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Faut-il bannir les chansons de Michael Jackson?

Michael Jackson sur une scène de concert durant son <i>HIStory World Tour</i>, en 1996.

Michael Jackson durant son HIStory World Tour, en 1996

Photo : Getty Images / Phil Walter

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La diffusion du documentaire Leaving Neverland, qui met en lumière des allégations de pédophilie à l'endroit de Michael Jackson, a créé une onde de choc dans le domaine de la musique. La situation relance un épineux débat : que faire de l'héritage musical d'une légende de la pop accusée de crimes odieux?

Un texte de Justine de l'Église

S’il y a une chose sur laquelle on s’entend, c’est que le documentaire Leaving Neverland divise. Sur les réseaux sociaux, on trouve autant de défenseurs du roi de la pop que de gens qui appellent au boycottage de son œuvre.

Devant la controverse, de nombreuses stations de radio québécoises ont décidé de ne plus faire jouer ses chansons. Est-ce la solution? Nous avons posé la question à des personnalités de la scène culturelle.

Rayer Michael Jackson de la carte

L’animateur Philippe Fehmiu a indiqué qu’il avait pris la décision de ne plus faire jouer la musique de Michael Jackson sur les ondes d’ICI Musique, ou encore dans le cadre de soirées où il est DJ.

Portrait sur le plateau de l'émission « Les échangistes ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Philippe Fehmiu

Photo : Radio-Canada / Amélie Grenier

Ce que je veux faire, c’est offrir aux auditeurs des bons moments, des moments qui sont confortables, stimulants. Ces temps-ci, c’est plus du malaise qu’on reçoit quand on entend la musique de Michael Jackson.

Une citation de : Philippe Fehmiu

Le chroniqueur culturel Nicolas Tittley comprend la décision de boycotter Michael Jackson; il y voit une manière de « nettoyer son âme » pour tous ceux qui ont participé « à cette espèce d’aveuglement collectif » envers les crimes soupçonnés de la vedette pop.

Il n’arrive cependant pas à trancher sur s’il faudrait ou non retirer le chanteur des ondes. Il juge que le documentaire l’a suffisamment troublé pour ne plus avoir envie d’écouter la musique du roi de la pop, mais il croit que la décision de boycotter ou non l’oeuvre de Michael Jackson devrait d’abord être personnelle. Il se questionne même sur l’impact d’une telle décision. « Détruire sa musique, ça ne donne rien à ses victimes. [...] Aujourd’hui, 30 ans après les faits, c’est un coup d’épée dans l’eau », avance-t-il.

Séparer l’homme de l’oeuvre

Le musicologue à l’UQAM Danick Trottier croit que les radios ont agi trop vite en retirant les pièces du chanteur des ondes. Comme Nicolas Tittley, il juge qu’on devrait attendre de voir si on atteint un consensus social avant de prendre de telles mesures.

« La réaction est légitime, je la comprends, mais je tiens à rappeler qu’il y a toute une oeuvre musicale derrière. [...] Michael Jackson n’a pas produit sa musique tout seul, il y avait des producteurs et toute une équipe de musiciens avec lui. »

Retirer son oeuvre, ce serait de punir « tout le monde » qui a trimé pour mener Michael Jackson au succès planétaire.

Il n’excuse en rien les crimes allégués du chanteur, et assure même qu’il juge souhaitable « qu’on remette les pendules à l’heure » à son sujet. À la suite de sa mort en 2009, les admirateurs de Michael Jackson ont fait de lui un héros surdimensionné, un homme canonisé, croit-il, et le tout « manquait de regard critique » envers un homme « aux comportements délétères, qui posaient souvent problème ».

Mais il persiste : « Je pense qu’on doit séparer l’homme de l’oeuvre », explique-t-il, en précisant qu’il ne penche ni pour l’aveuglement, ni pour le bannissement total.

Des zombies entourent le chanteur Michael Jackson lors du tournage de la vidéo pour Thriller.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une photo du film pour la chanson Thriller, de Michael Jackson.

Photo : Sony/Legacy

Nicolas Tittley argue que dans le cas de Michael Jackson, il est plus dur de séparer l’oeuvre du crime. « Il s’est servi de son oeuvre pour perpétrer ses crimes allégués. On le voit dans le documentaire, il s’est servi de publicités, de tournages de clips, d’occasions qui se sont présentées dans le cadre de son travail. »

Michael et l’histoire

S’il juge possible de retirer Michael Jackson des ondes, Nicolas Tittley avance qu’il serait impossible de le rayer de l’histoire.

Son influence sur la musique est trop grande. Tous les records qu’il a battus, tout ce qu’il a fait pour l’avancement de la musique pop et de la musique black.

Une citation de : Nicolas Tittley

Même son de cloche pour Philippe Fehmiu. « Je ne pense pas qu’on doit s’empêcher par exemple d’enseigner dans nos écoles certaines œuvres qui ont été imaginées, pensées par des créateurs qui ont eu des comportements qu’on désapprouve. Je ne pense pas qu’on doive aller jusque-là. »

Danick Trottier ajoute que l’oeuvre de Jackson représente presque 50 ans d’héritage musical, et qu’il peut être « difficile de voir toute l’épaisseur historique derrière une oeuvre ».

Vu de cet angle, ce serait très difficile de faire reléguer Michael Jackson aux oubliettes, peu importe la décision des stations de radio de le boycotter ou non.

Avec les informations de Julie-Jasmine Boudreau

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