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Plus privé, plus sûr et éphémère : le visage de Facebook appelé à changer complètement

Mark Zuckerberg lors d'une conférence en avril 2017.

Photo : Getty Images / Josh Edelson

Karl-Philip Vallée
Mis à jour le 

Facebook passera progressivement de la plateforme ouverte et publique actuelle à un réseau social mettant de l'avant les cercles privés, les communications chiffrées et les contenus éphémères, a annoncé le président-directeur général (PDG) de l'entreprise, Mark Zuckerberg, mercredi.

« Les gens veulent de plus en plus se connecter de façon privée dans l’équivalent numérique du salon d’une maison, a écrit le patron de Facebook sur sa page personnelle (Nouvelle fenêtre). Lorsque je pense au futur d’Internet, je crois qu’une plateforme de communication axée sur la confidentialité deviendra encore plus importante que les plateformes ouvertes d’aujourd’hui. »

Chiffrement et éphémérité

Mark Zuckerberg énonce une série de priorités pour cette transformation en profondeur du plus grand réseau social au monde.

Facebook veut notamment multiplier les cercles de communication intimes. « Les gens devraient avoir des lieux intimes et simples où ils contrôlent clairement qui peut communiquer avec eux et où ils peuvent être certains que personne d’autre ne pourra accéder à ce qu’ils y publient », écrit M. Zuckerberg.

Le réseau social compte également mettre l’accent sur le chiffrement des communications, ce qui devrait rendre pratiquement impossible l’interception de messages entre l’auteur et le destinataire, y compris par Facebook.

Les contenus publiés sur cette future version de Facebook seront aussi plus éphémères, disparaissant sans laisser de traces après un certain temps. « [Les gens] ne devraient pas avoir à s’inquiéter que ce qu’ils partagent leur cause du tort plus tard », estime Mark Zuckerberg.

Inquiétudes pour la sécurité

Le chiffrement des communications et l'éphémérité des contenus pourraient toutefois avoir un effet pervers : celui de protéger les criminels sur la plateforme. « Lorsque des milliards de personnes utilisent un service pour entrer en contact, certaines d'entre elles vont nécessairement l'utiliser à des fins vraiment horribles, comme l'exploitation infantile, le terrorisme et l'extorsion, écrit Mark Zuckerberg. Nous avons une responsabilité de travailler avec les forces de l'ordre pour aider à prévenir ces utilisations partout où nous pouvons le faire. »

Le patron de Facebook affirme que la détection de ces contenus et communications inappropriés sera plus difficile avec la nouvelle plateforme qu'il propose, mais que certains systèmes existent pour identifier les criminels, même avec des communications chiffrées.

Ces systèmes de détection pourraient-ils affecter la sécurité des communications des utilisateurs ordinaires? « Mark Zuckerberg dit qu'il y a un équilibre à préserver et qu'ils doivent agir prudemment. Pour l’instant, il ne nous dit pas comment il va le faire », souligne Nadia Seraiocco, doctorante et chargée de cours en communications à l'Université du Québec à Montréal.

« Quand on dit qu'il y a un équilibre à atteindre, ça veut dire qu'ils ne sont pas sûrs encore, qu'ils ne savent pas comment ils vont le faire », ajoute cette experte en communications.

Une impulsion européenne?

Nadia Seraiocco voit dans l'annonce de Facebook une réaction aux nouvelles lois européennes en matière de protection de la vie privée. Depuis mai 2018, les entreprises du web faisant affaire dans l'Union européenne doivent en effet se soumettre à certaines des règles les plus strictes du monde dans ce domaine. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) garantit notamment la sécurité des données de la population européenne.

« On peut se demander si Facebook ne se demande pas si, tant qu'à déployer de nouvelles mesures pour se conformer [au RGPD], ça ne serait pas plus payant de les offrir à tout le monde. »

Mme Seraiocco croit qu'il en coûterait plus cher à Facebook de tenter d'exploiter des plateformes différentes pour l'Europe et le reste du monde que d'offrir les protections européennes à l'ensemble de ses membres.

Scepticisme

Ce changement de cap de Facebook pourrait forcer l’entreprise à revoir ses stratégies en profondeur. Certains pays interdisent par exemple le chiffrement des communications, ce qui pourrait freiner la croissance du réseau social, admet M. Zuckerberg.

Nadia Seraiocco nuance toutefois cette affirmation. « Avec la tendance actuelle pour plus de respect de la vie privée, Facebook veut peut-être revoir son modèle d'affaires pour monnayer davantage les abonnés qu'il a déjà. Si leur stratégie vise à conserver ses acquis en Europe, Facebook n'a peut-être pas tant avantage à percer des marchés comme la Chine. »

L’entreprise de Mark Zuckerberg est empêtrée dans une série de scandales concernant sa gestion des données et de la vie privée de ses utilisateurs. Malgré les engagements passés de M. Zuckerberg, son entreprise peine à se défaire de l’image de délinquante qui lui est accolée. Le patron de Facebook reconnaît d’ailleurs dans son annonce que les gens ont de nombreuses raisons d’être sceptiques par rapport à ces nouvelles orientations.

Un scepticisme partagé par Nadia Seraiocco, qui voit d'abord et avant tout dans l'annonce d'aujourd'hui une opération de relations publiques savamment orchestrée. « Ça ne peut être que pour le profit qu'ils font une annonce du genre. Présentement, leur mauvaise réputation doit leur coûter plus cher que les nouvelles mesures qu'ils proposent. Ils doivent aussi essayer d'occuper l'espace médiatique avec des annonces positives. »

Bien qu'elle préfère se montrer prudente, Mme Seraiocco concède qu'il s'agit d'une annonce importante. « Si seulement une partie de ce qui est annoncé se concrétisait, ce serait un changement de cap majeur pour l'entreprise, affirme-t-elle. Ça pointerait possiblement vers une nouvelle orientation pour le GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft]. »

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