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Une grève dans les foyers de soins du N.-B. illégale pour au moins 10 jours

La ministre Dorothy Shepherd, samedi.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Une grève dans 45 des 46 foyers de soins du Nouveau-Brunswick serait pour le moment illégale. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a obtenu samedi une ordonnance du tribunal pour freiner pour au moins 10 jours la grève qui aurait pu être déclenchée à 3 h dimanche matin par les syndiqués des foyers de soins de la province.

La ministre du Développement social, Dorothy Shephard, a annoncé en fin d'après-midi samedi que le gouvernement s'était adressé à la Cour du banc de la Reine et avait obtenu une ordonnance de sursis temporaire qui rend illégal pour les 10 prochains jours une grève dans 45 des 46 foyers de soins de la province, la seule exception étant le Centre de soins York à Fredericton.

C'est un geste que je devais poser, a dit la ministre Shepherd en conférence de presse. Mon travail est de veiller sur les résidents des foyers de soins, et c'est ce que je viens de faire.

La position du gouvernement est que les soins fournis aux résidents des foyers doivent être considérés comme des services essentiels, au même titre que ceux prodigués dans les hôpitaux.

Dans un communiqué vendredi annonçant son intention de demander à un tribunal de suspendre le jugement, la ministre Shepherd disait respecter le droit de grève des syndiqués, mais soutenait que la priorité du gouvernement demeurait la santé et la sécurité des résidents des foyers.

Dorothy Shepherd demande maintenant un retour à la table des négociations. Elle indique que le gouvernement demandera à un juge de prolonger l’ordonnance au-delà de la période de 10 jours afin de continuer à bloquer la grève.

Dans un bref communiqué samedi soir en réaction à l’annonce de la ministre, l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB) s’est dite heureuse du jugement qui interdit temporairement aux syndiqués de faire la grève.

Une forte majorité en faveur du mandat de grève

Les syndiqués sont levés dans une salle, le poing en l'air.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plus de 500 membres du SCFP sont réunis à Fredericton pour une réunion d'urgence.

Photo : Radio-Canada / Marielle Guimond

Il reste maintenant à savoir de quelles façons réagiront les travailleurs. Vendredi, les syndiqués avaient voté à plus de 90 % en faveur d'un mandat de grève. Plus de 3500 travailleurs s'étaient exprimés. Le vice-président du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, Roland Cormier, affirmait vendredi vouloir utiliser le mandat de grève fort pour forcer le gouvernement à revenir à la table de négociation.

Samedi, ce sont quelque 500 membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui s'étaient réunis à Fredericton afin de débattre de l’application du mandat de grève obtenu de leurs membres la veille. Le SCFP représente environ 4100 travailleurs des foyers de soins.

Le SCFP demande au gouvernement de négocier une nouvelle convention collective. L'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB) ne dispose pas des outils nécessaires, selon le syndicat, pour assurer une augmentation salariale qui est au moins égale à l'augmentation du coût de la vie.

Les infirmières auxiliaires, préposés aux soins, employés de soutien et certains employés de bureau affirment ne pas avoir eu d'augmentation substantielle depuis une dizaine d'années. En mai 2018, les employés ont rejeté une entente de principe prévoyant une augmentation salariale de 1 %.

Daniel Légère, président du Syndicat canadien de la fonction publique au Nouveau-Brunswick (SCFP-NB), affirme que le coût de la vie a augmenté davantage ces dernières années que la rémunération des travailleurs. Le pouvoir d'achat de nos membres a diminué, dit-il.

Une grève est absolument nécessaire, lance M. Légère, parce que le gouvernement a refusé d'investir dans les foyers de soins.

Les foyers de soins sont en période de crise, moi je ne suis pas sûr que le gouvernement comprend ça. Ils travaillent à court de membres tout le temps.

Daniel Légère, président, SCFP-NB

Si c'était à recommencer, je ne pense pas que je pourrais faire ce travail-là

Il est temps qu'on ait des salaires décents pour le travail qu'on fait, affirme de son côté Janice Melanson, infirmière auxiliaire autorisée à la Villa du Repos, à Moncton. Dans les derniers dix ans, on a monté de 6 % de salaires. Il y a beaucoup de membres qui ont deux emplois.

Mme Melanson fait valoir la surcharge de travail qui, dit-elle, est le lot des employés des foyers de soins.

Ça fait 22 ans que je travaille à la Villa [du Repos], si c'était à recommencer, je ne pense pas que je pourrais faire ce travail-là, dit-elle. Parce que 22 ans passés, les résidents arrivaient, ils marchaient, ils mangeaient tout seuls, ils étaient plus autonomes... À cette heure, ils arrivent, ils ne sont plus autonomes. Ils sont vraiment dépendants de nous autres.

C'est pour aider les résidents aussi, pour qu'ils aient une meilleure qualité de vie, soutient l’infirmière.

Mme Melanson estime que les conditions de travail font fuir les nouveaux employés. Avec des meilleurs salaires, on pourra peut-être retenir les membres qui viennent travailler avec nous autres et ainsi éviter des pénuries de personnel.

Après ma journée, je n'ai plus d'énergie pour mes enfants. Je sais que ce n'est pas rien qu’à moi que ça arrive. Je donne mon 110 % au travail pour les résidents. J’aime vraiment mon emploi, je prends ça à coeur, c'est ma passion... La dernière chose que je veux faire, c'est aller en grève, mais si je n'ai pas d'autre choix (..) pour [que] moi je puisse avoir un meilleur salaire puis eux puissent avoir de meilleures conditions, je suis prête à le faire, dit Janice Melanson.

Des avis envoyés aux familles des résidents

Pendant ce temps, des foyers de soins se préparent à mettre en action des plans d’urgence.

Des responsables de foyers de soin ont commencé à envoyer des avis aux familles de leurs résidents, leur demandant d'assister leurs proches pendant la grève. Les familles peuvent notamment aider à préparer les repas, à administrer des soins de base à tenir compagnie à leurs proches.

Vos proches qui demeurent au foyer ont besoin de votre aide pour passer à travers cette période qui sera difficile s'il y a une grève, mentionne-t-on dans une note affirmant que la situation est critique.

France Marquis, la présidente du conseil d’administration des Résidences Jodin, qui gère le Domaine des Bâtisseurs à Edmundston, explique que l’établissement a travaillé de façon assidue à l'élaboration d'un plan d’urgence ces trois dernières semaines.

Les bénévoles et les familles ont été rencontrés. On a eu une excellente réponse de la part des familles, beaucoup de soutien et de collaboration... La même chose au niveau des infirmières immatriculées, de tous les membres de l'équipe de direction et des chefs de service, dit Mme Marquis.

En cas de grève, on va dispenser le minimum des soins requis, indique Mme Marquis. On va s’occuper surtout des soins reliés à l'administration des médicaments, aux pansements et tout ça.

Les soins d'hygiène seront un petit peu différents. On fera ce qu'on appelle des bains partiels, les gens vont être levés moins souvent dans la journée, dit-elle.

On a des personnes qui vont être là, qui vont être capables d'aider à s'occuper de nos résidents, de sorte (...) qu'ils soient en sécurité... et quand on parle de sécurité, ce n'est pas juste la prévention des chutes et tout ça, c'est la sécurité à tous les niveaux, c’est-à-dire leur bien-être, assure-t-elle. On va essayer de leur donner les soins le mieux possible dans les circonstances.

Avec des informations de Kassandra Nadeau, Wildinette Paul et Marielle Guimond

Nouveau-Brunswick

Relations de travail