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Mandat de grève dans les foyers de soins : le syndicat implore le gouvernement de négocier

Deux dames âgées se déplacent en fauteuil roulant dans un couloir d'un foyer de soins.

S’il y a bel et bien une grève, le syndicat doit aviser les foyers de soins 24 heures à l’avance.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Radio-Canada

« Les 46 sections locales ont voté massivement pour un vote de grève. Nous ne voulons pas aller en grève, [mais] on demande au gouvernement de venir de nouveau à la table et de nous offrir les ressources dont nous avons besoin pour nous assurer que les résidents reçoivent les soins qu'ils méritent », explique Roland Cormier, vice-président du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick.

Quelque 4100 employés de foyers de soins représentés par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et répartis dans 46 établissements ont été appelés à voter. Plus de 3500 syndiqués ont voté à plus de 90 % pour la grève, indique le syndicat.

Les dirigeants du syndicat se sont réunis devant les médias vendredi après-midi. Roland Cormier a réitéré que les employés de soins ne souhaitent pas aller en grève. Il espère plutôt retourner à la table des négociations avec ce nouveau moyen de pression.

Si on décide d'aller en grève, on le fait malgré nous, mais pour les résidents. Parce qu’on pense que c’est la seule manière que ce gouvernement, malheureusement, va écouter.

Roland Cormier, vice-président du conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick
Roland Cormier, vice-président du conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, en point de presse. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Roland Cormier, vice-président du conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, souhaite voir une offre salariale juste et équitable de la part du gouvernement.

Photo : Radio-Canada

Le syndicat espère toutefois encore éviter la grève, mais pour ce faire, il demande au gouvernement et à la ministre du Développement social, Dorothy Shephard, de revenir à la table des négociations avec une offre d'augmentation salariale juste et équitable, soit au-dessus de l'augmentation du coût de la vie. Toujours selon le syndicat, c'est le gouvernement qui a réellement le pouvoir de négocier, et non l'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB).

Les Néo-Brunswickois devraient savoir que ceux qui payent la facture dans les foyers de soins, ce sont les contribuables qui payent des taxes, dit Roland Cormier. C'est le gouvernement qui subventionne les foyers de soins. 

Que la ministre ose nous inviter de nouveau à la table en sachant que c'est elle qui est entre les deux parties, c'est décevant et décourageant.

Roland Cormier, vice-président du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick

La ministre Dorothy Shephard a quant à elle réitérer qu'elle s'attend à ce que l'AFSNB et le SCFP se rasseoient à la table pour discuter, sans préciser si le gouvernement était prêt à donner plus d'argent à l'AFSNB pour qu'elle améliore son offre salariale.

Les salaires sont au coeur du litige. Ils varient actuellement de 18 $ à 24 $ l'heure. Les syndiqués - des infirmières auxiliaires, des préposés aux soins, des employés de soutien comme des préposés à l’alimentation ou à la blanchisserie, et certains employés de bureau - affirment ne pas avoir avoir touché d'augmentation conséquente depuis une dizaine d'années. Ils ont rejeté en mai 2018 une entente de principe qui prévoyait une hausse de 1 %.

Le gouvernement demandera l'intervention des tribunaux

Au moment même où les représentants syndicaux prenaient la parole devant les médias vendredi après-midi, le gouvernement a publié un communiqué de presse indiquant son intention de déposer une requête à la Cour du Banc de la Reine demandant la suspension d’un jugement rendu par la Commission du travail et de l’emploi du Nouveau-Brunswick relatif à la Loi sur les services essentiels dans les foyers de soins.

Le gouvernement espère ainsi empêcher les employés des foyers de soins d'aller en grève. Je crois fermement que les hommes et les femmes qui travaillent fort pour fournir des soins aux résidents des foyers de soins ont le droit de faire la grève, a dit la ministre Dorothy Shephard. Cependant, je crois également très fermement que les services qu’ils fournissent devraient être désignés essentiels afin qu’un nombre adéquat d’employés soient sur place pour assurer la sécurité et le bien-être des résidents.

Dorothy Shephard.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dorothy Shephard, ministre du Développement social.

Photo : Radio-Canada / CBC / Brian Chisholm

On n'est pas surpris, lance Roland Cormier. C'est la stratégie de tous les gouvernements, de toutes les couleurs, de repousser le problème. Mais c'est déplorable que le gouvernement regarde cette option à la dernière minute. La vraie solution, c'est de retourner négocier et d'avoir une convention juste et équitable. 

Le gouvernement provincial demandera cette suspension jusqu’à ce qu’il reçoive un jugement dans le cadre de la révision judiciaire demandée la semaine dernière.

Mme Shephard a indiqué qu’elle était heureuse d’apprendre que l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick avait officiellement demandé au Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick de retourner à la table de négociation lundi, peut-on lire dans le communiqué. Les représentants syndicaux ont toutefois répondu qu'ils sont prêts à retourner à la table des négociations plus tôt, dès maintenant s'il le faut, tant qu'une offre raisonnable leur est présentée. Ils aimeraient aussi que le gouvernement soit présent lors des négociations, puisque c'est lui qui finance l'AFSNB.

Pressions politiques à Fredericton

Les libéraux pressent le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs de prendre des mesures pour prévenir le déclenchement d’une grève. Ils réclament aussi une augmentation des heures de soins pour les résidents et une augmentation des salaires des travailleurs de ce domaine.

D’après ce que j’ai lu, je pense que la ministre peut aider à résoudre ce problème sans ruiner la province. Les travailleurs s’occupent des aînés qui ne sont plus en mesure de s’occuper d’eux-mêmes, c’est un travail très important. Il est déplorable qu’on ait atteint ce stade et qu’on cause du stress et de la tourmente à tant de familles du Nouveau-Brunswick. On n’aurait jamais dû en arriver là, mais il n’est pas trop tard pour que la ou les ministres interviennent et fassent leur travail, affirme le porte-parole libéral pour les aînés, le député Gilles LePage, par voie de communiqué.

Le chef du Parti vert, le député David Coon, presse le gouvernement d’investir pour améliorer les salaires et les conditions de travail dans les foyers de soins. Le gouvernement doit s’asseoir avec des employés de foyer de soins, et ne pas se cacher derrière l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, dit-il dans un message Twitter.

Jeudi, la ministre du Développement social, Dorothy Sheppard, a pressé les deux parties dans ce conflit, le syndicat et l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, de retourner négocier. La ministre n'a pas écarté la possibilité d'adopter une loi de retour au travail en cas de débrayage.

La Loi sur les services essentiels dans les foyers de soins a été déclarée inconstitutionnelle en décembre par un tribunal du travail. Le gouvernement de Blaine Higgs a demandé mercredi une révision judiciaire de cette décision, mais on ignore quand elle aura lieu.

Les proches des résidents inquiets

La possibilité d'une grève crée de l'anxiété chez des proches de résidents des foyers de soins.

C'est le cas de Claudette LeBlanc, dont le mari souffre de la maladie d'Alzheimer. Il est soigné à la Villa Providence, à Shediac, depuis près de deux ans. Mme LeBlanc affirme que les services sont bons, mais que les membres du personnel manquent de temps et sont visiblement surchargés. La perspective d’une grève l’inquiète particulièrement puisqu'elle doit partir en voyage pendant une semaine.

Claudette LeBlanc regarde son mari assis à côté d'elleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Claudette LeBlanc s'inquiète pour les soins de son mari si une grève est déclenchée.

Photo : Radio-Canada

Il est dans [un fauteuil roulant], alors moi je ne pourrais pas le soulever, je ne pourrais pas le changer. Qui va faire ces affaires-là? Les membres de la famille, les enfants, travaillent tous. C’est sûr que je vais partir beaucoup plus inquiète. Je vais penser à lui parce que rendu dans un état comme il est, il devient comme un enfant. Je ne blâme pas les préposés de vouloir de meilleures conditions de travail ni les gardes-malades non plus. [...] Ils ont le droit de faire ce qu’ils font, et en même temps les résidents ont le droit d’avoir de bons soins, affirme Claudette LeBlanc.

Thérèse Woods est aussi très inquiète pour sa mère, soignée à la Villa du Repos, à Moncton, depuis quatre ans.

Moi, ça me [brise] le coeur de voir s’ils vont en grève parce que je viens ici tous les jours. Tous les jours, je viens voir ma mère pour la raison qu’ils n’ont pas tout le temps du temps à passer avec eux autres. Certainement, j’ai peur pour ma mère. C’est pour ça que je viens tous les jours. C’est grave maintenant. Imagine avec une grève. Ça va être pire, explique Thérèse Woods.

Mme Woods embrasse sa mèreAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thérèse Woods dit qu'elle visite sa mère chaque jour et qu'elle est disposée à aider d'autres résidents du foyer de soins en cas de grève.

Photo : Radio-Canada

S’il y a une grève, Thérèse Woods espère qu'elle ne durera pas longtemps. Elle a eu comme bien d’autres proches de résidents un appel du foyer et elle est prête à appuyer les employés qui resteront à leur poste.

Ma mère mange seule. Je suis prête à aider les autres qui n’ont pas de famille pour leur donner à manger. Oui, certainement. On espère que ça ne va pas durer longtemps. Je n’espère pas plus que deux ou trois jours, au maximum. Si ça vient pire, il faudra venir plus souvent, souligne Thérèse Woods.

Des établissements ont précisé qu'ils ne seraient plus en mesure d'offrir certains services comme les bains. Ils ont aussi demandé une plus grande participation des proches dans les soins aux patients.

Avec des renseignements de Wildinette Paul

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