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Québec annonce un examen du BAPE pour un projet de mine à ciel ouvert en Abitibi

Benoit Charette Photo: La Presse canadienne / Jacques Boissinot
Thomas Gerbet

Retournement de situation pour le projet de la compagnie minière Sayona, en Abitibi. Après avoir envisagé de ne pas le faire, le gouvernement du Québec annonce que la minière devra se soumettre à un examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Mais l'entreprise pourrait trouver une échappatoire.

Le ministre de l'Environnement Benoit Charette a annoncé, mardi matin, par voie de communiqué, que le projet de mine à ciel ouvert « est assujetti à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement menant au BAPE ».

Le ministre explique qu'après analyse, ses fonctionnaires en sont venus à cette conclusion. « En effet, selon les documents déposés par l'entreprise dans le cadre de sa demande d'autorisation, le projet minier aura une capacité maximale journalière d'extraction supérieure au seuil de 2000 tonnes métriques ». La loi prévoit qu'au-delà de ce seuil, l'examen du BAPE est automatique.

« Tout ce qui est extrait doit être comptabilisé », explique le ministre Charette, en entrevue à Radio-Canada, contredisant ainsi les déclarations publiques de la minière.

L'entreprise n'a jamais caché son intention d'« éviter » l'examen du BAPE, qu'elle estime « long et coûteux ». Elle affirmait présenter un projet juste en dessous de la limite légale, à 1900 tonnes par jour.

Mais Radio-Canada révélait le 19 février qu'à la septième année d'exploitation, la capacité d'extraction de la minière atteindra 2123 tonnes par jour.

Le mine doit produire du lithium qui est destiné aux batteries de voitures électriques, et c'est un produit en forte demande sur le marché.

Avec l'examen du BAPE, le projet fera l'objet d'une consultation publique, d'une étude d'impact du promoteur, d'une période d'information publique et d'une analyse environnementale du Ministère.

Le BAPE n'est pas une fin en soi. Ça va permettre un dialogue constructif entre la minière et les citoyens.

Benoit Charette, ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, en entrevue à Radio-Canada.

« La procédure [du BAPE] permettra à la population de s'exprimer et de s'informer, précise le ministre. Ultimement, le promoteur pourra présenter les mesures de protection de l'environnement susceptibles d'assurer l'acceptabilité de son projet tant sur les plans social et environnemental que sur le plan économique. »

La minière pourrait encore échapper au BAPE

En entrevue à Radio-Canada, Benoit Charette n'a pas exclu que la compagnie modifie son projet à la baisse pour ne plus être soumise au BAPE. « La suite des choses appartient réellement au promoteur, explique le ministre. Le promoteur doit faire un dépôt de projet en bonne et due forme et ce sera à lui de bien mesurer le projet qu'il souhaite réaliser. »

La minière pourrait, à l'inverse, assumer le fait d'être assujettie au BAPE en proposant un projet plus important, avec un tonnage revu à la hausse. « Il peut y avoir des avantages pour le promoteur, mentionne Benoit Charette. Il pourra définir le projet à sa guise, avec le tonnage qu'il souhaite mettre de l'avant. »

Dans un communiqué, l'entreprise Sayona indique que les « impacts [de la décision] seront l’objet d’une analyse minutieuse à l’interne et la société fera connaître en temps et lieu la décision qu’elle prendra en conséquence ».

L'opposition se réjouit de la décision de la CAQ

« Victoire! », réagit la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'Environnement, Marie Montpetit. « Le ministre Charette prend ses responsabilités à la suite des pressions des oppositions », ajoute la députée libérale.

Le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et Québec solidaire avaient réalisé une sortie commune, le 20 février, pour réclamer un examen du BAPE.

Le chef du PQ, Pascal Bérubé, de passage à Rouyn-Noranda, a déclaré : « C'est à se demander pourquoi le ministre n'a pas été sensibilisé plus tôt à cet enjeu-là, comme nous l'avons été dès le départ. »

« C'est une belle victoire pour l'Abitibi-Témiscamingue, réagit la députée de Québec solidaire de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien. C'est une belle victoire pour les mobilisations citoyennes en général. »

Des groupes écologistes comme Greenpeace, Équiterre, la Fondation David Suzuki et Eau secours ont publiquement salué la décision du ministre.

Le gouvernement n'a pas cédé aux pressions de l'entreprise et envoie un signal clair à l'industrie : il faudra respecter les règles. La protection de l'environnement n'est pas négociable.

Sidney Ribaux, directeur général d'Équiterre.

« Ça va rester gravé dans l'histoire de l'Abitibi », s'est réjoui le porte-parole du Comité citoyen de protection de l'esker, Rodrigue Turgeon.

Entrevue avec le professeur Daniel Rousse de l'ETS

Projet controversé

La mine à ciel ouvert de la compagnie Sayona ferait un kilomètre de longueur, 600 mètres de largeur et 200 mètres de profondeur. Elle serait située sur le territoire du village de La Motte, à 30 kilomètres d'Amos, mais surtout très près de l'esker Saint-Mathieu-Berry, un long cordon de sable et de gravier, hérité de la fonte des glaciers, qui filtre l'eau qui s'y accumule avant de s'écouler dans une rivière souterraine.

L'eau de l'esker qui alimente la région d'Amos, en Abitibi, et l'usine d'eau Eska a déjà obtenu le titre de « meilleure eau potable au monde ».

La compagnie tente de calmer les inquiétudes des citoyens ou encore de la Ville d'Amos en expliquant que les puits d'eau d'Eska sont à 13 kilomètres et ceux d'Amos, à 19 km.

Industrie minière

Environnement