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Procès de Michel Cadotte : la poursuite demande 8 ans d'emprisonnement; la défense, 6 à 12 mois

Michel Cadotte a été reconnu coupable d'homicide involontaire.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La juge Hélène Di Salvo a entendu vendredi les observations sur la peine à laquelle devra être assujetti Michel Cadotte, reconnu coupable de l'homicide involontaire de sa conjointe atteinte de la maladie d'Alzheimer. La défense demande 6 à 12 mois d'emprisonnement, alors que la poursuite réclame 8 ans, moins la période passée en détention préventive.

L’audience a commencé avec les témoignages de membres de la famille de Jocelyne Lizotte, la victime, au palais de justice de Montréal.

Au total, six de ses proches se sont exprimés, soit ses deux fils, sa bru, son frère et deux de ses petites-filles.

Tous ont dit vivre un double deuil : ils ont perdu Mme Lizotte, mais ils ont également perdu Michel Cadotte, qui faisait partie de la famille.

Ils reprochent notamment à Michel Cadotte d’avoir empêché Mme Lizotte de mourir de façon paisible et d’avoir entaché leurs souvenirs par cette mort tragique.

Sylvain Lizotte est visiblement accablé par la mort de sa sœur, étouffée sur son lit d'hôpital. Il s'en veut de ne pas avoir pu la protéger et il dit penser souvent au suicide.

Les deux fils de la victime, David et Danick Désautels, ont aussi exprimé leur détresse devant la juge Hélène Di Salvo. Le geste commis par celui qu'ils considéraient comme un père a brisé leur famille, disent-ils, et ils qualifient ce geste d'impulsif et d'égoïste.

Le fils de Jocelyne Lizotte, Danick Desautels, a confié avoir perdu sa mère trois fois : la première lorsque son père est décédé et qu'elle est devenue plus distante, la deuxième, lorsqu'elle a reçu un diagnostic de la maladie d'Alzheimer, et enfin une troisième fois lorsque Michel Cadotte a mis un terme à sa vie.

« J'aurais bien pu passer par-dessus tout ça si tu avais commis ces gestes par compassion, pour ma mère, pour la libérer, mais je sais très bien que tu ne l'as fait que pour toi, pour te libérer toi, a-t-il déclaré. Dans ta tête, ma mère était à toi, était ta possession. »

Le visage de Jocelyne Lizotte

Jocelyne Lizotte était atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé lorsque Michel Cadotte l'a étouffée avec un oreiller.

Photo : Radio-Canada

La conjointe de David Désautels, Nancy, a dit ressentir beaucoup de tristesse, et a demandé une peine de prison, pour éviter qu'on ne banalise le geste qui a été commis par Michel Cadotte.

Des petits-enfants de Jocelyne Lizotte ont aussi fait état des souvenirs de leur grand-mère, qui ont été gâchés à jamais par la façon dont elle est morte.

La juge Hélène Di Salvo les a remerciés pour leur courage. Elle leur a dit que la détermination de la peine de Michel Cadotte était une des décisions les plus difficiles qu'elle ait eues à rendre depuis longtemps, et que cette décision ne fera pas l’unanimité.

Des témoignages d'appui à Michel Cadotte

La soeur de Michel Cadotte, chez qui il habite, a relaté pour sa part que son frère aidait beaucoup son neveu, qui est déficient intellectuel.

Johanne Lizotte, la soeur de la victime, a dit pour sa part qu'ayant été elle-même proche aidante, elle comprenait le geste de son beau-frère, même si elle ne l'acceptait pas. « Je comprends que cela s'est passé dans un moment de désespoir », a-t-elle déclaré. Elle a aussi indiqué que la mort de sa soeur avait eu des répercussions importantes sur la famille, qui est déchirée.

La défense a aussi fait témoigner la coordonnatrice du Regroupement des proches aidants du Québec, Mélanie Perroux, et la directrice générale de la Fédération québécoise des sociétés d'alzheimer, Sylvie Grenier. Les deux femmes ont fait état du manque de services venant en aide aux proches aidants, des gens qui vivent une très grande détresse. Sylvie Grenier a décrit l'alzheimer comme un tsunami qui frappe notre société, société qui n'est pas prête à y faire face.

Pas de peine minimale

Le 23 février dernier, un jury a déclaré Michel Cadotte, 57 ans, coupable de l’homicide involontaire de son épouse au CHSLD Émilie-Gamelin, à Montréal.

Les avocats de la défense ont affirmé que leur client était dans un état d'esprit perturbé et qu’il avait agi de manière impulsive le 20 février 2017, cherchant à mettre fin aux souffrances de son épouse, qui avait 60 ans.

La défense a demandé une peine de 6 à 12 mois d'emprisonnement, moins la période pendant laquelle Michel Cadotte a été en détention préventive, soit 5 mois. Elle demande qu'il fasse des travaux communautaires et qu'il passe 3 ans en probation, avec suivi psychologique. Si la juge déterminait que Michel Cadotte devait passer du temps en prison, la défense demande que ce soit de façon discontinue, par exemple les fins de semaine.

Selon la défense, la juge n'a pas à envoyer un message lorsqu'elle déterminera la peine de Michel Cadotte. Elle argumente que les proches aidants qui sont désespérés, comme l'était Michel Cadotte, n'entendraient pas ce message, alors que ceux qui vont bien ne risquent pas de commettre l'irréparable.

La poursuite demande pour sa part une peine de huit ans d'emprisonnement, moins la détention préventive. « On ne peut causer la mort d’autrui, même lorsqu’on est empreint d’une grande souffrance, même lorsqu’on est épuisé, parce que la vie humaine est sacrée », a plaidé la procureure Geneviève Langlois.

La juge Di Salvo rendra sa décision le 28 mai.

Il n'y a pas de peine minimale pour l'homicide involontaire coupable, sauf en cas d'utilisation d'une arme à feu.

Avec la collaboration de Marc Verreault et de Marie-Claude Morin, et des informations de La Presse canadienne

Grand Montréal

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