Sur la pancarte, on peut lire en anglais : « Nous vivons sur cette planète comme si nous en avions une autre où vivre. » Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

L’énergie est bien au rendez-vous le lendemain, malgré la courte nuit et les angoisses de dernière minute. Adélaïde Charlier est souriante, chaleureuse avec ceux qui l’abordent : les grand-mères motivées comme les relationnistes de l’université où a lieu la marche.

« C’est un rayon de soleil tout le temps », lance Julie Schummer, une de ses comparses de Youth for Climate. Elle va directement vers les gens, elle les met en confiance… c’est la personne la plus appropriée pour donner envie de suivre un mouvement. »

En tête de cortège, Adélaïde Charlier semble prendre plaisir à lancer des slogans que la foule répète à pleins poumons. « On est plus chaud, plus chaud que le climat! »

Une jeune femme parle dans un mégaphone.« Arrêtez de nous voler notre avenir » est l'un des slogans d'Adélaïde Charlier, l'une des jeunes à la tête du mouvement pour le climat en Belgique. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Il n’y a pas que les jeunes qui lui répondent en criant. Il y a aussi des « vieux » comme Jean-Pascal van Ypersele, une sommité dans la recherche climatique.

Ce chercheur belge a participé aux travaux du GIEC, le groupe d'experts de l'ONU sur la question climatique. Cela fait des décennies qu’il sonne l’alarme, tente de convaincre les politiciens de l’urgence d’agir.

Le mouvement de grèves pour le climat lui donne l'espoir de gestes concrets. L'interpellation des jeunes quant à leur futur est « beaucoup plus difficile à ignorer », selon lui, « qu'un rapport du GIEC aussi bien fait soit-il ».

Des centaines de manifestants; sur une pancarte, on peut lire : « Merci les jeunes! Vous portez la voix des générations. »Plusieurs adultes appuient le mouvement des jeunes et de nombreux parents permettent à leurs enfants de faire la grève les vendredis. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Ne pas s’arrêter

Malgré les cours séchés, Adélaïde Charlier devrait obtenir son diplôme d’études secondaires dans quelques mois. Après? Peut-être des études en sciences politiques.

La jeune femme est incertaine, préoccupée par l’urgence du présent.

Ça sert à quoi d’étudier pour devenir un expert si on n’écoute pas les experts aujourd’hui?

Adélaïde Charlier

Mieux vaut continuer de faire du bruit à toutes les tribunes possibles.

Demain, Adélaïde Charlier et des milliers d’autres élèves belges porteront leur message d’urgence jusqu’au siège de la Commission européenne à Bruxelles. Et elle ne compte pas s’arrêter là.

Des dizaines de jeunes manifestent. Sur une pancarte, on peut lire : « Même si j'adore les dinosaures, je n'ai pas envie de finir comme eux. »Les jeunes Belges n'entendent pas lâcher le morceau de si peu et espèrent avoir un impact sur les élections européennes. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les militants promettent de maintenir la pression tout le printemps, au moins jusqu’aux élections européennes à la fin mai. Un agenda chargé, qui pourrait forcer la jeune femme à repousser son désir de courir prochainement un triathlon.

Mais peu importe : Adélaïde Charlier demeure bien ancrée dans le présent, convaincue qu’il n’y a pas de meilleur endroit où investir l’énergie de sa jeunesse. L’énergie d’une nouvelle génération de militants. « Si, déjà aujourd'hui, on n'arrive pas à résoudre le problème [réduire la part des CO2 dans l’atmosphère], comment est-ce qu’on va arriver à le résoudre, nous, plus tard? Plus on attend, plus ça sera radical, ce qu’on aura à faire. »

Yanik Dumont Baron est correspondant en Europe

Changements climatiques

International