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analyse

Comment refonder le PQ s’il n’écoute pas?

René Lévesque devant un micro
René Lévesque a prononcé un discours vibrant en clôture du congrès de fondation du Parti québécois le 14 octobre 1968. Photo: Radio-Canada
Michel C. Auger

Le Parti québécois est à la politique ce que le Canadien de Montréal est au hockey. Il a eu une histoire glorieuse, des partisans enthousiastes et des leaders historiques. Si le protocole le permettait, on verrait sans doute les numéros des Lévesque, Laurin, Parizeau et plusieurs autres être retirés et hissés au plafond du Salon bleu.

Le grand problème du PQ est toutefois le même que celui du CH : ça fait trop longtemps qu’il n’a pas gagné la Coupe. La dernière victoire du PQ avec une majorité des sièges et la majorité des voix était en 1994. L’année précédente, le Canadien soulevait pour la dernière fois l’argenterie de Lord Stanley.

Mais alors que, dans le sport, chaque début de saison ramène l’espoir, en politique, la frustration s’installe beaucoup plus rapidement. Et les partisans sont beaucoup plus facilement conquis par les arguments d’une autre équipe.

La réalité, c’est que depuis un quart de siècle, le PQ et son option ont été en déclin presque constant. Quoi qu’en dise Jean-François Lisée dans son dernier livre, ce ne sont pas les médias qui ont inventé l’idée d’un Parti québécois en état de mort imminente. Les journalistes n’ont eu qu’à rapporter le déclin lent et constant des intentions de vote.

Cette lente érosion n’a pas empêché les dirigeants du PQ de refuser systématiquement toute remise en question des dogmes, même en disant les souhaiter. De la « Saison des idées » de Bernard Landry, après la défaite de 2003, à l’exercice d’oser « Repenser le PQ » de Paul St-Pierre Plamondon peu avant les dernières élections, toutes ont fini par tourner en eau de boudin.

À la place, le PQ s’est réfugié dans une constante recherche d’un sauveur : Bouchard, puis Boisclair ou Marois, Péladeau ou Lisée... Parfois, le nouveau chef était aux antipodes des positions de son prédécesseur, mais qu’à cela ne tienne : la personnalité du nouveau chef allait être suffisante pour l’emporter.

Le pays réel

On n’a pas saisi le message quand François Legault a quitté le navire en disant que « le pays rêvé est en train de nuire au pays réel ». On l’a vite évacué en disant que ce n’était qu’une question d’ambition personnelle.

André Boisclair avait introduit la notion moderne de nationalisme civique, qui avait eu le mérite d’attirer au PQ beaucoup de jeunes, qui l’ont quitté après qu’on lui a montré la porte en faisant de lui le responsable de la défaite de 2007.

Revenu au pouvoir, minoritaire, après les élections de 2012, le PQ s’est enfermé, avec la Charte des valeurs, dans une logique identitaire qui a contribué à sa défaite 15 mois plus tard. Mais, surtout, cela l’aura éloigné d’une part importante de la jeunesse québécoise, même si cela était populaire chez les électeurs plus âgés.

En même temps, le PQ accréditait l’idée que le parti de René Lévesque avait renié son héritage et était devenu ce qu’il redoutait le plus : un vieux parti prêt à faire le nécessaire pour garder le pouvoir, quel qu’en soit le prix.

Un exemple : en 2012, le PQ faisait campagne sur le thème de « sortir le Québec du pétrole » et, en 2014, il proposait de devenir riches en exploitant le pétrole qu’on n’avait pas encore trouvé à Anticosti... On ne devrait pas se surprendre que les électeurs, surtout les plus jeunes, aient vu la manoeuvre.

En même temps, comme pour le Canadien, être responsable de la « franchise » que constitue le PQ vient avec des obligations. Le parti de René Lévesque et de Jacques Parizeau ne peut pas être bassement électoraliste comme les autres. Il doit représenter quelque chose de plus grand que ses chances de réélection.

Il est à l'Assemblée nationale lorsqu'il était premier ministre du Québec.Lucien Bouchard Photo : La Presse canadienne / Clément Allard

Un parti pas comme les autres...

C’est un héritage qui peut être lourd à porter, mais c’est aussi ce qui a fait du PQ un parti pas tout à fait comme les autres. Et s’il devait perdre cet héritage, pour bien des électeurs, il ne serait plus le PQ qu’ils ont voulu appuyer.

Ce qui nous ramène au départ de Catherine Fournier, qui est un signe que personne ne peut ignorer. De toute évidence, Mme Fournier veut refonder le PQ sur de nouvelles bases et elle ne croit pas que la direction ou l’aile parlementaire actuelle du parti soit capable de le faire.

Comme pour prouver qu’elle a raison, le chef parlementaire du parti s’est mis à remettre en question sa légitimité, comme si René Lévesque n’avait pas fait exactement la même chose en quittant le Parti libéral à la fin de 1967...

Refonder un parti est une tâche énorme que Mme Fournier ne peut porter seule sur ses épaules. Non seulement elle aura besoin d’aide, mais elle aura besoin d’idées. Or, à la lumière des entrevues qu’elle aura données au jour de son départ, elle est cruellement en déficit d’appuis et de nouvelles idées.

Il lui faudra, et rapidement, montrer qu’elle représente plus qu’une députée qui ne voit pas de sortie dans le contexte actuel. Ce n’est pas la première fois que quelqu’un lance ce défi au PQ. Mais force est de constater que le parti a rarement voulu entendre le message.

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