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Chansons et humour au service de la contestation en Algérie

Un manifestant tient une pancarte sur laquelle on peut lire : « Nous ne voulons ni du cadre ni des clous qui le fixent ».

Les jeunes Algériens ont fait preuve d’une imagination débordante et d’un humour décapant lors des récentes manifestations.

Photo : Facebook

Radio-Canada

L'Algérie connaît son troisième vendredi de contestation contre le cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, qui devient de plus en plus incertain. Cette semaine, de nombreuses organisations connues pour leur soutien traditionnel au président ont changé leur fusil d'épaule en appuyant le mouvement de contestation.

Un texte de Kamel Bouzeboudjen

Les manifestations, inédites dans l’histoire récente du pays et portées par la jeunesse, ont surpris par leur ampleur. Les jeunes Algériens ont fait preuve d’une imagination débordante et d’un humour décapant aussi bien avec les slogans déployés dans la rue, mais également sur les réseaux sociaux devenus un champ d’expression foisonnant.

Les étudiants ont manifesté quasiment tous les jours de la semaine dans plusieurs villes du pays. Ils ont fait des universités, des agoras où ils se rassemblent avec les professeurs pour débattre de la séquence historique que vit le pays en plus de discuter de perspectives d’avenir. Un appel a été lancé par des étudiants de Sidi Bel-Abbès (ouest) pour multiplier les espaces de débats dans toutes les universités du pays.

Sur une population de 42 millions d’habitants, 54 % ont moins de 30 ans, soit 22 millions de personnes, selon les chiffres de l’office national des statistiques publiés en juin 2018.

L'appel lancé par des étudiants de Sidi Bel-Abbès

De nombreux jeunes algériens ont défrayé la chronique ces dernières années pour leur traversée clandestine de la Méditerranée sur des embarcations de fortune afin de s’exiler en Europe. Cette migration à haut risque est devenue un phénomène social tant il a pris de l’ampleur.

Mais en quelques jours, cette image des jeunes Algériens s’est transformée. On pouvait lire sur une pancarte lors des nombreuses manifestations : « Depuis le début de la contestation, il n’y a plus de haragas [nom donné aux migrants clandestins]. »

Les artistes se sont joints aussi au mouvement rapidement. Après la manifestation du 22 février, ils ont organisé une rencontre de discussions avec la population à l’extérieur de la salle de théâtre Azzeddine Medjoubi, à Alger.

Plusieurs se sont associés pour composer la chanson Libérez l’Algérie, qui a fait le tour des réseaux sociaux, devenant quasiment un hymne de protestation. La rappeuse Raja Meziane a également diffusé sur Facebook une pièce, dont les paroles très dures s’adressent directement au régime.

Pour sa part, l’artiste Amazigh Kateb a lancé une page Facebook « Écris ta constitution », où il appelle la population à rédiger une nouvelle constitution.

Les partisans d’équipes de soccer ont largement contribué à créer les slogans des manifestations. Cela fait déjà plusieurs années que les gradins de stades sont devenus des espaces de contestation.

De leur côté, les avocats sont la première corporation qui s'est jointe à la contestation au lendemain de la manifestation du 22 février en organisant des rassemblements devant les tribunaux dans plusieurs villes du pays.

Jeudi, un millier d’entre eux ont manifesté devant le Conseil constitutionnel à Alger pour contester la candidature d’Abdelaziz Bouteflika.

La veille, les médecins ont interpellé le Conseil constitutionnel sur la validité de l’attestation médicale du président Bouteflika, qui est hospitalisé en Suisse depuis la fin février.

Humour inspiré

Les manifestants se sont distingués par la bonne humeur et l’humour. Plusieurs pancartes politiques à saveur humoristiques se sont multipliées depuis le début de la contestation.

Quelques exemples : « On leur dit que la soupe est trop salée et eux nous changent les cuillères », une référence aux changements cosmétiques qu’apporte parfois le régime. « L’islam autorise quatre épouses, tu n’as pas le droit à une cinquième », l’auteur fait référence ici au cinquième mandat voulu par M. Bouteflika.

Un autre a imaginé un message au leader nord-coréen Kim Jong-un : « Salut frère Kim Jong, j’ai entendu Saïd [le frère du président Bouteflika] dire que tu pouvais utiliser tes missiles comme suppositoires et il t’a beaucoup insulté, l’adresse c’est El-Mouradia [quartier où se trouve le palais présidentiel] », l’auteur incite, de façon humoristique, le chef nord-coréen à utiliser ses missiles pour déloger le président Bouteflika et sa famille du pouvoir politique.

Un manifestant tient une pancarte.

Photo : Facebook

Lorsque le premier ministre Ahmed Ouyahia a mis en garde les contestataires en brandissant la menace de la guerre civile comme en Syrie, la réponse des internautes a été cinglante : « Tu (Ouyahia) dis que la révolte en Syrie a commencé par des roses et a fini dans le sang. Nous, on te dit qu'en Malaise, ça a commencé par l’arrestation des corrompus et le pays a fini par être une des plus grandes économies du monde. »

Sur une pancarte, on pouvait lire : « Le peuple veut Ctrl+Alt+Suppr », une référence informatique signifiant que les Algériens veulent effacer le régime.

Une dernière : « Nous ne voulons ni du cadre ni des clous qui le fixent », cette phrase réfère au cadre de la photo officielle du président qui est présentée dans chaque cérémonie pour pallier l’absence de M. Bouteflika en raison de son état de santé. Quant aux clous, l’auteur fait référence aux militaires qui exercent un pouvoir important dans le pays, selon des observateurs et des citoyens.

Par ailleurs, les internautes algériens ont effectué une multitude d’appels téléphoniques à l’hôpital de Genève, où se trouve le président Bouteflika. L’opération lancée sur Facebook a connu un certain succès, plusieurs ont enregistré leur conversation et l’ont publiée sur le réseau social.

Dans le même registre, des internautes ont diffusé sur leur page Facebook le numéro de cellulaire du premier ministre Ahmed Ouyahia et des responsables de la campagne électorale de M. Bouteflika.

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