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Les jumeaux identiques, un véritable casse-tête pour les autorités policières

Des jumeaux criminels.
Des scientifiques européens ont développé une méthode pour distinguer les infimes différences dans le code génétique des jumeaux identiques. Photo: Getty Images / mammuth
Marie-France Bélanger

Quand des jumeaux identiques basculent dans la criminalité, le système judiciaire peut être pris au dépourvu. Dans un cas où toute la preuve repose sur un échantillon d'ADN, il est impossible de distinguer un individu de l'autre. Mais grâce aux progrès scientifiques, ils n'échapperont peut-être plus à la justice.

Imaginez la situation suivante : les policiers retrouvent des traces d’ADN sur une scène de crime. Il n’y a aucun témoin. En comparant l’échantillon recueilli avec les données de la banque d’ADN, les autorités identifient le suspect.

Mais, coup de théâtre! L’individu a un jumeau identique, avec qui il partage le même code génétique. C’est l’impasse. Au cours des dernières années, de tels cas sont survenus aux États-Unis et en France, notamment.

Les jumeaux identiques sont probablement l’un des pires cauchemars des policiers. Les techniques d’analyse standard de l’ADN ne permettent tout simplement pas de les distinguer.

« Quand un jumeau va être accusé, il va dire que c’est son frère. L’autre va venir dire que c’est son frère. Ils vont se lancer la balle. Le juge est coincé », explique Léo Lavergne, un spécialiste de la biologie judiciaire. Aujourd’hui retraité, il a contribué à la mise en place, en 1989, du Laboratoire d'analyse d'ADN au ministère de la Sécurité publique.

On est devant le problème d’un clone.

Léo Lavergne, spécialiste de la biologie judiciaire

Pratiquement identiques

Des cellules représentées en rouge avec un noyau rose.Modélisation par ordinateur d'ovules représentés en rouge. Photo : Getty Images/iStock Photo / CG Toolbox

Les jumeaux identiques sont issus d’un même ovule fécondé par un spermatozoïde.

« On ne peut pas être plus identique. Ils ont exactement à ce moment-là le même bagage génétique », explique le Dr Daniel Sinnett, généticien et directeur de la recherche au CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal.

Puis, lorsque l’ovule fécondé se divise en deux pour former deux individus, de petites mutations peuvent apparaître dans les cellules. L’ADN, le bagage génétique qui se trouve dans chaque cellule, peut être modifié lors de la division des cellules pour en créer de nouvelles.

À chaque division cellulaire, votre génome, votre livre de vie, est dupliqué. C’est comme si vous aviez une secrétaire qui réécrit le code. Lors de la réécriture, il y a une possibilité d’avoir des mutations.

Dr Daniel Sinnett, généticien

Pour utiliser une analogie, les jumeaux identiques seraient comme deux romans identiques, avec la même police de caractère, la même année de parution, la même histoire.

Tout est pareil à l’exception, peut-être, de quelques fautes de frappe. Et ce sont ces quelques fautes de frappe, sur quelque 3 milliards de lettres du code génétique, que les scientifiques tentent de trouver.

Percée scientifique?

Des scientifiques européens ont développé une méthode pour distinguer les infimes différences dans le code génétique des jumeaux identiques. Mais pour relever des dissimilitudes, il faut littéralement faire un balayage complet de tout le code génétique, alors qu’un test d’ADN standard utilise un échantillon beaucoup plus restreint.

Pour reprendre l’analogie du livre, il faut alors relire chacune des lettres qui le composent et non plus seulement certains paragraphes. C’est ce qu’on appelle le séquençage de nouvelle génération, un outil à la fine pointe de la technologie qui existe depuis quelques années.

Micheal Krawczak, professeur d’informatique médicale à l’Université de Kiel, en Allemagne, s’intéresse à l’ADN des jumeaux identiques depuis plusieurs années. Il a publié ses plus récents résultats dans la revue scientifique PLOS genetics en décembre dernier (Nouvelle fenêtre).

Le chercheur a développé un cadre mathématique pour bien mesurer les probabilités. En gros, plus il y a de mutations chez un individu, par rapport à son jumeau, plus l’identification tient la route. « Avec deux mutations, les chances de se tromper sont d'une sur un million. Avec trois mutations, c’est une chance sur un milliard », dit-il.

Bien que le nombre de jumeaux identiques impliqués dans des crimes n’est pas si grand (une personne sur 250 en moyenne est un jumeau identique), le professeur croit tout de même que ses travaux pourraient permettre d'élucider certaines affaires.

Le reportage de Marie-France Bélanger a été présenté à l'émission Les années lumière, à ICI Radio-Canada Première.

Les limites

Cette technique a cependant des limites. Dans 20 % des cas, il n’y a pas de mutations qui distinguent les jumeaux identiques.

Par ailleurs, pour que ce soit accepté en Cour, il y a encore plusieurs étapes à franchir, selon Léo Lavergne, retraité du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec.

« Si on arrive avec une preuve comme ça à la cour, il va falloir l’expliquer, montrer la documentation, montrer qu’on maîtrise la technologie, expliquer ça au juge, prévient-il. Il pourrait même refuser la preuve s’il estime que le procédé n’est pas assez fiable. Toutes ces étapes devront être répétées lors de plus d’un procès. »

Science