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Algérie : « Le régime vient de confirmer son indifférence humiliante »

Un homme manifeste sa joie à Alger après l’annonce du président Abdelaziz Bouteflika qui a dit renoncer à se présenter pas pour un cinquième mandat.
S’il est vrai que l’annonce de ce lundi a été célébrée avec un concert de klaxons dans certains quartiers d’Alger, observateurs et acteurs de ce mouvement refusent d’y voir une victoire. Photo: Reuters / Ramzi Boudina
Karim Ouadia

Le nouveau rebondissement à la tête de l'État algérien, soumis à la pression populaire d'un impressionnant mouvement de contestation depuis plusieurs semaines, suscite la méfiance et l'incompréhension. Le retrait de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat présidentiel et le report de l'élection pour la magistrature suprême intriguent plus qu'ils ne rassurent.

S’il est vrai que l’annonce de lundi a été célébrée avec un concert de klaxons dans certains quartiers d’Alger, observateurs et acteurs de ce mouvement refusent d’y voir une victoire.

Mustapha Bouchachi, avocat et figure de proue de cette contestation, évoque « une victoire partielle », mais l'essentiel reste à faire, laisse-t-il entendre.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Me Bouchachi rappelle que la revendication des Algériens « ne se limite pas au report de l’élection et au retrait de la candidature du président ».

Il imagine des acteurs crédibles pour une période de transition réussie, après le départ de ce pouvoir.

Je pense que la période de transition devrait être sous la supervision d’un gouvernement né d’une concertation élargie impliquant des personnes crédibles.

Mustapha Bouchachi, avocat et figure de proue de la contestation algérienne

« Le système en place » doit partir

Elle est assise devant un drapeau algérien et sourit.Zoubida Assoul, présidente de l’union pour le changement et le progrès. Photo : Facebook

Le pouvoir n’a pas écouté les millions d’Algériens sortis dans la rue, estime Zoubida Assoul, avocate et présidente de l’Union pour le changement et le progrès.

En entrevue à l'émission 24/60 sur ICI RDI, Mme Assoul affirme que l’annonce faite par le pouvoir est « totalement en contradiction avec la demande du peuple algérien », soit le départ et la rupture totale du système politique en place.

Abdelaziz Bouteflika renonce à briguer un cinquième mandat, mais il propose carrément un prolongement de son quatrième mandat, fait remarquer Zoubida Assoul.

Pour Fodil Boumala, universitaire et activiste politique indépendant, « le régime d'Alger vient de confirmer son indifférence humiliante quant à la volonté du peuple à revendiquer un changement radical pacifique ».

« Par sa démarche autoritaire, anticonstitutionnelle et impopulaire, le régime militaro-politico-financier se radicalise en s'inscrivant dans la sauvegarde de ses intérêts au détriment de l'Algérie et opte pour le déni de la voix du peuple en général et de sa jeunesse en particulier », dit-il en entrevue à Radio-Canada.ca.

Sa feuille de route est une grande mascarade et elle est, aux yeux des Algériennes et Algériens, pire que la candidature d'un mort-vivant.

Fodil Boumala, universitaire et activiste politique indépendant

Pour M. Boumala, le mouvement de contestation doit se poursuivre. « Il y a tendance, dès ce soir, à la consécration de la grande dynamique nationale du peuple et à son affirmation par la voie d'une résistance pacifique et démocratique généralisée », conclut l’activiste politique.

Le pouvoir aurait-il compris?

Akram Kharief, journaliste spécialisé en défense et sécurité, estime quant à lui que l’annonce de lundi soir traduit la volonté des véritables tenants du pouvoir (deep state) « d’enrayer un processus qui aurait pu mener le pays vers une guerre civile », explique-t-il à Radio-Canada.ca.

Ils ont répondu au refus du bain de sang et de la confrontation violente. Ils entendent l’obligation de réformes, l’ouverture économique et politique, estime M. Kharief, pour qui cette annonce ne peut pas être le fait uniquement du cercle du président Bouteflika.

Ils sont conscients, selon lui, que le peuple a besoin de plus de garanties pour faire aboutir le changement politique, à savoir, le départ de tous ceux qui ont constitué les quatre mandats de Bouteflika : « l’oligarchie économique, l’appareil sécuritaire et la clientèle politique du régime Bouteflika ».

Que propose Bouteflika?

Dans sa missive destinée à la nation, Abdelaziz Bouteflika renonce à un cinquième mandat présidentiel et reporte l'élection prévue le 18 avril.

Il promet des changements importants au sein du gouvernement. Le premier ministre, Ahmed Ouyahia, est remplacé par Noureddine Bedoui, qui était auparavant ministre de l'Intérieur.

Il préconise la mise en place d’une Conférence nationale inclusive et indépendante pour l’élaboration et l’adoption de tous types de réformes devant constituer le socle du nouveau système pour transformer l’État.

Le président Bouteflika a créé un poste de vice-premier ministre, qu’il a offert à Ramtane Lamamra, qui reprend le ministère des Affaires étrangères qu'il avait dirigé pendant près de quatre ans, jusqu’en mai 2017.

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