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La Librairie du Québec fait rayonner la culture d'ici à Paris

Une femme regarde les livres dans la vitrine.
La Librairie du Québec, à Paris Photo: Radio-Canada / Antoine Aubert
Radio-Canada

Si les Parisiens lisent les auteurs québécois, c'est sans doute en grande partie grâce à elle. Depuis bientôt 25 ans, la Librairie du Québec est fièrement située dans l'un des plus prestigieux quartiers de la Ville lumière. Voici l'histoire d'un pari un peu fou, qui s'est transformé en vitrine pour la littérature d'ici.

Un texte d'Antoine Aubert

L’enseigne bleu roi, évoquant l'une des couleurs du drapeau fleurdelisé, se remarque très vite, rue Gay-Lussac, dans le cinquième arrondissement de Paris, entre le Panthéon et la Sorbonne. Ici, la littérature québécoise est à l’honneur. Dans la vitrine, Confessions animales, de Serge Bouchard, et Histoires nordiques, de Lucie Lachapelle, figurent parmi les livres vedettes du mois. Les livres jeunesse ont aussi droit à une belle place.

Pourtant, une fois à l’intérieur de la librairie, les romans et les essais ne captent pas forcément tout de suite le regard. À droite de l’entrée, on sourit en découvrant un petit espace réservé au sirop d’érable et à d’autres sucreries. Au fil des années, la librairie a dû répondre à une demande insolite de dizaines de gourmands, notamment des Français en manque de produits de l'érable après leur retour du Québec. Le défi, c’est de les convaincre de repartir avec un livre en plus de la canne, dit avec amusement Isabelle Gagnon, directrice de la librairie depuis 2009.

Un petit drapeau du Québec est posé devant une pile de boîtes de conserve de sirop d'érable. Les sucreries à l'érable sont à l'honneur à la Librairie du Québec, à Paris. Photo : Radio-Canada / Antoine Aubert

« Un pari fou »

La gestionnaire de la librairie, originaire du Bas-Saint-Laurent, a fait son entrée dans ce commerce en 1999, au cours d’un stage. L’ouverture du magasin était survenue quatre ans plus tôt. C’était un pari fou, raconte-t-elle.

Le libraire Robert Beauchamp et le distributeur Thomas Déri voulaient alors donner un visa pour la France aux romans, aux essais et aux autres livres de voyage parus au Québec, autant d’ouvrages qui n’avaient aucune visibilité dans la patrie de Victor Hugo. Seuls les livres de Michel Tremblay, de Marie-Claire Blais ou encore d'Anne Hébert faisaient parler d’eux, car ils avaient l’avantage en or d’être directement édités de l’autre côté de l’Atlantique.

La femme sourit devant des rayons de livres.Isabelle Gagnon, directrice de la Librairie du Québec Photo : Radio-Canada / Antoine Aubert

Aujourd’hui encore, il s’agit de la seule librairie de ce genre en France. Isabelle Gagnon et son équipe de cinq personnes peuvent se targuer de proposer une offre impressionnante de 10 000 à 12 000 titres québécois.

Je crois que c’est la librairie au monde où il y a le plus de titres québécois. On a probablement un plus gros fonds que les librairies au Québec elles-mêmes. On a des choses en stock que peu d’entre elles doivent avoir.

Isabelle Gagnon

Malgré cette offre, l’histoire de la librairie n’était pas loin de tourner court. Les fondateurs avaient des idées, mais il manquait une gestion solide, raconte Isabelle Gagnon. En 2000, l’entreprise s’est trouvée au bord de la faillite.

Hervé Foulon, patron du groupe québécois HMH (qui regroupe les maisons d’édition Hurtubise, BQ, MultiMondes, XYZ et MD), a fait office de sauveur en rachetant à titre personnel la librairie. Il voulait ainsi « garder la vitrine de la littérature québécoise à Paris », explique sa fille, Alexandrine Foulon, vice-présidente de HMH, qui a pris la relève de son père, parti à la retraite. Soutenue par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et le ministère de la Culture et des Communications du Québec, la librairie a réussi à devenir rentable, assure la femme d’affaires.

Les livres de Saucier et de Barbeau-Lavalette parmi les meilleures ventes

Plus de 50 000 livres ont été vendus à cette librairie en 2018. Parmi les succès, on retrouve des romans qui ont déjà fait parler d’eux au Québec. Ainsi, l’an passé, Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier, est arrivé en tête, suivi de La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, et du Coureur de froid, de Jean Désy.

Les romans québécois sont empilés sur une table.Une pile de livres en vedette à la Librairie du Québec Photo : Radio-Canada / Antoine Aubert

Comment une clientèle composée à 99 % de Français s’oriente-t-elle vers ces livres? Le rôle du libraire entre en ligne de compte.

En France, les libraires sont beaucoup mieux considérés qu'au Québec. Ils sont une référence pour les clients qui demandent des conseils. Les petites pépites et les petits éditeurs se découvrent beaucoup grâce à eux. Au Québec, en tout cas quand j’y travaillais, nous étions vus comme de simples vendeurs.

Isabelle Gagnon

Garder un lien avec le Québec

Le profil de la nouvelle génération de lecteurs explique aussi l'attirance de celle-ci pour les nouveautés québécoises, y compris des auteures autochtones, comme Joséphine Bacon, Naomie Fontaine et Natacha Kanapé-Fontaine. Désormais, plus d’un client de la librairie est déjà allé ou a habité au Québec. Dès lors, longtemps populaires, les ouvrages de voyage, permettant de découvrir une province rêvée et inconnue, ont vu leur cote baisser.

En achetant plutôt des romans qui reflètent l’identité du Québec contemporain, « les clients veulent garder un lien » avec ce qui a fait partie de leur vie, confirme Isabelle Gagnon.

De nombreux livres colorés sont posés sur des tablettes.Des étagères de livres québécois à la Librairie du Québec Photo : Radio-Canada / Antoine Aubert

Outre les ventes de livres sur place, l’entreprise de la rue Gay-Lussac exerce des fonctions de distributeur. C’est arrivé par hasard. Des libraires français nous ont appelés, car leurs clients demandaient des livres québécois. Petit à petit, nous nous sommes mis à revendre pour dépanner, puis ça a pris beaucoup d’ampleur, indique Isabelle Gagnon. Aujourd’hui, la librairie se charge de faire connaître en France les sorties de livres issus d’une trentaine de maisons d’édition québécoises.

Dans ce domaine, la directrice souligne cependant que quelques changements pourraient advenir. En cause : l’audace des jeunes éditeurs québécois. Ceux-ci sont « bien plus à l’aise que leurs prédécesseurs pour rencontrer leurs homologues en France et vendre directement [les livres de] leurs auteurs », sans passer par la librairie.

L’économie française, un fardeau

Néanmoins, à court terme, le défi majeur demeure la situation économique en France. Elle est catastrophique depuis un an. Ça touche tous les commerçants, pas seulement les libraires, affirme Alexandrine Foulon. Le problème s’avère d’autant plus important à cause du loyer conséquent pour un local situé dans un des quartiers les plus chers de Paris. Selon l’équipe de la librairie, la même inflation immobilière a fait fuir de nombreux étudiants et d'autres clients potentiels qui résidaient dans l’arrondissement.

De nombreux livres sont placés sur des tablettes.D'autres livres en vente à la Librairie du Québec à Paris Photo : Radio-Canada / Antoine Aubert

Plusieurs fois, la librairie a failli déménager. L’option reste sur la table, mais les bonnes affaires constituent une denrée rare à Paris. En attendant, histoire d’augmenter les ventes, la librairie a lancé dernièrement un site Internet. Elle fournit également les grandes entreprises en ligne, comme Amazon.

Quand on s’étonne de cette collaboration avec des acteurs perçus comme des menaces par des librairies indépendantes au Québec, Isabelle Gagnon veut, elle, voir le positif. À ses yeux, ils permettent à un nombre encore plus grand de lecteurs de découvrir les perles rares de la littérature québécoise. Une autre manière de jouer le rôle de passerelle.

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