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Le gouvernement du Québec ferme la porte à Montebello Rock et Alex Martel

Une foule regroupée devant une scène.

Des festivaliers au Rockfest, l'ancienne version du festival de Montebello

Photo : Courtoisie Montebello Rock

Christelle D'Amours

Radio-Canada a appris que le gouvernement du Québec n'investira pas dans le festival rock de Montebello pour les prochaines années. Des documents ont aussi révélé que les problèmes financiers d'Outaouais Rock ne datent pas de sa faillite en 2018, mais auraient commencé bien avant.

Au moment de déclarer faillite en décembre 2018, Outaouais Rock devait plus le 6 M$ à ses créanciers. De gros noms de la musique figurent sur cette liste aux côtés de plus petites entreprises, mais l’organisation est aussi redevable aux contribuables.

L’organisation devait entre autres un montant de 380 479 $ à l’Agence du revenu du Canada, 46 981$  au Ministère du Revenu du Québec et 7302 $ à la Municipalité de Montebello. Rappelons que des fonds publics ont aussi aidé à financer le Rockfest de Montebello par le biais de subventions de l’ordre de centaines de milliers de dollars dans les dernières années.

Je pense que les gens comprendraient mal notre décision d’investir tout de suite de l’argent dans le festival compte tenu de tout ce qui s’est passé.

Mathieu Lacombe, ministre responsable de l’Outaouais

Compte tenu de la situation financière dans laquelle le festival se trouvait, compte tenu de ce qui est toujours en cours, pour nous, c’est difficile dans une optique de saine gestion des fonds publics d’investir tout de suite de l’argent dans ce festival-là , affirme Mathieu Lacombe, ministre responsable de l’Outaouais.

Cette déclaration surprend Alex Martel, promoteur de l'ancien Rockfest et du nouveau Montebello Rock, qui a réitéré dans un courriel adressé à Radio-Canada qu’il pouvait compter sur l’appui de la municipalité de Montebello et des députés locaux.

Je devrai avoir une conversation avec les personnes concernées, puisque je n’ai reçu aucune réponse officielle en ce sens jusqu’à maintenant , a-t-il fait valoir.

Le député de la circonscription de Papineau s’est dit toutefois heureux de savoir que le promoteur a réussi à convaincre des investisseurs privés d’injecter des fonds pour remettre un festival sur pied.

Les problèmes financiers d’Outaouais Rock remontent à au moins 2015

À la lumière des informations provenant du Registre des dossiers de faillite et d'insolvabilité fédéral, il apparaît que l’organisation Outaouais Rock, le promoteur du Rockfest, avait une dette de 2 692 650 $ en date du 26 octobre 2015.

Investissement Québec et Filaction finançaient l'événement à l’époque et avaient décidé de se retirer suite à l'édition 2015, car ils ne voyaient pas le potentiel de rentabilité. C'est à ce moment que j'ai dû aller trouver des partenaires externes, souligne Alex Martel, qui rappelle que le festival avait connu deux années de croissance importante.

Cette même année, l’entreprise a eu recours à la Loi sur la faillite et l'insolvabilité et a dû faire appel au cabinet Raymond Chabot, syndic de faillite, pour l’aider à se sortir de ce mauvais pas.

Au terme d’une première assemblée tenue avec les créanciers, une proposition de paiement a été acceptée. Cela avait permis à Outaouais Rock de sauver la mise grâce à une entente à l’amiable qui lui permettait de rembourser ses dettes de manière échelonnée et à moindres frais.

Vérification faite, cet arrangement n’a pas été honoré au complet en raison des problèmes financiers rencontrés par Outaouais Rock en 2018, selon Marc Lafrenière, associé de la firme Raymond Chabot.

En raison d’une ordonnance de non-publication obtenue par la débitrice du dossier, le montant à payer par Outaouais Rock ainsi que les créanciers visés par l’entente de 2015 ne peuvent être divulgués. Selon M. Lafrenière, il n’est pas dans les normes de placer une telle requête de non-publication, mais ça peut arriver, concède-t-il.

La firme Raymond Chabot s’est retirée du dossier d’Outaouais Rock lorsque l’organisation s’est tournée vers KPMG en 2018. Le 21 décembre de la même année, le Rockfest de Montebello annonçait la faillite de son promoteur sur la page Facebook de l’événement.

120 créanciers demeurent impayés

Selon des documents reçus par Radio-Canada, le montant total de la dette associée à la faillite d’Outaouais Rock s'élève à plus de 6 202 659 $. Les actifs de la compagnie ne totalisent cependant que 330 410 $, la majorité en possessions immobilières.

Résultat, les créanciers garantis, soit Filaction (579 202,43 $) et Investissement Québec (580 587,38 $), peuvent s’attendre à ne recevoir qu’une partie seulement des montants qui leur sont dûs.

Les autres 120 créanciers non garantis, quant à eux, ne recevront jamais les montants que leur doit Outaouais Rock.

Des groupes de musique figurent parmi la liste des créanciers non payés :

  • Lamb of God : 235 644 $
  • Weezer : 226 968 $
  • Sum 41 : 171 579 $
  • Simple Plan : 59 345 $

La dette d’Outaouais Rock ne s’applique pas qu’aux groupes de musique qui se sont produits sur la scène du Rockfest. Des fournisseurs de services qui assuraient la logistique sur le site sont aussi touchés. C’est le cas entre autres de l’entreprise gatinoise Orkestra, qui n’encaissera pas le solde impayé de 24 549 $.

Cette situation concerne par ailleurs l’Auberge Montebello, située juste à côté du site du festival rock, qui faisait office de quartier général de l’événement. Devant un solde impayé de près de 18 000 $, le gérant de l’établissement a refusé la demande d’entrevue à la caméra, mais a affirmé qu’il ne fera plus jamais affaire avec Alex Martel.

Bernard Alie, propriétaire d’Alie Location, a témoigné de sa déception face à la perte de plus de 5000 $ essuyée par son entreprise. Moi, je suis chanceux, j'ai été à l'affût pour me protéger, mais c'est plate. Cela a des répercussions, c'est certain. [...] Je sais qu'il y a des gens de l'industrie qui se sont fait brûler, a-t-il déclaré.

On va faire le tour des commerçants pour voir l'impact, on est là pour les accompagner, on est là pour les soutenir , conclut pour sa part Benoît Lauzon, le préfet de la MRC de Papineau.

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