•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bouteflika renonce à un 5e mandat en Algérie, la présidentielle reportée

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika lors d'élections locales en 2017

Photo : Getty Images / Ryad Kramdi

Radio-Canada

Devant un mouvement de contestation qui ne s'essouffle pas, Abdelaziz Bouteflika renonce à un 5e mandat présidentiel en Algérie. La présidence a aussi annoncé que l'élection prévue le 18 avril est reportée sine die.

Dans une missive destinée à la nation, le président Bouteflika a expliqué que ce sont les manifestations majeures survenues ces dernières semaines en Algérie qui ont motivé ces décisions.

« Je comprends les motivations des nombreux compatriotes qui ont choisi ce mode d’expression dont je tiens, une fois de plus, à saluer le caractère pacifique. Je comprends tout particulièrement le message porté par les jeunes en termes, à la fois, d’angoisse et d’ambition pour leur avenir propre et pour celui du pays », a déclaré M. Bouteflika dans son message.

Le président, handicapé à la suite d'un AVC subi en 2013, avait malgré tout été réélu lors de la présidentielle de 2014. Dans son message de lundi, il assure qu’il ne briguera pas un cinquième mandat, affirmant qu’« il n’en a jamais été question pour [lui] ».

« Mon état de santé et mon âge ne m’assignant comme ultime devoir envers le peuple algérien que la contribution à l’assise des fondations d’une nouvelle République en tant que cadre du nouveau système algérien que nous appelons de tous nos vœux », dit-il.

Abdelaziz Bouteflika avait pourtant annoncé, le 10 février dernier, son intention d’être de nouveau candidat à la présidence, qu'il occupe depuis 1999. Cette annonce avait conduit à un mouvement de contestation sans précédent en Algérie.

Le président a aussi indiqué que son choix de reporter l'élection présidentielle visait à « apaiser les appréhensions » de la population.

« Afin d’ouvrir la voie à la généralisation de la sérénité, de la quiétude et de la sécurité publique », affirme-t-il.

Selon lui, ce report permettra de « préparer le plus rapidement possible l’avènement d’une nouvelle ère en Algérie ».

À cette fin, des changements importants au sein du gouvernement auront lieu sous peu, a également annoncé le président.

Entrevue avec le journaliste indépendant Khaled Drareni, à Alger.

Nomination d'un nouveau premier ministre

Dans la foulée de l'annonce présidentielle, on a appris la démission du premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, ainsi que la nomination à ce poste de Noureddine Bedoui, qui était auparavant ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales.

Du même souffle, M. Bouteflika a créé un poste de vice-premier ministre, qu’il a offert à Ramtane Lamamra, qu’il a aussi nommé ministre des Affaires étrangères. M. Lamamra avait déjà occupé le poste de ministre des Affaires étrangères pendant près de quatre ans, jusqu’en mai 2017.

En entrevue à RFI, le nouveau vice-premier ministre a assuré que les prochaines élections seraient « absolument libres naturellement ». « Toutes les conditions, donc, seront réunies », a affirmé M. Lamamra.

Quant à la « conférence nationale inclusive » qu’Abdelaziz Bouteflika avait signifié en février vouloir amorcer s’il était réélu, dans le but de dégager un « consensus sur les réformes et les changements que notre pays devra engager », elle aura tout de même lieu et devrait compléter son mandat avant la fin de l’année 2019.

Cette commission, qui « sera équitablement représentative de la société algérienne », fixera la date de la prochaine élection présidentielle.

Elle devra aussi aboutir à un nouveau projet de Constitution, qui « sera soumis à un référendum populaire », a assuré M. Bouteflika.

« Voici la voie du salut que je vous invite à emprunter ensemble pour prémunir l’Algérie contre des épreuves, des déchirements et des déperditions d’énergies. Voici la voie d’un sursaut collectif pacifique pour permettre à l’Algérie de réaliser tout son potentiel dans une démocratie épanouie, digne des gloires de l’Histoire de notre Nation », conclut le président.

Ce message a été suivi de manifestations de joie dans les rues d'Alger.

Certaines des personnes rassemblées ont cependant affiché leur prudence, en soulignant que les manifestants souhaitaient une refonte totale du système politique actuel.

Un sursis pour Bouteflika?

En entrevue à Radio-Canada, le journaliste algérien Fayçal Métaoui a mis en doute la bonne volonté d’Abdelaziz Bouteflika.

« Est-ce que le président Bouteflika n’a pas finalement prolongé son quatrième mandat sans nous le dire, puisqu’il n’a donné aucune date pour l’élection présidentielle prochaine et qu’il s’est engagé à accompagner la transition? », s'interroge-t-il.

« Il veut gérer lui-même la nouvelle République réclamée par l’opposition et il veut probablement désigner son successeur », avance-t-il aussi.

Un autre journaliste algérien, Khaled Drareni, qualifie pour sa part le report des élections présidentielles d'« injustifié et injustifiable ».

« Parce que nous ne sommes ni en période de guerre ni de conflit. […] Le président de la République va rester président au-delà de son quinquennat de manière totalement anticonstitutionnelle », dénonce-t-il.

Fayçal Métaoui se demande quant à lui si les annonces de lundi seront suffisantes pour mettre un terme au mouvement de contestation des Algériens.

« Vendredi prochain, 15 mars, ce sera un test. Est-ce que les Algériens vont continuer à sortir pour demander le départ du régime? S’il n’y a pas de sortie, ça veut dire que les Algériens ont accepté les propositions faites par Bouteflika », croit-il.

« Mais à partir du moment où il n’y a pas de cinquième mandat, on peut penser au moins partiellement à une victoire pacifique, puisque le président Bouteflika ne va pas rester cinq ans [de plus] au pouvoir, comme cela était programmé par ceux qui l’entourent », juge le journaliste.

Avec des informations de l'Agence France-Presse

Politique internationale

International