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Jagmeet Singh et Andrew Scheer remettent en question la crédibilité de Gerald Butts

Jagmeet Singh devant un micro.
Jagmeet Singh réagit au témoignage de Gerald Butts devant le comité de la justice. Photo: Radio-Canada
Isabelle Maltais

Alors que le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) juge que le témoignage de l'ex-conseiller principal de Justin Trudeau devant le comité de la justice mercredi « n'est pas crédible et défie la logique », le chef conservateur y voit une confirmation de l'ingérence qu'aurait subie l'ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould dans le dossier de SNC-Lavalin.

M. Singh s’est prononcé après que l'ex-conseiller principal de Justin Trudeau, Gerald Butts, eut témoigné à son tour mercredi matin, contredisant plusieurs déclarations faites par Mme Wilson-Raybould la semaine dernière devant le même comité.

Selon lui, le témoignage de Mme Wilson-Raybould était « crédible, détaillé et précis », ce qui est loin d'être le cas de celui de Gerald Butts.

« Qu’il dise qu’il n’y a rien eu d’inapproprié du tout [dans leurs conversations]. Et qu’il ne savait pas avant la semaine dernière que Mme Wilson-Raybould avait fait le choix d’avaliser la décision de la directrice des poursuites pénales de ne pas offrir un accord de réparation à SNC-Lavalin, alors qu’elle l’avait dit à plusieurs personnes et qu'il était en haut de la hiérarchie gouvernementale. Ça lui enlève toute crédibilité », a lancé M. Singh.

« Son témoignage n’a pas apporté de preuves qu’elle n’a pas subi de pressions », a-t-il poursuivi.

Affirmant que les libéraux tentent de dissimuler la vérité, le chef du NPD a également souligné que les députés libéraux siégeant au comité de la justice, et qui sont en majorité, ont voté contre l’idée d’un deuxième témoignage de Jody Wilson-Raybould.

« Ça montre qu’ils ont peur de ce qu’elle peut dire. On essaie de dissimuler et d’éviter que le témoin central revienne témoigner. Tout cela parle du désir du gouvernement de ne pas aller au cœur de la vérité », dit-il.

Jagmeet Singh a également rappelé que la présidente du Conseil du Trésor, Jane Philpott, a démissionné lundi relativement à toute cette affaire, déclarant qu’elle ne pouvait plus défendre le gouvernement. Selon lui, cela prouve que les libéraux ne sont pas dignes de confiance.

« Et n’oublions pas que Mme Philpott a démissionné parce qu'elle n’a plus confiance dans le gouvernement. Cette démission est une question de principe », a-t-il fait valoir.

C’est tellement clair plus que jamais qu’on a besoin d’une enquête publique pour trouver la vérité. Les Canadiens ont besoin de savoir si le gouvernement travaille pour eux ou s’il continue de travailler pour les amis du Parti libéral.

Jagmeet Singh

Un témoignage qui valide la culpabilité du gouvernement, dit Scheer

Andrew Scheer devant un micro.Andrew Scheer commente le témoignage de Gerald Butts devant le comité de la justice. Photo : Radio-Canada

Quant au chef de l’opposition officielle, le conservateur Andrew Scheer, il considère que le témoignage de Gerald Butts valide indirectement le fait qu’une campagne « coordonnée, soutenue et indésirée pour interférer avec un processus juridique indépendant » a été conduite par Justin Trudeau et ses conseillers.

« M. Butts n’a pas été capable de contredire ou de réfuter les allégations qui ont été faites contre lui. Il les a ainsi validées », a-t-il déclaré mercredi après-midi.

Pour M. Scheer, « Justin Trudeau fait de grands efforts pour cacher la vérité ». Tout comme Jagmeet Singh, il estime que le refus du comité de la justice d’entendre de nouveau Mme Wilson-Raybould en est la preuve.

Le chef conservateur affirme que toute cette affaire montre le niveau de corruption du gouvernement libéral. Il insiste donc pour demander que l'affaire SNC-Lavalin soit l’objet d’une enquête criminelle de la GRC.

« On ne veut pas vivre dans un pays ou des entreprises puissantes ou des personnes riches peuvent avoir un traitement différent. Notre démocratie est basée sur l’indépendance du système de la justice et l’égalité pour tout le monde devant la loi », dit-il.

Tous les efforts du premier ministre pour mettre de la pression sur Mme Wilson-Raybould […] ne sont pas basés sur des principes juridiques ou des principes économiques. Ils sont basés sur les besoins politiques de Justin Trudeau. S’il s’est occupé d’emplois, c’est seulement d’un emploi, le sien.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Plus de détails de Wilson-Raybould sont nécessaires, dit le Bloc

Louis Plamondon devant un microLe bloquiste Louis Plamondon aimerait éclaircir certains points du témoignage de Jody Wilson-Raybould. Photo : Radio-Canada

Du côté du Bloc québécois, la réaction est plus nuancée.

Le député Louis Plamondon a déclaré d’entrée de jeu qu’il considérait qu’un deuxième témoignage de Jody Wilson-Raybould devant le comité de la justice était nécessaire pour répondre aux affirmations de Gerald Butts. « Au moins une lettre explicative », juge-t-il.

M. Plamondon estime qu’il n’y a pas que du côté de M. Butts que les choses ne sont pas claires, mais aussi de celui de l’ancienne ministre de la Justice.

« Elle [Jody Wilson-Raybould] ne nous a jamais dit les raisons pour lesquelles elle a pris cette décision [d’avaliser le choix de la directrice des poursuites pénales de ne pas offrir un accord de réparation à SNC-Lavalin après 12 jours] si rapidement. Ce serait intéressant qu’elle nous dise pourquoi », note-t-il.

Le bloquiste se demande également pour quels motifs l’ex-ministre « a fermé la porte » à tous conseils.

Pourquoi a-t-elle [Jody Wilson-Raybould] refusé d’avoir des avocats extérieurs qui auraient pu la conseiller? […] Et pourquoi a-t-elle refusé une suggestion de sa sous-ministre de discuter avec la directrice des poursuites pénales afin de parler de ce dossier-là pour voir s’il y a d’autres éventualités?

Louis Plamondon

Par ailleurs, le député considère qu’en agissant en faveur de SNC-Lavalin de cette façon, le premier ministre Justin Trudeau « s’y est mal pris ». « Il aurait pu procéder de façon publique, transparente, et ça n’aurait pas donné tout le brouhaha qu’on a aujourd’hui et qui fait en sorte qu’on va encore discuter pendant des jours de pressions appropriées ou inappropriées », déplore-t-il.

Elizabeth May ne croit pas à la duplicité de Gerald Butts

Elizabeth May devant un microElizabeth May ne croit pas à la duplicité de Gerald Butts. Photo : Radio-Canada

La chef du Parti vert, Elizabeth May, ne se range pas non plus entièrement derrière l’ex-ministre de la Justice.

Bien qu’elle affirme qu’elle « croit fermement tous les mots prononcés par l’ancienne ministre de la Justice » et qu’elle « pense qu’elle a fait face à des pressions inappropriées », elle donne tout de même à Gerald Butts le bénéfice du doute et dit ne pas croire à de la duplicité de sa part.

Mme May pense que, n’étant pas avocat, l’ancien conseiller du premier ministre a mal compris le rôle dévolu au ministre de la Justice et à la directrice des poursuites pénales.

De plus, selon elle, les divergences entre leurs deux témoignages peuvent s’expliquer par des oublis de M. Butts.

Il [Gerald Butts] était loin d’Ottawa pendant un mois, distrait par les négociations de l’Accord de libre-échange, pendant la période critique [de cette affaire]. […] Quand tu es occupé par des milliers de choses, tu peux en oublier .

Elizabeth May

Elizabeth May est également d’avis qu’il « est possible que Gerald Butts n’ait pas compris la détresse de Mme Raybould » quand ils ont discuté des pressions dont elle disait faire l'objet.

Elle trouve cependant étrange que M. Butts n’ait pas mentionné le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, dans son témoignage. Jody Wilson-Raybould a notamment accusé M. Wernick de lui avoir fait des menaces voilées concernant les conséquences que pourrait avoir pour elle une décision allant à l’encontre des souhaits du premier ministre.

« Une question de perception », dit la ministre de l’Agriculture

Marie-Claude Bibeau, avec en arrière-plan une salle de nouvelles La ministre fédérale de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, en entrevue à 24/60 Photo : Radio-Canada

Invitée à l’émission 24/60, la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a estimé pour sa part que le témoignage de Gerald Butts « a été très éclairant au niveau des intentions de notre équipe ».

« On demandait à la ministre et procureure générale de vraiment considérer toutes les options pour sauver les emplois de SNC-Lavalin au Québec et à travers le pays. De chercher un deuxième avis parce que c’est quand même la première fois qu’on regarde pour utiliser cette loi », dit-elle.

Mme Bibeau dit être profondément convaincue que la motivation du premier ministre dans ce dossier était de « prendre la meilleure décision possible pour les Canadiens », et souligne que Mme Raybould « a confirmé qu’il n’y avait eu aucune action illégale qui avait été commise dans tout ça ».

Elle soutient que toute cette controverse est due uniquement à un problème de « perception ». « Comment chacun a vécu la situation », résume-t-elle.

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