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Une Alberta plus centriste qu'on pourrait le croire

L'Alberta mise sur un discours plus centriste, plus modéré, mais les partis qui se situent au centre du spectre politique sont peu populaires Photo: getty images/istockphoto / Brett Holmes Photography
Marie-Pier Mercier

Alors que la droite a dominé le paysage politique pendant des décennies, l'Alberta mise maintenant sur un discours plus centriste et modéré. Pourquoi, dans ce cas, les partis qui se situent au centre du spectre politique sont-ils si impopulaires?

« Le gouvernement néo-démocrate s'est emparé du centre en reprenant les idées mises de l’avant par le Parti libéral fédéral, à savoir qu’on peut concilier économie et environnement », dit le politologue de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily.

Si le Parti libéral et le Parti albertain ont du mal à s’imposer, c’est surtout parce que la gauche flirte avec le centre, dit-il.

Aussi, les conservateurs ont eu plus récemment des positions « un peu plus » centristes, croit le politologue, ce qui peut attirer les électeurs de centre droit. « On le voit par leur réticence à dire qu’ils vont procéder à des coupes drastiques dans les services sociaux, en éducation et en santé. »

Mais, le Parti libéral et le Parti albertain ont aussi leurs propres défis.

Le Parti libéral, le « mal-aimé » en Alberta

Les libéraux ont formé le gouvernement en Alberta au cours des 16 premières années d’existence de la province, de 1905 à 1921. « Par la suite, ç’a été beaucoup plus difficile pour eux », dit Frédéric Boily.

Et ce l’est encore aujourd’hui : son nouveau chef, David Khan, est très peu connu.

Il faut vraiment s’y intéresser pour connaître ses positions. Or, c’est suicidaire pour un chef politique. Ce n’est pas aux électeurs de courir après le chef, c’est au chef de courir après les électeurs.

Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta
 David Khan, le chef du Parti libéral. David Khan, le chef du Parti libéral est peu connu du public Photo : Radio-Canada / Geneviève Tardif

L’avocat de Calgary reconnaît ne pas être aussi populaire que Rachel Notley lors des élections de 2015, alors cheffe d'un NPD beaucoup plus petit.

« C’est une politicienne très respectée et aimée, mais elle n’a pas une bonne équipe autour d’elle pour la supporter, se défend-il. Nous, les libéraux, nous avons gouverné à travers le Canada, au provincial et au fédéral [...] Pour gouverner et gérer l’économie et les finances, nous avons plus d’expérience que n’en auront jamais les néo-démocrates. »

Cette « expérience » représente toutefois la principale faiblesse des libéraux provinciaux, affirme Frédéric Boily. « Cette marque de commerce est mal vue en Alberta. »

Dans les années 80, le programme national de l’énergie de Pierre Elliott Trudeau a affaibli la marque libérale, et cela se poursuit avec Justin Trudeau, qui n'est pas populaire dans la province.

David Khan tentera pour la première fois de se faire élire comme chef libéral dans Calgary-Mountain View. Il a été un candidat malheureux dans une autre circonscription, lors des deux dernières élections.

« Je cogne aux portes la plupart des jours, mais ç’a été difficile avec les -20, -30 °C des dernières semaines. Quand il fait trop froid, je prends le téléphone », affirme-t-il.

Le Parti albertain en recherche de gains

Si David Khan est peu connu, c’est une autre affaire pour le leader du Parti albertain, Stephen Mandel, ancien maire d’Edmonton et ancien ministre progressiste-conservateur sous Jim Prentice.

Le chef du Parti albertain, Stephen Mandel, porte des lunettes et tourne sa tête vers sa gauche.Le chef du Parti albertain, Stephen Mandel. Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Kara Levis, candidate dans Calgary-Klein, mise d’ailleurs sur la notoriété de son chef.

« Stephen Mandel a bâti une équipe forte et diversifiée partout en province. Je ne sais pas si nous y serions arrivés sans son réseau et la force de ses contacts », dit-elle.

La formation qui tentera de présenter des candidats dans les 87 circonscriptions veut se positionner comme une force dans la province.

« Il faudrait plutôt y aller étape par étape et mettre l’accent sur des possibilités réelles de gains », soutient Frédéric Boily, qui croit pour sa part que le parti n’a pas les moyens de ses ambitions.

Le Parti albertain compte 8600 membres, presque rien comparativement aux conservateurs qui en ont 155 000.

« Un très petit pourcentage de personnes vont un jour rejoindre un parti politique. Les Albertains vont prendre leur décision aux urnes, même s’ils n’ont pas de carte de membre », soutient Kara Levis.

Selon Serge Gingras, candidat du Parti albertain en 2012 et en 2015, ce manque d'engouement est le résultat de l’élection de 2015, qui a porté les néo-démocrates au pouvoir après des décennies de règne conservateur.

« Je me suis présenté comme candidat parce que je souhaitais un changement politique en Alberta [...] D’une certaine façon, j’ai eu ce que je voulais. Je ne suis pas assez mécontent du gouvernement qu’on a présentement pour pouvoir m’en défaire », explique-t-il.

Frédéric Boily pense qu’il se pourrait même que le Parti libéral et le Parti albertain se retrouvent orphelins à la suite du scrutin. « Ça s’annonce plutôt comme une bataille entre le Parti conservateur uni et les néo-démocrates [qui ont mis la main sur le centre] », conclut-il.

Élection de 2015

Le Parti libéral a fait élire un député, son ancien chef David Swann, dans Calgary-Mountain View.

Le Parti albertain a aussi fait élire un député, son ancien chef Greg Clark, dans Calgary-Elbow. Deux autres députés ont par la suite rejoint les rangs du parti : Rick Fraser, un conservateur insatisfait par la fusion de la droite, et Karen McPherson, une ancienne néo-démocrate qui avait dénoncé le manque de transparence du NPD dans des allégations d'inconduite sexuelle.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

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