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Ce que l'on sait de l'écrasement en Éthiopie d'un Boeing 737 MAX 8

Des gens passent près d'un débris de l'avion d'Ethiopian Airlines qui s'est écrasé près de la ville de Bishoftu.

Photo : Reuters / Tiksa Negeri

Radio-Canada

L'écrasement d'un Boeing 737 d'Ethiopian Airlines, a fait 157 morts, dont 18 Canadiens, dimanche. L'appareil venait de décoller de la capitale éthiopienne Addis-Abeba, à destination de Nairobi, au Kenya.

En conférence de presse, le PDG d'Ethiopian Airlines, Tewolde Gebremariam, a confirmé que 18 Canadiens étaient morts lors de l'accident qui est survenu quelques minutes après le décollage de l'aéroport international Bole d'Addis-Abeba.

L'avion comptait 149 passagers et 8 membres d'équipage. Sur les 157 personnes qui s'y trouvaient, M. Gebremariam a mentionné la présence à bord de l'avion de 32 Kenyans, 18 Canadiens, neuf Éthiopiens, huit Italiens, huit Américains, huit Chinois, sept Français, sept Britanniques, six Égyptiens, cinq Néerlandais, quatre Indiens, quatre Slovaques, trois Autrichiens, trois Suédois, trois Russes, deux Marocains, deux Espagnols, deux Polonais, deux Israéliens et un Belge.

En tout, 35 nationalités étaient représentées.

Cet accident s'est produit à la veille de l'ouverture à Nairobi de la conférence annuelle du Programme des Nations unies pour l'environnement, dont le siège social est dans la capitale kenyane.

Dix-neuf employés de l'ONU ont péri dans l'écrasement, a annoncé le porte-parole du directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations, Antonio Vitorino. « La tragédie affecte profondément toute la famille de l'ONU », a-t-il souligné.

« Plusieurs autres membres d'au moins cinq organisations de l'ONU ou affiliées ont semble-t-il péri » dans l'accident, a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a exprimé sa « tristesse profonde ».

Les drapeaux de l'ONU devaient être abaissés à mi-mat dans ses différentes implantations en signe de deuil.

Désintégration de l'avion

L'avion, un appareil neuf qui venait tout juste d'être livré à la compagnie en novembre, s'est écrasé près de Bishoftu, à 62 km au sud-est de la capitale Addis-Abeba.

En s'écrasant, l'avion a creusé un impressionnant cratère, labourant la terre sur des dizaines de mètres de longueur. L'avion s'est désintégré à l'impact : on ne distinguait plus la forme de l'appareil, mais seulement des morceaux de carlingue éparpillés.

Des examens médicolégaux seront bientôt pratiqués afin d'identifier individuellement toutes les dépouilles.

Selon un témoin, Tegegn Dechasa, « l'avion était déjà en feu lorsqu'il s'est écrasé au sol ». En fait, « l'avion était déjà en flammes à l'arrière juste avant l'écrasement », a-t-il dit.

Pour sa part, un agriculteur nommé Sisay Gemechu a entendu un grand bruit « similaire au bruit d'une ambulance ».

« L'avion semblait essayer d'atterrir dans un champ voisin, mais il s'est écrasé avant de l'atteindre », a-t-il affirmé.

Le site Flight Radar 24 a indiqué sur Twitter que le suivi du vol ET 302 montrait que l'avion avait une vitesse ascensionnelle instable après le décollage.

Six minutes après le décollage, les tours de contrôle ont « perdu le contact » avec le pilote.

Selon le PDG de la compagnie, le pilote avait auparavant indiqué qu’il éprouvait des difficultés et avait demandé l'autorisation de faire demi-tour, ce qu'il a obtenu.

Tewolde Gebremariam a cependant également souligné que l'avion n'avait jamais eu de problèmes techniques et que le pilote avait un « excellent dossier de vol ».

La compagnie a également précisé que l'appareil avait fait l'objet d'une inspection de routine « rigoureuse » le 4 février dernier.

Un homme se tient au milieu d'un cratère, il tient un morceau de métal dans ses mains.

La compagnie aérienne a partagé dimanche cette image de son PDG, Tewolde Gebremariam, sur les lieux de l'écrasement.

Photo : Ethiopian Airlines

Un nouveau modèle de Boeing en cause

Cette impossibilité de l'avion de revenir à son point de départ fait dire à Jean Lapointe, expert en aviation civile, que les pilotes ont été aux prises avec un problème très important.

« Le pilote a demandé de revenir. C’est-à-dire qu’il avait encore le contrôle de l’appareil. […] Mais l’avion n’a pas eu le temps de prendre beaucoup d’altitude. Parce qu’il faut savoir qu’Addis-Abeba, c’est quand même presque 8000 pieds au-dessus du niveau de la mer », a-t-il expliqué en entrevue à RDI.

M. Lapointe a estimé qu’il sera important de retrouver les deux enregistreuses de vol pour comprendre ce qui s’est passé, soulignant que cet écrasement est le deuxième accident d'un Boeing 737 MAX 8 depuis l’automne dernier.

Des hommes portant des dossards à l'effigie de la Croix-Rouge fouillent dans la terre à travers les débris.

Des travailleurs de la Croix-Rouge s'affairent à travers les débris sur le lieu de l'écrasement.

Photo : AFP/Getty Images / MICHAEL TEWELDE

Le Boeing 737 MAX 8 est le dernier-né de la lignée des Boeing 737, « l’avion commercial le plus vendu sur la planète dans l’histoire de l’industrie du transport aérien ». « On prévoit en avoir plusieurs dans le ciel dans les prochaines années », a commenté l'expert.

Mehran Ebrahimi, professeur titulaire au département de Management et technologie de l'École des sciences de la gestion à l'UQAM, a indiqué que des pilotes ont déjà fait part de certains problèmes de stabilisation avec le Boeing 737  MAX 8.

« Depuis un certain temps, des pilotes nous parlent des problèmes du Boeing 737 MAX 8, ça ne veut pas dire que l'avion a nécessairement un problème, mais les pilotes nous disent que l'avion a quelques problèmes de stabilisation dans certaines situations », a-t-il dit.

La compagnie a d'ailleurs offert ses condoléances, précisant qu'une équipe technique de quatre experts était en route vers le lieu de la tragédie, à la demande de l'Agence américaine de la sécurité des transports, pour assister les Éthiopiens dans leur enquête.

Par ailleurs, Jean Lapointe n'a pas remis en question la fiabilité d’Ethiopian Airlines, au contraire.

« Ethiopian Airlines, c’est une compagnie qui fait partie du regroupement Star Alliance. Je pense que c’est quand même important, parce que quand vous faites partie d’un regroupement d’autant de sociétés aériennes, c’est que vous êtes sujette à de nombreuses vérifications imposées par cette alliance », a-t-il dit.

La réputation de cette compagnie-là, qui existe depuis 75 ans, c’est une compagnie qui est fiable, qui est responsable et sécuritaire. Si vous regardez sa flotte d’avions, ce sont des avions très modernes.

Jean Lapointe, expert en aviation civile, au sujet d'Ethiopian Airlines
Une femme porte sa main à sa bouche, visiblement émotive. Elle est assise sur un muret de béton, entourée de deux autres femmes.

Une femme en pleurs attend à l'aéroport international Jomo-Kenyatta, à Nairobi. Son fiancé se trouvait à bord de l'avion d'Ethiopian Airlines qui s'est écrasé.

Photo : Reuters / Baz Ratner

Condoléances des autorités africaines

Dès l'annonce de l'accident, le bureau du premier ministre Abiy Ahmed a rapidement adressé ses condoléances aux familles des victimes sur Twitter, avant même de connaître le bilan officiel.

« Le bureau du premier ministre, au nom du gouvernement et du peuple éthiopien, exprime ses plus profondes condoléances à ceux qui ont perdu ce matin des êtres chers lors de l'écrasement d'un Boeing 737 d’Ethiopian Airlines à destination de Nairobi », a-t-il écrit.

Le gouvernement éthiopien a voté une journée de deuil national lundi, afin de pleurer la mort de ses citoyens et des ressortissants étrangers qui ont péri dans l'accident.

Au Kenya, le président Uhuru Kenyatta a aussi commenté la tragédie. « Mes prières vont à toutes les familles et aux proches des personnes qui se trouvaient à bord », a dit le chef d'État.

Son ministre des Transports, James Macharia, a pour sa part déclaré qu'une opération d'urgence avait été mise en place à l'aéroport de Nairobi pour soutenir les proches des victimes.

Ethiopian Airlines a également dit « exprimer ses profondes condoléances » aux familles éplorées.

La compagnie détenue à 100 % par l'État éthiopien a connu une très forte expansion ces dernières années. Sa flotte compte plus de 100 appareils, ce qui en fait la plus importante en Afrique. Elle prévoyait l'an dernier de transporter 10,6 millions de passagers.

Son dernier accident, survenu à Beyrouth peu après un décollage, remontait à janvier 2010. L'accident avait fait 90 morts.

Avec les informations de Reuters, Agence France-Presse et Associated Press

Écrasement d'avion

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