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9000 églises sont en péril au Canada, selon un groupe de défense du patrimoine

Deux femmes sur le perron d'une petite église blanche, sur un terrain vague.
Lindway Alliban et Erin McKnight ont acheté l'église luthérienne Bethany pour en faire une salle de concert, offrant ainsi aux artistes un lieu pour leurs prestations à Hazlet. Photo: Katie Toney
Radio-Canada

Au cours de la prochaine décennie, le Canada perdra le tiers de son patrimoine religieux, selon l'organisme sans but lucratif Fiducie nationale du Canada, qui estime à 9000 le nombre d'églises et lieux de culte menacés au pays.

Le déclin des congrégations religieuses et le coût croissant des frais d'entretien expliquent, en grande partie, la nécessité de fermer, de vendre, de démolir ou de trouver de nouveaux usages pour d'anciennes églises.

Selon le chef du projet Régénération de la Fiducie nationale du Canada, Robert Pajot, aucune communauté canadienne n’est épargnée par cette évolution.

« Certaines personnes qualifient cette situation de crise et je suis plutôt d'accord. Cela va concerner tout le monde », soutient Robert Pajot.

Pour lui, non seulement les bâtiments sont en péril, mais aussi le sentiment d’appartenance à la communauté permis par ces espaces de culte.

Les lieux de foi sont vraiment, depuis des générations, des centres de la vie communautaire.

Robert Pajot, chef du projet Régénération de la Fiducie nationale du Canada

La Fiducie nationale du Canada s'est associée à un autre organisme à but non lucratif, basé à Toronto, appelé Faith & the Common Good, pour organiser des sessions de formation à l'intention des congrégations religieuses pour les aider à prendre des décisions immobilières.

« Ces lieux sont plus que des lieux de culte, ils sont des points de repère dans leurs communautés », rappelle Robert Pajot.

En milieu urbain, le processus de sécularisation et l’émergence de nouvelles pratiques spirituelles réduisent la fréquentation des lieux de culte chrétiens traditionnels. L’accroissement d’une immigration plus religieuse ne suffit pas à inverser cette tendance.

Dans les zones rurales, le vieillissement de la population et l’exode rural contribuent à remettre en question l’existence de nombreux édifices religieux.

L’exemple des Prairies

Dans la ville d'Indian Head, située à 70 km à l'est de Regina, il y eut jusqu’à 11 églises et salles paroissiales. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quatre encore en activité.

Will et Victoria Sutherland y ont acheté l'église anglicane déconsacrée de St-John, il y a cinq ans. Le couple a entrepris une importante rénovation afin de convertir le vieil édifice en une maison de quatre chambres.

« Nous avons vu des gens frapper à la porte et nous dire : " Je me suis marié dans cette église, puis-je voir ce que vous faites? ", déclare Victoria Sutherland. « Si les gens ont un lien affectif avec cet endroit et sont reconnaissants de ce que nous faisons, je me sens presque obligé de les laisser entrer dans notre espace, car dans un sens, c'est aussi leur espace », observe Victoria Sutherland.

Un couple, avec un jeune enfant, sourient au sein du ancienne église en très mauvais état.Will et Victoria Sutherland, avec leur fille Elizabeth, ont transformé l'église anglicane déconsacrée d'Indian Head, en Saskatchewam, en logement familial. Photo : Radio-Canada / CBC/Bonnie Allen

D’autres églises ont perdu leur usage sacré pour se transformer radicalement. Ainsi, certaines sont devenues des galeries d'art, des salles de concert, des bibliothèques, des centres communautaires et, parfois même, des microbrasseries.

Par exemple, l'église luthérienne Hazlet, située au nord-ouest de Swift Current, en Saskatchewan, est restée vide pendant près de 25 ans jusqu'à ce que deux amies, Lindsay Alliban et Erin McKnight, l'achètent en 2016 pour la convertir en salle de spectacles.

La fin ultime : la démolition

Il arrive aussi qu’une ancienne église soit tellement détériorée que même les responsables du patrimoine admettent la logique de sa destruction.

À Edmonton, l'ancienne église presbytérienne Westmount, devenue trop vétuste, a été détruite. Elle a fait place à une église moderne, plus petite, à laquelle se sont aussi ajoutés un ensemble de 16 logements abordables et une garderie.

Toutefois, le déclin démographique et l’exode rural font parfois en sorte que la démolition n’entraîne aucune reconstruction.

Ainsi, il y avait sept églises en activité à Govan, situé à 110 km au nord de Regina. Aujourd'hui, cinq ont fermé leurs portes et, seules, les églises luthérienne et catholique organisent ponctuellement des services religieux et des funérailles dans cette localité de 197 habitants.

Le village de Meath Park, situé à 170 km au nord-est de Saskatoon, a aussi démoli son église en 2018 en raison de risques pour la sécurité liés à des problèmes de fondation. Les résidents qui ont tenté de s’opposer à cette démolition ont été repoussés par la GRC.

à gauche de la photo, l'église en bois de Meath Park encore debout. à droite de la photo, le tas de gravats qui reste de l'église démolie.L'ancienne église du village de Meath Park, en Saskatchewan Photo : Radio-Canada / CBC/gracieuseté de Pauline Bear

Pour Robert Pajot, la destruction de ces anciens bâtiments est toujours une tristesse.

Selon lui, il est important de reconnaître que les gens sont émotionnellement attachés à ces lieux de foi. L’avenir de ces derniers doit donc être abordé avec sensibilité et tact.

Le chef du projet Régénération de la Fiducie nationale du Canada suggère que, désormais, une conversation ait lieu dans toutes les villes canadiennes.

« Cela finit par être déchirant pour la communauté », témoigne Robert Pajot. « Il y a parfois un mélange de honte, d'embarras et de colère. C'est un véritable cocktail d'émotions qui doit être abordé avec beaucoup de sensibilité », conclut-il.

Avec des informations de Bonnie Allen.

Saskatchewan

Urbanisme