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Épidémie d’Ebola en RDC : les réponses à la crise doivent changer, selon Médecins sans frontières

Dre Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières
Dre Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières Photo: Reuters / Francois Lenoir
Radio-Canada

Les plus récentes statistiques montrent que 574 personnes sont mortes depuis le début de l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), le 1er août dernier, et même si de nombreux organismes s'affairent à la combattre. Pour Médecins sans frontières (MSF), il est temps d'adopter une nouvelle stratégie.

« Sept mois après la déclaration de l’épidémie, la riposte ne parvient pas à prendre le dessus et à maîtriser l’épidémie », soutient MSF dans un communiqué.

Dans une entrevue avec Sylvain Desjardins, la présidente internationale de MSF, la Dre Joanne Liu, note deux statistiques révélatrices.

Elle souligne d’abord que ce qui étonne particulièrement, c’est que près de la moitié des décès (40 %) dus à l’Ebola surviennent dans les communautés. Cela veut dire que les victimes ne sont pas allées chercher des soins dans les centres de traitement d’Ebola (CTE). Ainsi, les interventions actuelles ne rejoignent pas la population comme les intervenants sur le terrain le souhaitent, explique la Dre Liu.

De plus, de 35 à 40 % des gens dont le diagnostic est confirmé n’appartiennent pas à des chaînes de transmission connues. Comme l’origine de leur infection n’est pas connue, on peut conclure que l’étendue réelle de l’épidémie n’est pas connue, ajoute la Dre Liu.

Changer de stratégie

Les intervenants sur le terrain ne peuvent pas seulement dire aux gens quoi faire, ils doivent aussi les écouter, répondre à leurs besoins et être capables d’offrir d’autres options, selon la présidente internationale de MSF.

« L’Ebola est une des rares maladies [pour lesquelles] on prive un patient de ses choix, on le met en isolement, on se promène en habit de cosmonaute autour de lui », souligne la Dre Liu.

Des travailleurs de la santé ajustent leur équipement avant d'entrer dans une pièce où l'on soupçonne un bébé d'être mort d'Ebola en RDC.Dans la région de Beni, la résistance de la population et l'insécurité ont rendu difficile le travail des agents chargés de mener des activités de ripostes. Photo : Reuters / Goran Tomasevic

Il faut être capable d’offrir des options à ceux qui ont perdu un proche et qui veulent l’enterrer, sans que l’équipe d’inhumation arrive avec leur habit de protection. Les gens doivent voir qu’on est avec eux, dit-elle.

Les épidémies commencent dans les communautés et elles s’arrêtent dans les communautés. C’est seulement avec le soutien de la communauté qu’on va arriver au bout d’une épidémie.

Dre Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières

Déjà en mai 2018, au moment où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a eu le feu vert du pays pour utiliser un vaccin contre l’Ebola, la Dre Liu soulignait que les patients et les communautés touchés « doivent être au cœur de la réponse ».

« L’Ebola, comme pour bien des épidémies, c’est une course contre la montre. Parfois, la réponse est de ralentir un petit peu pour ensuite aller plus vite. On est peut-être à ce moment-là », précise la présidente internationale de MSF.

L’épidémie d’Ebola en RDC en date du mercredi 6 mars

  • 913 cas (848 confirmés et 65 probables)
  • 574 décès (509 confirmés et 65 probables) – 6 nouveaux cas confirmés, dont 3 dans les communautés, et 3 dans un centre de traitement Ebola (CTE)
  • 306 personnes guéries
  • 181 cas suspects en cours d’investigation


Source : ministère de la Santé de la République démocratique du Congo

Isolement, frustration et attaques

La lutte contre l’épidémie a été perturbée à plusieurs reprises par des attaques de groupes armés, dans le nord-est du pays, en proie à plusieurs conflits.

La semaine dernière, Médecins sans frontières a été forcée de suspendre ses activités à Katwa et à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, en raison d’attaques contre deux de ses centres de traitement de l’Ebola.

Les centres ont été rouverts depuis par les autorités congolaises. Ce sont dorénavant le ministère de la Santé, l’OMS et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) qui les gèrent.

Ces attaques, la Dre Liu les voit comme un signe que l’offre de soins n’est pas acceptée collectivement. La communauté est très sceptique, parfois hostile, à la réponse à l’Ebola pour différentes raisons.

Il faut se mettre à la place du patient, explique-t-elle. Un centre de traitement n’est pas un endroit facile à vivre. Ça isole, le patient est tout seul quand il se fait traiter.

Aussi, le climat d’adversité pèse lourd sur les épaules des Congolais. En décembre dernier, certains ont même dit à la Dre Liu que « l’Ebola nous a volé notre droit démocratique ». Dans certaines zones touchées par le virus, les Congolais n’ont pas pu voter à l'élection présidentielle.

« On ne peut pas continuer à faire comme on fait présentement et, surtout, il ne faut pas succomber à la tentation de complètement sécuriser la réponse à cause des attaques ou faire de la coercition pour qu’ils viennent se faire diagnostiquer ou traiter », plaide la Dre Liu.

Avoir des forces en place pourrait avoir comme effet d’intimider les gens. Faire ça ne ferait que nourrir d’autant plus la suspicion chez les patients et dans la communauté en général.

Dre Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières

L’OMS « optimiste » au vu des progrès de la lutte contre Ebola

« Sur les 19 zones de santé touchées par l’épidémie, plus de la moitié n’ont pas enregistré de nouveaux cas depuis 21 jours, ce qui nous encourage beaucoup même si nous devons rester prudents », a déclaré à la presse à Kinshasa la Dre Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique en visite en RDC.

L’épidémie a également pu être contenue à l’intérieur de la RDC sans toucher les pays voisins, a-t-elle précisé, avant d’affirmer : « Nous sommes optimistes. »

Avec des informations de l'Agence France-Presse

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