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Trois histoires surprenantes sur le patrimoine bâti

Une entrée de maison lumineuse avec de grandes portes vitrées et des sculptures de fer.
L'entrée de l'immeuble Édouard-Masson. Photo: Courtoisie / Keven Lavoie
Stéphanie Dupuis

Vous les croisez peut-être tous les jours sans savoir que ce sont des bâtiments de valeur patrimoniale. Ils sont abandonnés ou cachés, voire oubliés, ou encore leur valeur est insoupçonnée. Voici trois histoires surprenantes sur le patrimoine bâti à Montréal.

1- Une station-service comme monument historique

Protéger un lieu où il a longtemps été possible de faire le plein d’essence, ce n’est pas le premier réflexe qui nous vient. Pourtant, c’est ce qui s’est produit pour cette ancienne station-service de L’Île-des-Sœurs, conçue en 1968.

Son architecte, l’Allemand Ludwig Mies van der Rohe, est l’une des figures les plus importantes de l’histoire de l’architecture moderne. Son nom figure aux côtés de géants du métier tels que le Français Le Corbusier et l’Américain Frank Lloyd Wright. Parmi ses réalisations, on compte le Seagram Building à New York, imaginé en collaboration avec Philip Johnson et Phyllis Lambert. Le Westmount Square, à Montréal, figure aussi parmi ses créations.

En plus de reconnaître la valeur architecturale de la station-service habillée de verre, la Ville de Montréal a cité le bâtiment de la rue Berlioz pour des raisons historiques. L’endroit rappelle l’importance cruciale de l’automobile dans le développement de L’Île-des-Sœurs.

Si de faire déplacer un grand architecte pour une station-service peut sembler surprenant, il faut préciser que la commande s’inscrivait dans un plan d’ensemble de croissance du quartier. En plus de l’actuel monument, Mies van der Rohe a dessiné ses voisines, trois tours d’habitation. Ce n'est qu’une pincée d’éléments qui ont motivé citoyens et organisations à entamer une réflexion sur son avenir aussitôt qu’Esso a annoncé vouloir quitter les installations en 2008.

Aujourd’hui, le monument historique est devenu un centre communautaire intergénérationnel appelé La Station. Il est un exemple à suivre en matière de revalorisation. À preuve, il a même remporté un prix d’excellence de l’Ordre des Architectes du Québec (OAQ) en 2013 dans la catégorie reconversion et recyclage, un succès que l’on doit à la firme FABG.

2- L'étage caché du Centre Eaton

Un restaurant de style Art déco pouvant accueillir de 500 à 600 convives à Montréal, ça… a existé! Et c’était au neuvième étage du Centre Eaton. Dès 1931, défilés de mode, banquets, événements : toute une ambiance régnait dans cet espace qu’on appelait le restaurant L’Île-de-France. Eaton lui-même recevait ses invités dans ce lieu dont l’architecture et le nom sont inspirés d’un paquebot.

Un grand restaurant avec des convives dans un style Art déco.Le restaurant L'Île-de-France, situé au 9e étage du Centre Eaton. Photo : Courtoisie / Centre Eaton de Montréal

Après avoir connu des difficultés financières et vendu son magasin, Eaton a fermé les portes de l’espace du neuvième en 1999. Quelques mois plus tard, l’œuvre de l’architecte français Jacques Carlu est classée monument historique pour sa valeur architecturale et historique. Au même moment, le mobilier bénéficie du même sort. Chaque pièce est numérotée, protégée et entreposée à cet étage. Témoin important de la culture des grands magasins, ce trésor caché est maintenant entre les mains d'Ivanhoé Cambridge, une société immobilière du Québec.

Depuis 20 ans, l’ancien restaurant sommeille derrière des portes closes. Impossible de visiter les lieux, en piètre état, pour des raisons de sécurité. Ivanhoé Cambridge se dit à la recherche d’un partenaire-opérateur pour réanimer cet espace. Selon cette filiale, de 10 à 15 millions de dollars seraient nécessaires pour le remettre aux normes et lui redonner ses lettres de noblesse.

3- La demeure d'Édouard Masson, un trésor bien gardé

Des boiseries d’une grande beauté, des sculptures de fer distinguées, un sous-sol digne d’un château. Personne ne se doute que cette propriété de la rue Sherbrooke Est cache à l’intérieur de ses murs une architecture aussi somptueuse. Et l’histoire du personnage qui s’y rattache n’en est pas moins intéressante.

Édouard Masson, un célèbre avocat et juriste, travaillait aux côtés de Camilien Houde. Il a d’ailleurs été un stratège essentiel à son élection à la mairie, en 1928. Mais son histoire reste dans l’ombre, souvent confondue avec celle de l’homme d’affaires du même nom qui a fondé Sainte-Marguerite, dans les Laurentides.

En 1933, Édouard Masson a fait construire sa maison du 2250, Sherbrooke Est. Il a choisi pour le faire Louis-Joseph Bigonesse, un architecte inspiré par le style Beaux-Arts qui surfait alors sur la vague de la croissance économique et démographique de la métropole. C’est d’ailleurs à lui que l’on doit l’Académie Saint-Christophe, de la rue Saint-André, à Montréal, et plusieurs habitations des quartiers Westmount, Outremont et Notre-Dame-de-Grâce.

Jusqu’à récemment habités par l’une des filles de Masson, Jocelyne, la maison et le terrain ont d'abord été vendus à Axnor Développements inc. qui souhaitait en faire des condominiums de luxe. Un peu plus tard, le propriétaire a eu une mauvaise surprise en commençant les forages : la maison est fissurée et le terrain, hautement contaminé, puisqu'il est situé sur un ancien dépotoir. Le décontaminer lui coûterait des millions de dollars, ce qui le pousse à se défaire de la propriété en 2018. Le nouveau propriétaire, Gestion XX, n’a pas encore de projets pour le bâtiment, mais il loue ponctuellement la luxueuse propriété pour des tournages de films.

Bien que Montréal reconnaisse la maison Édouard-Masson comme un immeuble d’une valeur patrimoniale exceptionnelle situé dans un secteur de même valeur, elle n’est pas pour autant classée ou citée. Libre au propriétaire d’en faire ce qu’il en veut.

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