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Santé : la recette de la ministre Danielle McCann

Le reportage de Davide Gentile.
Davide Gentile

Lorsque la ministre de la Santé était directrice du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Verdun, entre 2004 et 2012, elle a priorisé la collaboration entre les médecins et les autres professionnels de la santé. Danielle McCann réussira-t-elle à implanter ce modèle partout au Québec?

Quelques heures après avoir appelé la clinique pour un mal de gorge, Carine Emond est en consultation avec Mélanie Babin. « Oui, c'est assez rouge, mais je ne vois pas de point blanc », constate Mme Babin en examinant la gorge de Mme Émond. « Au moindre problème, ils trouvent une solution. Et Mélanie m'aide souvent avec mes prescriptions en appelant la pharmacie », raconte Mme Emond.

La majorité des examens de Carine Emond sont réalisés par Mme Babin, qui est infirmière praticienne spécialisée. Le médecin passe pendant la consultation et, après une brève conversation, laisse l'infirmière praticienne avec la patiente. Une pratique courante dans ce groupe de médecine familiale (GMF) de l'Hôpital de Verdun, où l'interdisciplinarité est implantée depuis des années.

« Je travaille avec des travailleurs sociaux, une infirmière praticienne, une infirmière clinicienne et souvent même un pharmacien », relate le Dr Daniel Murphy, directeur général du GMF de Verdun. « Ça me laisse plus de temps pour me consacrer aux cas les plus complexes », explique-t-il. Ce groupe de médecine familiale a été un des premiers du Québec. « C'était avec l'appui de notre directrice générale Danielle McCann, qui est maintenant notre ministre de la Santé. »

Mme McCann a été directrice du CSSS de Verdun de 2004 à 2012. Une entité du sud-ouest de la métropole aujourd'hui fusionnée avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

La collaboration entre les médecins et les autres professionnels était prioritaire pour elle, et c'est ce qu'elle veut implanter partout au Québec. « Avec Danielle McCann à Verdun, les équipes médicales ont appris dès le début à travailler avec les travailleurs sociaux et les infirmières », explique Geneviève Dechêne, médecin en soins palliatifs.

Soins à domicile efficaces

Mélanie Babin avec une patiente.Mélanie Babin est infirmière praticienne spécialisée dans le groupe de médecine familiale de l'Hôpital de Verdun. Photo : Radio-Canada

En 2009, elle a créé, avec l'aide de Danielle McCann, un groupe baptisé « unité médicale intensive à domicile ». Une dizaine de médecins travaillent avec une équipe interdisciplinaire pour offrir des soins palliatifs à domicile partout dans l'arrondissement de Verdun.

Une des premières initiatives du genre au Québec, qui est encore un modèle dans le domaine des soins palliatifs. « On visite des patients souffrants qui pourraient aller à l'urgence. Mais comme on se rend à domicile, au moins 60 % de ces patients évitent d'y aller. »

Cela explique en partie pourquoi l'urgence de l'Hôpital de Verdun a des résultats intéressants pour un établissement de l'île de Montréal. « On a de bonnes statistiques », dit Rinda Hartner, qui est directrice de l'urgence de l'hôpital. La durée moyenne de séjour y est légèrement inférieure à la durée moyenne provinciale.

Le 4 mars, le taux d'occupation des civières était de 73 %, alors qu'on était à plus de 100 % dans plusieurs grands hôpitaux de Montréal. « On a des médecins qui donnent des soins palliatifs à domicile et une bonne approche en santé mentale. Ici, dans le Sud-Ouest, on est bien organisés », souligne Mme Hartner.

Gérer dans la concertation

Difficile de parler au micro avec des gens critiques de la ministre. Mais nous avons consulté plusieurs anciens collègues qui semblent avoir franchement apprécié Danielle McCann.

« Elle cherche à établir des consensus pour qu'on arrive à un objectif commun », affirme la Dre Geneviève Dechêne. Plusieurs sources confidentielles consultées au cours de l'élaboration de ce reportage confirment cette impression.

« Ce n'est pas une femme de pouvoir, mais une leader qui est capable de rallier ses troupes », soutient Robert Marchand, médecin qui a siégé avec elle au conseil d'administration de l'établissement du Sud-Ouest.

Tous ceux qui la connaissent décrivent une gestionnaire discrète, calme et peu portée aux grands affrontements. « On va avoir une excellente gestionnaire qui va permettre au réseau de se stabiliser », pense Robert Marchand.

De gros défis à relever

Danielle McCann semble avoir franchi un premier pas dans sa volonté d'instaurer l'interdisciplinarité. Fin février, le Collège des médecins a accepté de permettre aux infirmières praticiennes spécialisées de faire six diagnostics pour des maladies chroniques.

« Il faut absolument qu'elle instaure cette collaboration entre les médecins, les travailleurs sociaux et les infirmières », indique André-Pierre Contandriopoulos, professeur émérite de l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

La ministre de la Santé veut aussi modifier le mode de rémunération des médecins omnipraticiens. « Il ne faut plus payer à l'acte, ça, c'est clair », affirme le professeur Contandriopoulos.

Le gouvernement Legault semble résolu à instaurer le paiement par « capitation ». Au lieu d'être payés pour chaque geste médical posé, les médecins seraient payés pour prendre en charge une personne, en collaboration avec d'autres professionnels, comme les infirmières.

Dans plusieurs pays, dont la France et l'Angleterre, les médecins sont pour la plupart salariés, indique M. Contandriopoulos. « Mais ici, ce sera extraordinairement difficile. Les deux corporations médicales ont résisté à toutes les tentatives de changement du mode de rémunération », rappelle ce spécialiste du système de santé québécois.

C'est peut-être dans ce dossier qu'on verra si Danielle McCann aura, à l'échelle provinciale, le même succès que dans son ancien fief de Verdun.

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