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Investir aux États-Unis pour éviter les tarifs douaniers

L'entreprise Tremcar, de Saint-Jean-sur-Richelieu, compte prendre de l'expansion aux États-Unis pour échapper aux tarifs douaniers.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Neuf mois après l'imposition de barrières tarifaires sur l'acier et l'aluminium par l'administration Trump, des entreprises canadiennes prennent de l'expansion aux États-Unis dans le but d'échapper aux mesures protectionnistes de Washington.

Un texte d'Olivier Bachand

Du lait jusqu'au pétrole, les citernes de Tremcar transportent une panoplie de produits. L'an dernier, le fabricant a généré un chiffre d'affaires de 140 millions de dollars, dont une bonne partie est attribuable à ses ventes en sol américain.

L'entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui compte des usines des deux côtés de la frontière, a décidé de prendre de l'expansion au cours des derniers mois. Mais cette expansion ne se fera pas au Canada.

Tremcar est plutôt en train d'agrandir une usine au pays de Donald Trump.

« On a regardé pour faire l'expansion tant à l'usine de Saint-Jean-sur-Richelieu [que] celle de Saint-Césaire, puis pour nous, le meilleur choix à court terme était définitivement l'Ohio, principalement à cause des tarifs », affirme le président de l'entreprise, Daniel Tremblay.

Voilà une conséquence bien tangible de l'imposition de tarifs douaniers de 10 % et de 25 %, respectivement, sur les exportations canadiennes d'aluminium et d'acier en sol américain, le 1er juin dernier. Un mois plus tard, Ottawa répliquait avec des mesures de rétorsion similaires, c'est-à-dire des barrières tarifaires sur l'aluminium et l'acier importés des États-Unis.

Dans le cas de Tremcar, les tarifs canadiens font mal, car le fabricant doit absolument s'approvisionner aux États-Unis. « Les feuilles d'aluminium, qu'on utilise pour fabriquer nos citernes, ne sont pas disponibles au Canada. Il n'y a aucun fournisseur ou fabricant canadien », indique Daniel Tremblay.

L'entreprise doit donc importer ces feuilles d'aluminium des États-Unis et payer les tarifs douaniers de 10 % imposés par le Canada. Sur une période d'un an, Tremcar aura ainsi perdu environ 750 000 $, estime son président.

« Pour l'instant, on prend la perte pour être capable de vendre au prix du marché américain, explique M. Tremblay. Sinon, il faut augmenter nos prix, et quand on augmente nos prix, on perd les commandes. »

C'est pour cette raison qu'il a décidé de lancer une expansion au sud de la frontière. De cette façon, ses feuilles d'aluminium ne passeront pas les douanes canadiennes; son entreprise peut donc se soustraire aux tarifs.

« Ça a fait la différence pour déterminer si on investissait au Canada ou aux États-Unis, ajoute Daniel Tremblay. C'est évident que, pour nous, les États-Unis représentent une occasion où les coûts sont plus bas. »

Ottawa fait pression sur Washington

Dans l'espoir de pousser les Américains à abandonner leurs barrières douanières, le gouvernement Trudeau menace de ne pas ratifier le nouvel accord de libre-échange conclu entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Une stratégie qui reçoit l'appui d'AluQuébec, lequel fait la promotion de la grappe de l'aluminium du Québec. Sa présidente, Marie Lapointe, espère des résultats rapides.

Selon elle, un nombre croissant de transformateurs d'aluminium pâtissent de la bataille tarifaire, qui mine leur rentabilité.

Il y a déjà des joueurs qui sont tombés au combat, et d'autres pourraient le faire dans les prochains mois. C'est toute une industrie, qui, finalement, fait très peu de profits actuellement.

Marie Lapointe, présidente d'AluQuébec

Une centaine d'emplois ont été perdus chez les transformateurs d'aluminium québécois depuis l'instauration des tarifs douaniers, indique-t-elle. Pour certaines entreprises, ces surtaxes font la différence entre une petite marge bénéficiaire et des pertes.

Si le conflit s'étire encore longtemps, de nouvelles fermetures pourraient survenir.

Donald Trump a-t-il gagné son pari?

Le PDG du Groupe Canam, Marc Dutil, croit que les Américains sont en train d'accomplir leur objectif. À la tête de l'un des plus grands fabricants de structures d'acier en Amérique du Nord, il estime que les entreprises investiront davantage au sud de la frontière.

« On met de l'argent pour être performants chez nous, mais quand tu investis des millions et que tu es à une décision politique de ne plus pouvoir exporter aux États-Unis, ça crée un doute dans ta tête, dit-il. Les États-Unis, je ne dirais pas qu'ils ont gagné, mais ils créent une crainte tellement forte... Quand une entreprise a à décider où elle ouvre sa prochaine usine, elle va la mettre aux États-Unis. »

Selon lui, le grand perdant de cette situation est d'abord et avant tout le travailleur. Il fait valoir qu'une entreprise peut déployer son capital d'un côté ou l'autre de la frontière, alors que les employés n'ont pas ce luxe.

Le travailleur ne peut pas passer aux douanes et dire : ma job de soudeur était menacée au Québec, alors je m'en vais au Massachusetts.

Marc Dutil, PDG du Groupe Canam

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