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L'INRS peine à recruter des femmes professeures

Une bannière de l'INRS dans le hall d'entrée

Pour 5 postes de professeurs à combler au Centre eau terre et environnement (ETE) de l'INRS, à peine 13 femmes ont manifesté leur intérêt contre 94 hommes.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il est toujours très difficile pour les femmes de faire leur place en sciences. À l'Institut national de recherche scientifique, 4 postes de professeurs iront à des hommes puisqu'aucune femme n'a été retenue parmi les 12 finalistes.

Pour un cinquième poste de professeur, deux femmes et un homme sont finalistes. Aucun poste n'a encore été attribué.

« Au premier, tu peux comprendre, mais après quatre, tu commences à douter du processus qui est en place », s’exclame Valérie Plante-Lévesque, étudiante au doctorat en science de l’eau.

La jeune femme estime que l’Institut national de recherche scientifique (INRS) pourrait faire beaucoup mieux pour favoriser l’embauche de femmes professeures.

« On constate qu’il n’y a pas de réelle politique, de réel discours sur l’équité à l’embauche. Il y a des documents qui existent, mais dans les faits, ce n’est pas mis de l’avant », déplore l’étudiante.

Sa collègue, Sophie Dufour-Beauséjour, candidate au doctorat en science de l’eau, a eu la même réaction en voyant la liste des finalistes. Elle estime que les modèles féminins en science sont trop peu nombreux, surtout que l’INRS compte environ 50 % d’étudiantes aux cycles supérieurs.

« En tant que physicienne, j’ai eu très peu de modèles féminins de femmes qui avaient réussi à faire leur carrière dans ce domaine-là. […] C’est un obstacle concret, parce que ça fait que je ne peux pas me projeter dans quelque chose que je voudrais devenir. Je n’ai pas de mentor ou d’exemple à suivre », illustre-t-elle.

Les comités d’embauche ne semblent pas être sensibilisés, ou éduqués, à voir ce biais-là systémique [envers les femmes] et à en tenir compte.

Une citation de : Sophie Dufour-Beauséjour, candidate au doctorat

Peu de candidatures

Au-delà de la sensibilisation qui pourrait être faite auprès des comités qui sélectionnent les candidats, encore faut-il que les femmes déposent leur candidature pour les postes affichés.

Pour les cinq postes à combler au Centre eau terre et environnement (ETE), à peine 13 femmes ont manifesté leur intérêt contre 94 hommes.

« Le premier objectif pour nous, c’est d’augmenter de manière significative la part de femmes qui candidatent sur les postes qu’on affiche », souligne Stéphane Roche, directeur de la recherche et des affaires académiques à l’INRS.

Stéphane Roche, directeur de la recherche et des affaires académiques à l’INRSAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane Roche, directeur de la recherche et des affaires académiques à l’INRS

Photo : Radio-Canada

Il admet que le faible pourcentage de femmes qui enseignent dans certains domaines est un « problème ». Il ajoute que l’INRS souhaite faire « du démarchage beaucoup plus personnalisé » pour inciter davantage de femmes à briguer les postes offerts.

Ce sont des postes qui sont très sciences dures, et dans ces secteurs-là c’est souvent plus compliqué effectivement de trouver beaucoup de candidates.

Une citation de : Stéphane Roche, directeur de la recherche et des affaires publiques à l’INRS

Stéphane Roche souligne aussi que l’INRS est loin d’être la seule université où les femmes pourraient être représentées davantage dans le corps professoral.

Une étude du ministère de l’Économie de Québec démontre d’ailleurs qu’à peu près partout, le ratio d’étudiantes aux cycles supérieurs dans le domaine des sciences pures ou appliquées dépasse largement le ratio de femmes qui enseignent ces matières à l’université.

Des lignes de fermentation dans le Le laboratoire de biotechnologies environnementales de l'Institut national de recherche scientifique (INRS)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le laboratoire de biotechnologies environnementales de l'Institut national de recherche scientifique

Photo : INRS

Selon Ève Langelier, titulaire de la Chaire pour les femmes en science et génie au Québec, les institutions universitaires doivent effectivement commencer par s’attaquer à la manière dont les postes sont affichés.

« Les femmes ont, la recherche l’a démontré, moins confiance en elles. Si on a 10 critères pour un poste par exemple, les hommes, de façon générale, s’ils en ont 6 ils vont appliquer, mais les femmes va falloir qu’elles aient presque 10 sur 10 des critères pour appliquer sur le même poste », illustre la professeure en génie mécanique de l’Université de Sherbrooke.

Revoir les critères d’excellence

Les qualités d’un professeur sont la plupart du temps évaluées en bonne partie en fonction des publications scientifiques à son nom et par le prestige des revues où ses travaux ont été publiés.

Ces critères sont « dus pour être rafraîchis, soutient Ève Langelier. Il faut donner de la place à autre chose que seulement le nombre de publications. […] Il y a différente forme d’excellence et il faudrait les mettre à jour. »

À ce sujet, Stéphane Roche est tout à fait d’accord. « Je pense qu’il n’y a pas une seule façon pour un professeur de contribuer à la mission de l’établissement dans lequel il travaille et de répondre aux demandes de la tâche académique. »

Le directeur à l’INRS estime que la manière d’évaluer les publications d’un chercheur commence à évoluer, mais il admet qu’il y a encore du travail à faire.

« Les comités commencent à en tenir compte, mais pas nécessairement aussi facilement quand c’est de l’intersectoriel ou de l’interdisciplinarité. Or c’est vers là qu’on va. On a vraiment un système à réajuster. »

Il souligne aussi que plusieurs universités, dont l’INRS, prennent aujourd’hui en compte les impacts des congés de maternité sur la carrière d’une chercheuse au moment de l’embauche.

Un comité sur les enjeux de parité

Arrivé il y a à peine sept mois à l’INRS, Stéphane Roche souhaite mettre en place un comité qui se penchera sur les enjeux de parité.

« C’est un grand chantier qui à mon avis est essentiel et dans lequel l’INRS veut vraiment s’investir et peut-être jouer un rôle de leadership », explique le gestionnaire.

Il admet toutefois que les changements en profondeur ne se feront pas du jour au lendemain. Il s’agit de changer les traditions dans le milieu hautement compétitif de la recherche académique.

Stéphane Roche demeure toutefois persuadé que c’est en passant par l’équité, la diversité et l’inclusion que les équipes de chercheurs arriveront à trouver des solutions aux problèmes complexes de la société moderne.

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