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Le ciel se rétrécit pour le Boeing 737 MAX

Un empennage d'un appareil 737 de Boeing.
Un appareil Boeing 737 MAX 8 au sol. Photo: Associated Press / Ted S. Warren
Radio-Canada

Le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Inde la Pologne, les Pays Bas et l'Irlande imitent les nombreux pays qui ont décidé de fermer leur espace aérien à tous les appareils Boeing 737 MAX à la suite de l'écrasement d'un de ces appareils, dimanche, en Éthiopie, lors duquel 157 personnes ont péri. 189 personnes avaient aussi perdu la vie, il y a six mois, en Indonésie, lors de l'écrasement d'un autre 737 MAX.

L'Australie, l'Irlande, la Malaisie, la Norvège, Singapour et Oman avaient déjà interdit à ces mêmes appareils de survoler leur territoire.

« Par mesure de précaution, nous avons donné les instructions d'arrêter tous les vols commerciaux de passagers de toute compagnie partant ou arrivant au Royaume-Uni ou survolant l'espace aérien », indique l'Autorité britannique de l'aviation civile (CAA) dans un communiqué.

Le dernier avion Boeing 737 MAX à avoir quitté l’aéroport londonien Heathrow est un appareil d’Air Canada. L’avion, qui a décollé quelques minutes avant l’entrée en vigueur de l’interdiction de vol au Royaume-Uni, se dirigeait vers Halifax.

La Direction générale de l'aviation civile française (DGAC) indique quant à elle qu’elle suit de près l’enquête sur l’écrasement d’un Boeing 737 MAX en Éthiopie bien que les sociétés aériennes françaises ne disposent d’aucun appareil de ce type.

« Compte tenu des circonstances de l'accident en Éthiopie, les autorités françaises ont pris la décision, à titre conservatoire, d'interdire tout vol commercial effectué sur un Boeing 737 MAX à destination, au départ ou survolant le territoire français. »

L'Agence européenne de sécurité aérienne (EASA) a annoncé qu’elle fermait l'espace aérien européen aux Boeing 737 MAX 8 et 9.

Sa décision s’applique à tous les vols de ces appareils, qu'ils soient à destination, au départ, ou à l'intérieur de l'Union européenne, que les opérateurs soient européens ou issus de pays tiers.

Contrairement à ces pays, le Canada a décidé pour l'instant de laisser ces appareils circuler dans le ciel du pays, a confirmé mardi le ministre canadien des Transports, Marc Garneau.

Aux États-Unis, la Federal Aviation Administration a décidé de permettre à la nouvelle gamme des appareils de Boeing de poursuivre ses vols, mais elle oblige le constructeur à procéder à des modifications au logiciel et au système de stabilisation automatisé pour éviter le décrochage des appareils 737 MAX 8 et MAX 9.

Ces modifications devront être exécutées « au plus tard en avril ».

Le régulateur a demandé lundi au constructeur américain d’effectuer des changements sur des logiciels et sur le système de contrôle MCAS conçus pour éviter les décrochages. Boeing devra également mettre à jour le manuel destiné à la formation des pilotes, a-t-on annoncé.

Prudence en Asie

Invoquant des vérifications nécessaires sur la fiabilité de cette gamme, le régulateur de l'aviation civile singapourien, un acteur important de l’aviation asiatique, a également suspendu temporairement les opérations de « toutes les variantes des appareils Boeing 737 MAX » dans son espace aérien.

La Chine, l'Indonésie, la Corée du Sud et la Mongolie ont eux aussi décidé de clouer au sol les appareils 737 MAX 8. La Corée du Sud a limité son interdiction de vol aux deux Boeing 737 Max 8 de la société Eastar Jet.

En Inde, les autorités ont imposé des mesures de sécurité supplémentaires aux équipes de maintenance qui travaillent sur ces appareils et aux équipages qui volent dans ces avions.

Outre les autorités civiles de ces pays, les compagnies aériennes Ethiopian Airlines, Gol (Brésil), Aerolinas Argentinas (Argentine) et Cayman Airways (îles Caïmans), Comair (Afrique du Sud) et Aeromexico (Mexique) ont décidé de faire de même.

Le transporteur aérien argentin Aerolineas Argentinas a annoncé la « suspension temporaire de l'exploitation commerciale  » de ses cinq Boeing 737 MAX 8 à la suite d’une fronde de ses pilotes.

La veille, ces derniers avaient annoncé qu'ils refusaient de voler sur ce modèle d'appareils jusqu'à ce qu'ils reçoivent « suffisamment d'informations et de garanties  ».

En Turquie, le transporteur Turkish Airlines a rejoint le mouvement, mardi en fin d'après-midi, en suspendant l'utilisation de ses 12 appareils 737 MAX 8, jusqu'à ce que l'incertitude sur la sécurité des avions soit levée.

Les gens avant l'argent

Mehran Ebrahimi, professeur au Département de management et technologie de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, soutient que le système de stabilisation automatisé (MCAS) de l’appareil « est dangereux pour l’appareil ».

« Le risque est élevé aujourd’hui avec ces avions-là », poursuit M. Ebrahimi.

Il estime qu’il est plus sage de clouer ces appareils au sol que de risquer la vie des passagers en dépit des conséquences économiques qui en découleront pour Boeing et les transporteurs aériens qui ont fait l’acquisition de ces avions.

Un Boeing 737 MAX.Un appareil de la compagnie Aerolineas Argentinas à l'aéroport d'Ezeiza près de Buenos Aires. Photo : Reuters

En dépit des inquiétudes que soulève son nouvel appareil à travers le monde, Boeing réitère sa pleine confiance en la sécurité de son 737 MAX dans un communiqué publié mardi.

L'avionneur ne prévoit pas donner de nouvelles orientations aux opérateurs.

La FAA exige des modifications

Pendant ce temps aux États-Unis, l'Agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) a décidé de permettre à la nouvelle gamme des appareils de Boeing de poursuivre ses vols, mais elle oblige Boeing à procéder à des modifications au logiciel et au système de stabilisation automatisé pour éviter le décrochage des appareils 737 MAX 8 et MAX 9.

Ces modifications devront être exécutées « au plus tard en avril ».

Le régulateur a demandé lundi au constructeur américain d’effectuer des changements sur des logiciels et sur le système de contrôle MCAS conçus pour éviter les décrochages. Boeing devra également mettre à jour le manuel destiné à la formation des pilotes, a-t-on annoncé.

Les 24 appareils d'American Airlines et les 34 de Southwest Airlines continueront entre autres à sillonner le ciel, tout comme ceux de United Airlines et d'Alaska Air.

En 40 ans, Washington a cloué au sol une flotte d’avions à deux occasions. La dernière remonte à janvier 2013, lorsque les 787 Dreamliner avaient été immobilisés pour des problèmes de batterie.

« L’aviation n’a plus besoin de pilotes, mais d’informaticiens du MIT », a déclaré le président américain Donald Trump sur Twitter déplorant que les développeurs cherchent constamment à améliorer inutilement « le modèle plus ancien et plus simple » qui demeure supérieur.

« Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne veux pas qu'Albert Einstein soit mon pilote. Je veux de grands professionnels de l'aviation qui puissent prendre le contrôle d'un avion facilement et rapidement », a-t-il ajouté, sans parler directement de Boeing ou des récents accidents.

Le géant américain de l'aéronautique emploie 150 000 personnes aux États-Unis.

Un vice de conception?

Bien que l’enquête sur l’écrasement d’un de ces appareils en octobre dernier ne soit pas terminée, les enquêteurs suspectent les systèmes de contrôle automatisés (MCAS) du Boeing 737 MAX d’avoir joué un rôle dans l’accident.

Selon un article paru dans le Wall Street Journal en novembre dernier, le nouveau système antidécrochage, conçu pour aider les pilotes à éviter que le nez de l’avion lève trop haut, pourrait avoir joué un rôle dans l’écrasement du vol de Lion Air.

« On sait que ce système peut s’enclencher, que ce système est dangereux dans cette position pour l’avion », soutient M. Ebrahimi. « On pense de plus en plus que les pilotes de Lion Air savaient probablement quoi faire, mais que la machine n’arrivait pas à le désamorcer. »

M. Ebrahimi croit que Boeing a peut-être peur d’être confronté à un problème de conception de l’avion. « Le 737 a été conçu dans les années 1960 à l’origine, explique-t-il. C’est un avion qu’on a un petit peu amélioré au fur et à mesure et qu’on a remotorisé, ce qui donne la version 737 MAX. »

Les nouveaux moteurs retenus par Boeing pour sa nouvelle gamme d’appareils étaient toutefois trop gros pour la hauteur de l’avion, explique M. Ebrahimi. « Les moteurs étaient beaucoup trop proches du sol, on a donc haussé la hauteur du train d’atterrissage et on a mis les moteurs un peu plus en avant. Mais en faisant ça, on a réduit la stabilité de l’avion. C’est pour ça qu’on a mis ce système-là [MCAS]. »

« Est-ce que le problème [des 737 MAX] peut se régler avec un logiciel ou est-ce une affaire plus sérieuse que ça?, s'interroge M. Ebrahimi. S’il faut aller vers une modification de conception de l’avion, là on est dans des proportions inimaginables que Boeing ne pourra pas supporter ».

Entrevue avec Mehram Ebrahimi, professeur titulaire au département Management et technologie de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM

Enquête en cours

Une équipe américaine d'enquêteurs et une équipe technique de Boeing sont arrivées mardi sur les lieux de l'écrasement du Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines qui a fait 157 morts, dont 18 victimes canadiennes.

Lundi, les enquêteurs éthiopiens ont retrouvé les deux boîtes noires, soit l'enregistreur des conversations et des alarmes dans le cockpit et l'enregistreur des données de vol du Boeing 737.

Un autre appareil Boeing 737 Max 8 s’était abîmé en mer en Indonésie, en octobre dernier, entraînant la mort des 189 personnes à bord. L’appareil de Lion Air s’était, à l’instar du vol d’Ethiopian Airlines de dimanche dernier, également écrasé quelques minutes après le décollage.

Avec les informations de l'Agence France-Presse et Reuters

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