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La Chine bloque la distribution de canola canadien, Ottawa s’inquiète

Un champ de canola en fleurs, avec une ferme au loin.

Le Canada a exporté pour plus de 5 milliards de dollars de canola l'an dernier, dont près de la moitié était destinée au marché chinois.

Photo : Shutterstock

Radio-Canada

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland manifeste son « inquiétude » à l'annonce de la révocation par la Chine d'un permis de distribution de canola canadien sur son territoire. « Il n'y a pas de raisons scientifiques pour expliquer cette mesure. Nous avons déjà commencé à travailler sans relâche sur ce problème », souligne-t-elle.

La Chine a bloqué l'envoi sur son territoire des graines de canola de l'entreprise canadienne Richardson International, un des plus grands exportateurs de canola dans le monde dont le siège social est à Winnipeg. Cette mesure semble être une autre conséquence du conflit diplomatique et commercial entre les deux pays.

Selon l’agence Reuters, un document des douanes chinoises, daté du 1er mars, indique que le permis d'exportation de Richardson International, compagnie agricole de Winnipeg, a été annulé.

Cela signifie que l'entreprise ne peut plus exporter du canola dans le pays.

« Je veux aussi souligner pour les Canadiens, mais aussi pour nos partenaires chinois que le commerce entre le Canada et la Chine en canola, c’est un commerce réciproque, rappelle la ministre Freeland. C’est un commerce bien sûr important pour le Canada, mais aussi important pour la Chine. Le canola canadien est très utile pour les consommateurs, les agriculteurs, les producteurs agricoles de la Chine. »

Chrystia Freeland note au passage l’importance du canola pour le Canada, reconnaissant le caractère novateur de cette industrie. « Pour moi, c’est un secteur qui a une importance personnelle, ajoute-t-elle, mon père est un producteur de canola. »

La ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, indique que, « en réponse à l’avis de non conformité de la Chine, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a enquêté et confirmé n’avoir identifié aucun insecte nuisible ou bactérie dont la présence pourrait être préoccupante ».

« Nous travaillerons avec la Chine pour régler ce problème le plus rapidement possible », ajoute la ministre, indiquant que le gouvernement « surveille étroitement la situation » et « restera en contact avec les principaux intervenants ».

Le Canada a exporté l'équivalent de plus de 5 milliards de dollars de canola l'an dernier, selon l'Association canadienne des producteurs de canola (Canadian Canola Growers Association). Près de la moitié était destinée au marché chinois.

Selon Jean-Marc Ruest, vice-président à Richardson International, la compagnie canadienne est victime de pressions politiques de la part du gouvernement chinois.

Richardson a été directement ciblé. Nous pensons que cela fait partie d'un problème plus vaste entre le Canada et la Chine, et nous espérons que le problème sera réglé rapidement.

Jean-Marc Ruest, vice-président, Richardson International

Les relations entre le Canada et la Chine se sont détériorées l’automne dernier, lorsque des responsables canadiens ont arrêté la vice-présidente de la société de technologie chinoise Huawei, Meng Wanzhou, à Vancouver, à la demande des autorités fiscales américaines.

Cette dernière poursuit maintenant des membres de l'Agence des services frontaliers du Canada, de la Gendarmerie royale du Canada et du gouvernement canadien.

Mme Meng réclame des dommages-intérêts pour avoir été emprisonnée illégalement. Selon ses avocats, les responsables du gouvernement n'auraient pas respecté la règle de droit lorsque la femme a été détenue, fouillée et interrogée à l'aéroport de Vancouver, le 1er décembre dernier.

Deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, ont été arrêtés en Chine quelques jours plus tard et, lundi, les deux hommes ont été accusés d'avoir volé des secrets d'État en Chine.

Les producteurs préoccupés

Selon le directeur général de l’Association canadienne des producteurs de canola, Rick White, ce sont les fermiers qui subiront les contrecoups les plus importants de cette crise.

« Le marché chinois est très important pour les producteurs canadiens de canola, affirme-t-il. Si Richardson ne peut plus vendre en Chine, les producteurs vont se retrouver avec d’importante quantité de canola à vendre. »

« Nous savons tous ce qui se passe avec Huawei. Est-ce que les deux situations sont reliées? Je ne sais pas », s'interroge M. White.

La directrice des communications du Conseil canadien du canola, Heidi Dancho espère une résolution rapide de la situation.

« Les nouvelles au sujet d'exportations bloquées nuisent à l’ensemble des exportateurs », ajoute-t-elle.

C’est parce qu’il est conscient de l’importance économique de cette industrie que le gouvernement concentre ses efforts sur le commerce et a ciblé « une ambitieuse croissance des exportations en agroalimentaire de l’ordre de 75 milliards de dollars d’ici 2025 », mentionne Marie-Claude Bibeau.

Les récents accords de commerce internationaux avec l’Union européenne et les pays du Pacifique, dont la Chine, veulent « aider les producteurs de canola canadiens à étendre leur marché et assurer le succès des fermes », précise-t-elle.

Un acte « symbolique »

Pour Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, ces actions du gouvernement chinois et la crise politique qui sévit actuellement sont étroitement liées.

« De dire non au canola, un produit qui vient du Canada, est un geste archi-symbolique, affirme-t-il. C’est décevant comme message parce que l'on connaît la motivation. Ça n’a rien à voir avec la qualité du produit. […] Ça a tout à voir avec ce qui se passe à Vancouver et Ottawa. »

Sylvain Charlebois ajoute que si l’interdiction devait continuer, l’impact pourrait être majeur.

« On exporte pour environ 7 milliards de denrées agroalimentaires en Chine et presque la moitié de ça, c'est du canola, alors le marché chinois est extrêmement important », explique le professeur universitaire.

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