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analyse

« Impensable » que Newmont accepte l’offre de Barrick Gold, selon Pierre Lassonde

Pierre Lassonde, homme d’affaires et un mécène

Photo : ICI Radio-Canada

Gérald Fillion

L'investisseur minier Pierre Lassonde pourfend l'offre de 18 milliards de dollars américains déposée par Barrick Gold pour acheter Newmont Mining. L'homme d'affaires, qui a connu un succès retentissant depuis 40 ans dans le secteur de l'or en Amérique du Nord, affirme qu'il est « impensable » pour les actionnaires de Newmont d'accepter la proposition de Barrick Gold.

Le rejet de l’offre hostile par le conseil d’administration de Newmont est tout à fait compréhensible dans les circonstances. « C’est la première fois depuis que je suis en affaires, a dit Pierre Lassonde à RDI économie lundi soir, que je vois une offre hostile à un escompte du prix de l’action » comme celle présentée par Barrick Gold à Newmont.

L’offre de Barrick Gold ne prévoyait aucune prime pour les actionnaires de Newmont, voire un prix plus faible que la valeur des actions de Newmont. La prime, disait l’entreprise, c’était une promesse de trouver 7 milliards de dollars américains de synergies avec le regroupement des entreprises, en particulier dans les actifs des deux groupes au Nevada.

« Les synergies dans le monde minier, c’est un peu comme des mirages dans le désert, a déclaré Pierre Lassonde. Il y en a dans certains cas, mais ce n'est jamais ce qu’on attend. » Dans le cas du Nevada, a-t-il dit, il est peut-être possible de rationaliser certaines activités, mais il ne croit pas qu’il soit possible d’aller aussi loin.

De toute façon, Pierre Lassonde est d’avis qu’il n’est pas dans l’intérêt des actionnaires de Newmont d’accepter l’offre de Barrick Gold.

« Quand vous regardez les performances des deux compagnies dans les cinq dernières années, le titre de Newmont est à la hausse de 65 %, pendant que Barrick est en baisse de 15 %. [...] Le management de Newmont a fait un bien meilleur boulot que Barrick dans les cinq dernières années. Alors, pourquoi accepteraient-ils une offre à un taux d’escompte sur le prix des actions aujourd’hui? C’est impensable. »

Autre transaction

La réalité, dit l’investisseur québécois, c’est que Barrick Gold essaie de contrecarrer une autre transaction qui est en cours, celle de l’acquisition de la Canadienne Goldcorp, de Vancouver, par Newmont Mining. Le groupe américain propose 10 milliards de dollars américains en actions pour mettre la main sur Goldcorp.

« C’est une affaire qui fait du sens, dit Pierre Lassonde. Ce que Goldcorp n’avait pas, et la raison pour laquelle ils ont vendu, c’est que leurs états financiers n’étaient pas très sains. Ils avaient beaucoup trop de dettes. Et, dans les trois dernières années, leurs opérateurs n’ont tout simplement pas performé. Alors que Newmont, eux, ils ont de très bons états financiers, ils ont des opérateurs hors pair et ils sont capables de prendre tous les projets que Goldcorp a sur la planche et de les développer. »

Lutte pour la première place mondiale

Ce n’est pas la première fois que Newmont et Barrick Gold se courtisent, se repoussent, s’affrontent comme ça. Les deux bataillent pour la première place mondiale en termes de production. En 2017, Barrick Gold a produit 5,32 millions d’onces d’or et Newmont 5,27 millions d’onces. En achetant Randgold en 2018, Barrick a consolidé sa première position alors que le groupe a produit 1,25 million d’onces en 2016 dans ses mines en Côte d’Ivoire, au Mali et au Congo.

La question demeure toujours : qui sera le plus gros? Newmont, qui est en train d’acheter Goldcorp, ou Barrick Gold? « J’ai l’impression que les messieurs chez Barrick prennent ombrage [de la transaction possible Newmont-Goldcorp], selon Pierre Lassonde, et ils essaient de prendre tous les moyens qu’ils peuvent pour empêcher la transaction de procéder. »

Pierre Lassonde s’attend à une nouvelle offre de Barrick Gold pour Newmont. « Connaissant [les dirigeants de Barrick] Monsieur Bristow et Monsieur Thornton, il reste encore 4 semaines pour le vote de Goldcorp. Je m’attends très certainement qu’ils vont faire autre chose. [...] Barrick n’a pas fini. Ils vont sûrement nous faire des surprises. Est-ce qu’ils vont faire une augmentation de leur offre? C’est possible. »

Le prix de l’or ne dépasse pas les 1300 $ US l’once ces jours-ci. Selon Pierre Lassonde, il atteindra bientôt 1400 $ US. « Toutes les politiques américaines, le président Trump nous dit qu’il veut faire dévaluer sa devise. Et l'or, c’est l’anti-dollar américain. Alors, moi, je m’attends à voir 1400 $ l’once cette année. »

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