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Sunwing suspend les vols de ses 737 MAX 8

Sunwing est le premier transporteur canadien à suspendre les vols de ses avions 737 MAX 8.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le Canada continue pour l'instant d'ouvrir son espace aérien aux Boeing 737 MAX, mais la pression se fait de plus en plus forte sur le ministre des Transports, Marc Garneau. Mardi soir, le transporteur Sunwing a annoncé que ses quatre appareils de ce modèle ne voleraient plus dans le ciel canadien.

Dans un communiqué transmis en fin de soirée, Sunwing précise que sa décision est due à « des raisons commerciales évolutives non liées à la sécurité, dont notamment les restrictions d'espace aérien imposées sur certaines de nos destinations partenaires ».

Le transporteur ajoute que les quatre appareils retirés représentent moins de 10 % de sa flotte.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, doit faire le point sur le dossier du 737 MAX mercredi à 11 h HAE, a indiqué son cabinet.

« Tous les faits et preuves sont en train d'être analysés en temps réel et nous évaluons les actions potentielles », a écrit mardi midi sur Twitter le ministre Garneau, reprenant le message qu’il martèle depuis la veille.

Il a précisé qu’il annulait toutes ses activités prévues dans la journée « afin de rencontrer son panel d'experts de l'aviation civile » pour étudier la question.

« En ce moment, nous n'avons aucune information nous menant à des hypothèses », avait indiqué le ministre Garneau lors d'un court point de presse en matinée. Les boîtes noires ont été retrouvées, mais n'ont pas été analysées, a-t-il fait valoir.

« Le Canada ne sait pas ce qui a causé cet accident, et ces pays [qui ont fermé leur espace aérien] ne le savent pas non plus. »

C'est important de ne pas sauter aux conclusions, de ne pas se laisser influencer par les émotions, mais de regarder clairement tous les faits, de recueillir toute l’information, de faire toutes les consultations nécessaires.

Marc Garneau, ministre des Transports

Le ministre fédéral des Transports assure avoir toutefois indiqué à son équipe d'experts de se préparer à toute éventualité, par mesure de précaution. « J’ai demandé à mon équipe d’évaluer toutes les options qui existent, et ça inclut possiblement clouer temporairement les avions MAX 8 pour qu’on soit prêt si on décide de le faire », a-t-il indiqué.

Il a dit être en communication avec la Federal Aviation Administration (FAA) et le National Transportation Safety Board (NTSB), les agences fédérales américaines responsables de réglementer le transport aérien et d'enquêter sur les accidents, ainsi qu'avec des syndicats de pilotes de ligne et les compagnies aériennes canadiennes.

Si on a des explications ou de l’information qui nous indiquent qu’il y a un problème sérieux et qui pourrait être applicable à tous les avions de la flotte, certainement, nous allons agir immédiatement.

Marc Garneau, ministre des Transports

Comme il l'a soutenu lundi, Marc Garneau a répété qu'il n'hésiterait pas, à l'heure actuelle, à monter dans un Boeing 737 MAX 8.

Le Canada a par ailleurs mis en berne le drapeau flottant sur le parlement afin de rendre hommage aux 157 victimes de l'écrasement du Boeing 737 MAX 8, comprenant 18 Canadiens, survenu en Éthiopie, dimanche.

Les pilotes d’Air Canada pressent le ministre d’agir

L’Association des pilotes d’Air Canada, qui représente 4000 membres, a appelé le ministre Garneau dans un communiqué à « prendre des mesures proactives pour assurer la sécurité du public voyageur canadien ».

Une quarantaine d’appareils Boeing 737 MAX 8 sont en service au Canada. Air Canada en possède 24, WestJet 13 et Sunwing 4.

Maintenant qu’elles ont pleinement confiance dans leurs appareils, aucune de ces compagnies aériennes n'a décidé de les clouer au sol.

Air Canada a toutefois dû annuler les vols de ces appareils en partance d’Halifax et de Saint-Jean (Terre-Neuve-et-Labrador) à destination de Londres mardi et mercredi, puisqu’ils ne peuvent plus s'y poser.

WestJet a de son côté précisé que les vols de ses Boeing 737 MAX à destination de Londres et Paris étaient des vols saisonniers qui ne devaient commencer qu’en avril.

Panel de Patrice Roy avec Mehran Ebrahimi et Jean Lapointe

Préoccupés par leur sécurité, certains passagers ont cependant exprimé sur les réseaux sociaux leur souhait de modifier leurs plans afin d'éviter de voler sur un 737 MAX 8.

L'agence de voyages Flight Centre affirme que les passagers qui souhaitent changer leur vol devront payer les frais associés à ces changements.

Du côté des agents de bord d'Air Canada, qui sont représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique, on demande à la compagnie « de faire de la sécurité des passagers et des membres d’équipage la priorité dans ce dossier ».

S'exprimant par voie de communiqué, ces agents de bord se disent préoccupés depuis l’écrasement de dimanche et souhaitent ne pas être obligés de travailler à bord des appareils Boeing 737 MAX 8 s’ils ne le souhaitent pas.

Le syndicat réclame, « à tout le moins, que la compagnie continue à offrir des réaffectations aux agents de bord qui ne veulent pas voler sur ces appareils », a déclaré le président de la composante syndicale, Wesley Lesosky.

« La sécurité des passagers et des membres d’équipage doit être la priorité », a-t-il ajouté.

Les Boeing 737 MAX cloués au sol par un nombre croissant de pays

Deux personnes regardent des avions stationnés sur le tarmac de l'aéroport de Singapour.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Singapour ne permet plus aux appareils Boeing MAX 8 de quitter ou d'arriver sur son sol.

Photo : Getty Images / Roslan Rahman

L'Agence européenne de sécurité aérienne (EASA) a annoncé qu’elle fermait l'espace aérien européen aux Boeing 737 MAX 8 et 9 dès 15 h HAE.

Sa décision s’applique à tous les vols de ces appareils, qu'ils soient à destination, au départ ou à l'intérieur de l'Union européenne, et que les opérateurs soient européens ou issus de pays tiers.

Plusieurs pays européens – Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Pologne, Pays-Bas, Irlande et Norvège – avaient déjà indiqué qu’ils clouaient ces appareils au sol ou leur interdisaient de traverser leur espace aérien.

L'Australie, l'Irlande, la Malaisie, la Singapour et Oman ont fait de même.

La Chine, l'Indonésie et la Mongolie ont pour leur part décidé de clouer au sol les appareils 737 MAX 8, le modèle de l’appareil au centre de l’accident qui a fait 157 victimes en Éthiopie dimanche.

La Corée du Sud a limité son interdiction de vol aux deux Boeing 737 MAX 8 de la société Eastar Jet.

Les compagnies aériennes Ethiopian Airlines, Gol (Brésil), Aerolineas Argentinas (Argentine), Cayman Airways (îles Caïmans), Comair (Afrique du Sud) et Aeromexico (Mexique) ont aussi suspendu l’exploitation commerciale de ce type d’appareil.

Des précédents historiques

« Il y a un doute, et c'est normal que le doute profite à la sécurité », estime Michel Polacco, expert en aviation.

Comme l'a mentionné celui-ci en entrevue à Radio-Canada, ce n'est pas la première fois que des catastrophes aériennes entraînent le retrait temporaire de certains modèles d'avion.

Dans les années 1950, les Britanniques avaient retiré les appareils Comet de la circulation après plusieurs accidents. Même chose en 1975, lorsque le gouvernement américain avait suspendu les vols des DC-10, ou encore en 2000, après l'écrasement d'un Concorde, a rappelé M. Polacco.

Cette fois, ce qui est original, et que nous n'avions jamais connu, c'est que ce sont des pays qui, petit à petit, décident d'interdire un avion qui n'est pas de chez eux et qu'ils n'ont pas eu à valider ou certifier.

Michel Polacco, expert en aviation

Toujours selon cet expert, les ingénieurs de Boeing avaient éprouvé, lors du développement du 737 MAX, des problèmes similaires à ceux qui auraient pu provoquer les deux écrasements récents, dont celui en Éthiopie.

Le 737 est un bon avion, croit M. Polacco, mais un avion « ancien, qui a de la misère à absorber et supporter l'installation de moteurs beaucoup plus gros sous des ailes qui sont près du sol ».

Aux yeux de l'expert, le nouvel avion, avec ses possibles défauts, tient du « piège » : « Avec cet avion, suite à une panne de capteur, on se retrouve avec un système que l'on ne connaît pas, qui met l'avion en piqué avec une force terrible [...]. Pendant ce temps, c'est très difficile de chercher à découvrir l'origine de la panne, c'est trop compliqué pour des pilotes de ligne normaux. »

Les problèmes aérodynamiques du 737 MAX sont « inhérents » à l'existence même de l'avion et du positionnement de ses moteurs, a encore indiqué M. Polacco.

Trump s'entretient avec le PDG de Boeing

Le président Donald Trump s’est entretenu au téléphone avec le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, selon CNN. La Maison-Blanche n’a pas révélé la teneur de leur échange.

Alors que l’enquête sur l’accident ne fait que commencer, le président Donald Trump s’était auparavant tourné vers Twitter pour déplorer que les avions soient devenus « beaucoup trop complexes à piloter ».

Les pilotes ne sont « plus nécessaires » et ont été remplacés « par des informaticiens du MIT », le Massachusetts Institute of Technology, a-t-il affirmé.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je ne veux pas qu'Albert Einstein soit mon pilote. Je veux de formidables professionnels du vol qui sont autorisés à prendre facilement et rapidement le contrôle d'un avion!

Donald Trump, président des États-Unis

Lundi, la FAA a décidé de permettre à la nouvelle gamme des appareils de Boeing de poursuivre ses vols, obligeant cependant le constructeur à mettre à jour son manuel destiné à la formation des pilotes et à procéder d'ici avril à des modifications au logiciel et au système de stabilisation automatisé pour éviter le décrochage des appareils 737 MAX 8 et MAX 9.

Ce système de contrôle, appelé MCAS, était en cause dans l'écrasement d'un autre appareil Boeing 737 MAX 8, qui s’était abîmé en mer en Indonésie, en octobre dernier, entraînant la mort des 189 personnes à son bord.

L’appareil de Lion Air s’était, à l’instar du vol d’Ethiopian Airlines de dimanche dernier, également écrasé quelques minutes après le décollage.

Enquête en cours

Une équipe américaine d'enquêteurs et une équipe technique de Boeing sont arrivées mardi sur les lieux de l'écrasement du Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines.

La veille, les enquêteurs éthiopiens ont retrouvé les deux boîtes noires, soit l'enregistreur des conversations et des alarmes dans le cockpit et l'enregistreur des données de vol du Boeing 737.

Selon l’expert en aviation civile Jean Lapointe, il ne serait pas surprenant que les boîtes noires aient été envoyées en Europe et qu’on puisse avoir une « bonne idée » de la cause de l’écrasement d’ici 24 à 48 heures.

Si le MCAS était de nouveau montré du doigt, cela « pourrait être dévastateur pour Boeing et même amener ce transporteur à clouer lui-même les avions au sol », relève-t-il.

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