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Le président Bouteflika de retour en Algérie

Abdelaziz Bouteflika ne s'est pas adressé aux Algériens depuis un AVC en 2013.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Radio-Canada

Abdelaziz Bouteflika, qui s'est rendu à Genève le mois dernier pour des examens médicaux, est revenu dans son pays dimanche. Le président algérien n'a pas pris la parole en public depuis 2013, quand il a subi un AVC, et fait face à une vague de contestation sans précédent depuis le 22 février dernier.

L'avion qui l'a conduit en Suisse le 24 février a décollé d’Alger cette nuit, selon les enregistrements radar. Il s'est posé quelques heures plus tard à l'aéroport de Genève-Cointrin, où un important dispositif policier avait été déployé.

L'avion a redécollé à destination d'Alger à 11 h (HE), avec à bord le président de 82 ans. Il a atterri un peu moins de deux heures plus tard à l'aéroport militaire de Boufarik, selon Ennahar TV, chaîne privée d'info en continue en Algérie.

Un avion du gouvernement algérien, un Gulfstream fabriqué par Bombardier et immatriculé 7T-VPM, a été vu sur le tarmac de l'aéroport de Cointrin, à Genève, dimanche matin. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un avion du gouvernement algérien, un Gulfstream fabriqué par Bombardier et immatriculé 7T-VPM, a été vu sur le tarmac de l'aéroport de Cointrin, à Genève, dimanche matin.

Photo : Reuters / Denis Balibouse

Le 10 février, celui qui dirige l’Algérie depuis 1999 a annoncé qu’il briguerait un cinquième mandat à la tête du pays, et ce, malgré des problèmes de santé l'ayant considérablement affaibli.

Il n’en fallait pas plus pour que la jeunesse algérienne sorte dans la rue. Le pays compte 42 millions d’habitants, dont 54 % ont moins de 30 ans, selon des chiffres de juin 2018.

Les manifestations pacifiques des derniers jours sont sans précédent depuis l'interruption des élections de 1991, dont le premier tour avait été remporté haut la main par le Front islamique du Salut.

Dimanche encore, des milliers d'étudiants et d'Algériens défilent à Alger et ailleurs dans le pays, scandant « Bouteflika, pas de cinquième mandat ». « Bouteflika est le bienvenu s'il rentre au pays, mais nous ne voulons plus de lui à la présidence », a déclaré Aziz, un étudiant.

Slogans et drapeaux nationaux font partie de l'arsenal des manifestants, qui prennent l'Algérie d'assaut depuis le 22 février.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Slogans et drapeaux nationaux font partie de l'arsenal des manifestants, qui prennent l'Algérie d'assaut depuis le 22 février.

Photo : AFP/Getty Images / Ryad Kramdi

Les vacances universitaires de printemps, qui devaient commencer le 20 mars en Algérie, ont d’ailleurs été avancées de 10 jours, samedi, par le ministère de l'Enseignement. La décision n'a pas été justifiée, mais de nombreux défilés sont partis des campus universitaires depuis le 22 février.

Pendant ce temps, le parti du président, le Front de libération nationale (FLN), ne cesse d’appeler toutes les parties à travailler ensemble pour mettre fin à la crise, comme il l’a encore fait dimanche. Le chef d'état-major de l'armée, le
général Gaïd Salah, a par exemple assuré que l'armée et le peuple ont « la même vision de l'avenir », selon des propos rapportés par la télévision d'État. Il n'a pas mentionné explicitement les manifestations contre Bouteflika.

Cela ne semble en rien endiguer la colère des manifestants, fatigués de la corruption et du chômage, qui touche 25 % des moins de 30 ans, et lassés par une élite âgée jugée déconnectée des préoccupations des jeunes.

Le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu le 18 avril. Le Conseil constitutionnel doit valider les candidatures mercredi.

Requête pour placer Bouteflika sous curatelle

La manifestation de vendredi, à Alger, a attiré plusieurs milliers de personnes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La manifestation de vendredi, à Alger, a attiré plusieurs milliers de personnes.

Photo : AFP/Getty Images / Ryad Kramdi

Une requête a par ailleurs été déposée vendredi, en Suisse, par l'avocate Saskia Ditisheim, présidente de la branche suisse de l'ONG Avocats sans frontières. Elle demande au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant de Genève de placer le président algérien sous curatelle, invoquant son état de santé.

La requête n'a pas été déposée au nom d'Avocats sans frontières et il n'est pas clair si le tribunal suisse examinera cette requête ou si elle a une chance d'être acceptée.

Agissant pour le compte d'une citoyenne algérienne non identifiée, l'avocate affirme que la « santé fragile » de Bouteflika l'expose à être « manipulé » par son entourage.

Elle estime « évident que le président algérien est à ce jour incapable de discernement, dans un état de santé très précaire, et que tous ses actes, aussi bien le dépôt de sa candidature que les communiqués, ne sont pas effectués par lui-même, mais par son entourage politique et familial qui le manipule ».

La requête de curatelle demande aussi d'« autoriser les curateurs à délier les médecins des hôpitaux universitaires de Genève » du « secret médical » à l'égard de Bouteflika et à les autoriser à obtenir une « attestation médicale se prononçant sur ses aptitudes à gouverner un pays ».

Elle demande que« toute communication officielle au nom » de M. Bouteflika fasse l'objet d'un « accord préalable » des curateurs « afin de s'assurer que les propos tenus émanent réellement du pupille ».

« Ce curateur devra être nommé en dehors du cercle entourant le président et devra nécessairement faire preuve de neutralité et être dénué de tout conflit d'intérêts éventuel », demande-t-elle.

Avec les informations de Reuters et de l'Agence France-Presse

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