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Un vaporisateur nasal pour traiter la dépression

On voit l'utilisation d'un vaporisateur nasal. Les doigts actionnent le mécanisme et le jet jaillit de l'embout.

Un vaporisateur nasal

Photo : iStock / Andrew Hanlon

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une nouvelle forme d'antidépresseur basée sur un dérivé de la kétamine a été approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) cette semaine. La molécule suscite l'espoir chez beaucoup d'intervenants, bien que ce produit vienne avec d'importants avertissements et que son utilisation doive être contrôlée.

Le médicament sera commercialisé aux États-Unis par la compagnie Johnson & Johnson sous le nom Spravato. Sa molécule active est l’eskétamine, un dérivé de la kétamine, un médicament utilisé en tant qu’anesthésiant lors de chirurgies depuis les années 70, mais que plusieurs chercheurs étudient dans le contexte de la dépression depuis des décennies.

Actuellement, environ le tiers des patients qui souffrent de dépression ne répondent à aucune forme d’antidépresseurs sur le marché. Pour les personnes affectées, ces dépressions majeures sont extrêmement difficiles à traverser, et dans les cas les plus graves, plusieurs feront face à des pensées suicidaires.

Ce nouveau médicament (Nouvelle fenêtre) agit donc précisément dans ces cas de dépressions intraitables, et les études ont montré qu’il agit en quelques heures, contrairement à d’autres antidépresseurs qui prennent des jours ou des semaines à exercer leurs effets.

Une nouvelle classe d’antidépresseurs

Cela fait plusieurs années que la kétamine est évaluée pour ses effets sur le cerveau. À certaines concentrations, la substance peut mener à des hallucinations ou à un sentiment de dissociation de notre corps, au point où elle s’est retrouvée sur le marché noir comme drogue récréative.

Or, avec les années, plusieurs médecins qui l’employaient lors de procédures médicales ont constaté que ce produit pouvait avoir des effets bénéfiques sur le comportement de certains de leurs patients.

De premières études pour évaluer l’effet de la kétamine sur des troubles de l’humeur, comme la dépression, ont permis de montrer que, dans certains cas, elle pouvait réduire les symptômes en moins de 24 heures.

Plus surprenant encore, des études ont montré que les pensées suicidaires qui habitaient les patients disparaissaient jusque dans 80 % des cas avec la prise de kétamine, un effet qui n’avait pas été observé avec des antidépresseurs classiques.

La plupart des antidépresseurs ciblent des molécules qui permettent la communication entre les neurones du cerveau qu’on appelle des neurotransmetteurs. Ces médicaments changent la concentration de certains neurotransmetteurs importants pour l’humeur, comme la sérotonine.

Les études faites sur la kétamine montrent qu’elle joue plutôt sur une autre catégorie de neurotransmetteur dans le cerveau : le glutamate.

Cette molécule exerce de nombreux rôles dans les communications entre les neurones, mais peut aussi réguler la croissance des cellules chez l’adulte, leur permettant de former de nouvelles connexions.

Un médicament étroitement surveillé

Contrairement à la kétamine classique, administrée par voie intraveineuse, la version commercialisée à base d’eskétamine sera administrée par vaporisateur nasal. Cette utilisation était le meilleur compromis entre une dose efficace et une dose facilement contrôlable et sécuritaire, un entre-deux entre la pilule et l’injection.

Malgré ces effets prometteurs, les études qui ont été soumises lors du processus d’évaluation à la FDA ont donné des résultats variables, qui poussent plusieurs chercheurs à appeler à la prudence. De plus, on en sait encore trop peu sur les effets à long terme et les possibles effets secondaires de ces médicaments.

Les risques d’hallucinations ou d’un sentiment de dissociation transitoire persistent, tout comme la possibilité d’abus de la part du patient. C’est pour cette raison que la FDA a approuvé le médicament en y apposant son plus haut niveau d’avertissement.

Le médicament sera donc étroitement surveillé. Pour y avoir accès, une personne devra avoir essayé deux autres antidépresseurs sans succès, et ce traitement ne pourra pas être utilisé chez soi. Il devra être offert en clinique, sous la supervision d’un médecin, et le patient devra rester sous surveillance pendant au moins deux heures après l’avoir pris.

Malgré ces restrictions, il s’agit de la première nouvelle classe d’antidépresseur à atteindre le marché en plusieurs décennies, et sa capacité à agir rapidement sur les patients dont la détresse est particulièrement élevée pourrait changer la vie de nombre d'entre eux.

Une demande d'évaluation pour ce médicament a été acceptée par Santé Canada en janvier 2019. Le produit fait en ce moment l’objet d’un examen par l’agence gouvernementale, qui devrait se prononcer sur la question d’ici la fin du printemps.

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