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Plus de 6000 étudiants avec un TDAH dans les universités au Québec

Le reportage de Jean-Philippe Robillard
Jean-Philippe Robillard

Les étudiants universitaires ayant un trouble du déficit de l'attention (TDAH) sont presque trois fois plus nombreux qu'il y a cinq ans. Une situation qui force les établissements à mettre en place des accommodements pour les aider à réussir.

Jessica Bourdage en classeJessica Bourdage est étudiante en communication à l’Université du Québec à Montréal, malgré son TDAH. Photo : Radio-Canada

Chaque jour, Jessica Bourdage ressent une fierté à poursuivre ses études malgré son trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. La femme de 28 ans veut commencer une maîtrise après avoir obtenu son baccalauréat en communication à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Jamais elle n’aurait pensé se rendre si loin, car, pour elle, étudier est un fardeau, malgré le médicament qu’on lui a prescrit pour atténuer les effets de son déficit de l'attention.

Jessica explique qu'elle prend cinq fois plus de temps que les autres étudiants pour étudier. « Ce sont les lectures qui sont le plus difficiles à faire, dit-elle. Je lis une phrase et je ne me rappelle plus ce que je viens de lire. »

Des étudiants comme Jessica, les universités québécoises en acceptent un nombre grandissant sur leurs campus. Ils sont 1300 à l’UQAM, près de 1000 à l’Université de Montréal. Au Québec, ils représentent actuellement environ 3 % de la population universitaire.

Mme Ramirez dans son bureauDania Ramirez, psychologue à l’Université de Montréal Photo : Radio-Canada

Il y a à peu près une dizaine d'années, on a vu ces étudiants-là arriver sur le campus massivement.

Dania Ramirez, psychologue à l’Université de Montréal

À l’Université de Montréal, comme dans les autres établissements universitaires, on offre des services particuliers aux étudiants aux prises avec un TDAH.

La psychologue Dania Ramirez, du centre étudiant de soutien à la réussite de l’Université de Montréal, affirme que plus de la moitié des jeunes qui consultent ont un trouble du déficit de l'attention, une proportion qui ne cesse d’augmenter.

Les besoins sont tels que l’université a dû embaucher du personnel. « Il y a 10 ans, j'étais pratiquement seule au service et maintenant nous avons quatre psychologues, trois orthopédagogues et deux neuropsychologues », explique Mme Ramirez.

Dans ce centre, on évalue les jeunes et on s’assure qu’ils ont bel et bien un TDAH.

« Le fait que les élèves ayant un TDAH soient dépistés et diagnostiqués au niveau primaire ou secondaire permet à plusieurs d’entre eux de poursuivre leurs études, soutient Mme Ramirez. Maintenant, comme il y a des plans d'intervention qui sont mis en place très tôt, ces étudiants peuvent arriver à l'université. [...] On leur a offert des services, on les a soutenus pour qu’ils puissent accéder aux études supérieures. »

Services et accommodements

Les universités ont mis en place divers accommodements pour aider ces étudiants à réussir leurs cours et éviter qu’ils accumulent les échecs scolaires.

Nous avons embauché plus de ressources, plus de conseillers parce qu'il y a eu une hausse assez phénoménale.

Dolores Otero, directrice des services d’accueil de l’UQAM

À l’UQAM, certains des 1300 étudiants ayant un TDAH sont accompagnés en classe par une personne rémunérée par l’université pour la prise de notes, ou ont accès à des logiciels pour les aider dans la rédaction de leurs travaux.

Une jeune femme de dos travaillle sur un ordinateurUne étudiante souffrant de TDAH dans un local adapté Photo : Radio-Canada

D’autres disposent d’heures supplémentaires pour faire leurs examens. On permet aussi à ces étudiants d’avoir accès à des ordinateurs portables et d’être isolés pour faire leur examen.

« L’objectif est de mettre des conditions nécessaires à leur réussite », précise Dolores Otero.

Pour avoir droit à de tels accommodements, les étudiants doivent fournir un diagnostic d’un professionnel de la santé. Pour Jessica, ces mesures sont essentielles à sa réussite même si elle prend un médicament pour atténuer les effets de son TDAH. « Ce n’est pas des bonus qu’on a, dit-elle. C’est vraiment pour nous amener au même niveau que les autres étudiants. »

Mais ces accommodements ne font pas toujours l’unanimité dans les salles de cours, selon le professeur Frédérick Gagnon de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. « Il y a des étudiants que se demandent, par exemple, pourquoi il y a une personne qui a plus de temps pour faire un examen, pourquoi une personne a une semaine de plus pour réaliser un travail de session, et ça peut créer des situations un peu délicates. »

Parfois des réticences

Certains professeurs peuvent aussi avoir certaines réticences à offrir des accommodements aux étudiants ayant un TDAH. Une situation qu’a déjà constatée Dolores Otero, de l’UQAM. « Ça peut être une méconnaissance ou une fausse conception de penser que les exigences du cours peuvent être abaissées pour ces étudiants-là alors que ce n’est pas du tout le cas. »

À l’Université de Montréal aussi, certains professeurs craignent, entre autres, les faux diagnostics. « Pour le professeur, c'est de s'assurer que s'il met en place un accommodement pour un étudiant, c'est justifié et il y a un diagnostic rigoureux qui est fait derrière », précise Dania Ramirez.

Les établissements universitaires sont obligés d’offrir des accommodements aux personnes handicapées qui en ont besoin. La prestigieuse université Harvard aux États-Unis offre le même genre de mesures d’aide aux étudiants ayant un TDAH. L’Université McGill aussi.

Par ailleurs, dans le milieu universitaire, certains se demandent si les sommes octroyées par Québec pour financer les services offerts aux étudiants aux prises avec un TDAH continueront à suivre l’augmentation dans la demande.

On s’attend à ce qu’un nombre important d’étudiants TDAH arrive sur les bancs des universités dans les prochaines années.

Déjà, à l’UQAM, certains parlent de revoir les façons d’enseigner et les méthodes pédagogiques afin de réduire les coûts associés aux accommodements scolaires. La directrice des services aux étudiants, Dolores Otero, précise qu’un comité se penche sur la question.

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