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En France, le « symbole » de l'Église pédophile condamné à la prison

Le reportage de Jean-Michel Leprince
Agence France-Presse

Le cardinal Philippe Barbarin, symbole en France de la crise de l'Église face à la pédophilie, a été reconnu coupable jeudi de non-dénonciation d'agressions pédophiles d'un prêtre de son diocèse, la justice le condamnant à six mois de prison avec sursis. Ce dernier a par ailleurs annoncé qu'il offrirait sa démission au pape.

En l'absence du cardinal, la présidente du tribunal correctionnel de Lyon, Brigitte Vernay, l'a « déclaré coupable de non-dénonciation de mauvais traitements » envers un mineur entre 2014 et 2015.

Mgr Barbarin est ainsi le troisième évêque condamné en France pour des faits similaires, après deux autres cas en 2001 et en 2018.

Ses avocats ont immédiatement annoncé qu'ils feraient appel de cette condamnation.

« La motivation du tribunal ne me convainc pas. Nous allons donc contester cette décision par toutes les voies de droit utile », a indiqué Jean-Félix Luciani, en relevant qu'il « était difficile pour le tribunal de résister à une telle pression avec des documentaires, un film... Ça pose de vraies questions sur le respect de la justice », a relevé l'avocat.

Le cardinal a aussi annoncé qu'il offrirait sa démission au pape François « dans les prochains jours » après avoir « pris acte » de sa condamnation. Il en reviendra au pape de l'accepter ou non; Mgr Barbarin a déjà présenté une telle offre par le passé, offre qui avait été refusée.

« Indépendamment de mon sort personnel, je tiens à redire toute ma compassion pour les victimes », a-t-il ajouté.

Pour les cinq autres prévenus, le tribunal a considéré que les faits étaient, selon les cas, soit pas constitués, soit prescrits, et n'a donc pas prononcé de condamnation.

Pour Yves Sauvayre, l'un des avocats des parties civiles, « le souffle donné dans cette audience a eu des conséquences ».

La responsabilité et la culpabilité du cardinal ont été consacrées par ce jugement. C'est un symbole extraordinaire. Une grande émotion historique.

Yves Sauvayre, avocat de la défense

Une « victoire » pour l'enfance

L'un des plaignants, François Devaux, a rapidement salué « une grande victoire pour la protection de l'enfance ».

Les six mis en cause étaient poursuivis pour « non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans ». Des agressions imputées au père Bernard Preynat, qui n'a pas encore été jugé pour ces faits antérieurs à 1991.

Le cardinal Barbarin et Régine Maire, ancienne bénévole du diocèse de Lyon, étaient aussi poursuivis pour « omission de porter secours » : on leur reprochait d'avoir laissé Bernard Preynat au contact d'enfants, dans l'exercice de ses fonctions, jusqu'en septembre 2015.

À l'issue du procès, la procureure Charlotte Trabut n'avait pas requis de peine à l'encontre de Philippe Barbarin ni des cinq anciens membres du diocèse poursuivis avec lui, tout en assurant de son impartialité : « Le ministère public ne s'oppose pas aux parties civiles, pas plus qu'il ne soutient mordicus les prévenus. »

Cette position était cependant délicate à tenir après les témoignages, crus et poignants, livrés à la barre par d'anciens scouts à l'origine de l'affaire. Mais une position conforme à celle du parquet, qui avait classé sans suite une première enquête en 2016.

« Je ne vois pas de quoi je suis coupable », avait déclaré le cardinal lors d'un procès très attendu, notamment par les catholiques victimes qui disaient leur espoir d'avoir ouvert « une nouvelle ère » au sein de l'Église, tandis qu'un sommet inédit sur la pédophilie vient de se tenir au Vatican.

Soutenus par l'association de victimes « La Parole libérée », neuf hommes avaient d'abord accusé le père Preynat d'avoir abusé d'eux – des faits pour lesquels ce dernier n'a pas encore été jugé – avant de porter plainte contre ceux qui n'ont rien dit des agissements du prêtre. Faute de poursuites, ils ont lancé en 2017 une procédure de citation directe devant le tribunal, qui leur garantissait un procès.

« Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles », avait assuré au tribunal le cardinal, âgé de 68 ans, expliquant n'avoir appris les agressions reprochées au père Preynat qu'en 2014, quand une victime s'est confiée à lui. Pour ses accusateurs cependant, le cardinal était au courant depuis 2010 au moins, date à laquelle il s'est entretenu avec le prêtre sur les « rumeurs » qui couraient à son sujet.

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