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analyse

Trudeau : un mois après!

Justin Trudeau en conférence de presse

Le premier ministre Justin Trudeau a donné une conférence de presse le 7 mars 2019 pour faire la lumière sur l'affaire SNC-Lavalin.

Photo : Radio-Canada

Michel C. Auger

Il aura fallu un mois exactement avant que le premier ministre Justin Trudeau décide de s'exprimer sur une question de régie interne qu'il a laissée pourrir au point de devenir une véritable crise gouvernementale. Un mois! Encore heureux que le Canada n'ait pas été attaqué par une puissance hostile.

Une question qu’il a laissée pourrir jusqu’à ce que l’opposition puisse l’accuser d’être au cœur du plus grand scandale de corruption depuis celui des commandites et de demander sa démission.

Un mois pendant lequel il a laissé sa ministre démissionnaire Jody Wilson-Raybould présenter la seule version des choses – « sa » vérité, comme elle le disait – sans même essayer de montrer qu’il y avait peut-être un autre côté de la médaille.

Il a fallu le témoignage de son conseiller démissionnaire, Gerald Butts, pour commencer à voir que tout n’était pas en noir et blanc et que M. Trudeau avait pourtant plusieurs moyens de se défendre.

D’autant que deux très hauts fonctionnaires du gouvernement canadien, le greffier du Conseil privé Michael Wernick et la sous-ministre de la Justice Nathalie Drouin sont venus expliquer que les interprétations de la loi et des usages gouvernementaux de Mme Wilson-Raybould n’étaient pas nécessairement exacts.

Mme Wilson-Raybould a beau dire qu’elle a été l’objet de pressions indues après avoir pris sa décision, elle admet qu’il n’y a rien eu d’illégal. Comme Michael Wernick, le plus haut fonctionnaire de l’État, l’a fait remarquer, dans notre système, la procureure générale pouvait toujours intervenir jusqu’au jour du prononcé de la sentence.

Il n’y a pas de moment magique où on doit considérer qu’une telle décision est prise une fois pour toutes. Entre-temps, la procureure générale et ministre de la Justice a tout le loisir d’en discuter avec ses collègues et ceux-ci ont tout à fait le droit de lui en parler. C’est peut-être un système que l’on devrait changer, mais celui-ci était, et est toujours, en vigueur.

L’intérêt économique national

Par ailleurs, le témoignage de M. Wernick a apporté une interprétation intéressante de la loi sur les accords de réparation, dont on a dit souvent qu’ils ne pouvaient pas s’appliquer à SNC-Lavalin à cause d’une clause interdisant de tenir compte de « l’intérêt économique national ».

Or, selon M. Wernick, « l’intérêt économique national » est un copié-collé d’une entente de l’OCDE sur la lutte à la corruption et ne signifie rien d’autre qu’on ne peut se servir de la loi pour donner un avantage à une société canadienne par rapport à une société étrangère. Cette explication est logique, sans quoi, il n’y aurait aucune utilité à adopter une loi visant à préserver les emplois et une société dont les dirigeants auraient été reconnus coupables de corruption.

Alors, pourquoi une telle allergie de la part de Mme Wilson-Raybould à l’application d’une loi du Parlement, nouvelle et controversée, certes, mais qui touche un objectif légitime de politique publique? Mais ce sera une question pour un autre jour.

Parce que tout cela étant dit, il est peut-être trop tard pour avoir raison sur le fond. Ce n’est plus tellement le dossier SNC-Lavalin qui compte. C’est la marque de commerce de Justin Trudeau : son image.

Justin Trudeau a beaucoup joué sur son image. Sur les égoportraits et les photos de ses chaussettes, en allant même parfois un peu trop loin, comme dans le désormais célèbre voyage en Inde.

Ici, pour la première fois, on l'a vu en gestionnaire de crise. Pas une si grosse crise d’ailleurs. Elle ne passera pas à l’histoire et n’impliquait ni menace à la sécurité internationale ni une insurrection appréhendée. C’était, au départ, essentiellement une affaire de régie interne.

Et il a fallu un mois pour qu’on entende la version des faits du gouvernement et encore, dans un premier temps, pas de la bouche du premier ministre. Un mois!

C’est cela qui, quand tout aura été dit, va faire mal à Justin Trudeau. On n’imagine pas un Jean Chrétien ou un Stephen Harper attendant patiemment pendant des semaines qu’une crise s’aggrave et s’infecte avant de parler.

Il y a des premiers ministres qui se révèlent dans les crises. Il y en a d’autres qui ne sont que des premiers ministres pour le beau temps, qui sont là pour les photos et les inaugurations, mais qui sont aux abonnés absents quand ça tourne mal.

Dans l’opinion publique, M. Trudeau n’en est peut-être pas rendu là. Et sa plus grande force reste encore la faiblesse de l’opposition. Quand Andrew Scheer annonce qu’il voit dans ce dossier le grand combat entre « le bien et le mal », disons qu’il ne s’aide pas vraiment.

Le fait est que la marque de commerce de Justin Trudeau est désormais amochée. Et que les élections ne sont que dans un peu plus de sept mois...

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