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analyse

Affaire SNC-Lavalin : le soleil est le meilleur désinfectant

Justin Trudeau regarde Jane Philpott qui sourit.

Le premier ministre Justin Trudeau et la présidente du Conseil du Trésor du Canada lors d'une réunion du Cabinet.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Michel C. Auger

La réponse de Justin Trudeau à la démission de Jane Philpott n'aurait pas dû surprendre : il a fait un grand discours partisan sur les changements climatiques et sur le fait que les conservateurs ne sont pas dignes de confiance dans ce dossier. Et pas un mot sur la crise de confiance qui secoue son gouvernement.

Bref, M. Trudeau a fait comme depuis le début de son mandat : il a estimé pouvoir se tirer de la pire des crises en ayant un bon plan de communications. Mais dans ce dossier comme dans bien d’autres, les « lignes de com » ne suffiront pas.

D’autant que Mme Philpott n’est vraiment pas n’importe qui. Elle était l’une des ministres les plus douées du Cabinet Trudeau. C’était même celle vers qui on se tournait pour régler les problèmes les plus brûlants : la prestation de services aux Autochtones ou le fiasco du système de paie Phénix, comme présidente du Conseil du Trésor.

Pour le public, le départ d’une ministre respectée et qui sait donc comment les choses se passent « à l’intérieur » sera nécessairement perçu comme une preuve qu’il se passe nécessairement quelque chose de croche au sein du gouvernement.

Le problème, c’est que les Canadiens n’ont jamais entendu de la bouche du premier ministre la raison pour laquelle deux ministres ont maintenant démissionné et provoqué ce qui est désormais une véritable crise ministérielle.

Le soleil est le meilleur désinfectant

Aux États-Unis, les lois sur l'accès à l’information ont longtemps été appelées des « Sunshine Laws » et on disait alors que « le soleil est le meilleur désinfectant ». Quand les citoyens ont en main les informations pour savoir ce qui se passe, il est bien plus difficile pour les dirigeants d’agir, ou de donner l’impression d’agir, dans leur dos.

Ce n’est pas la première fois que Justin Trudeau agit comme s’il était le communicateur en chef du gouvernement, plutôt que comme son premier ministre, le chef du gouvernement.

Dans le cas qui nous occupe, M. Trudeau se retrouve donc avec deux ministres en moins, deux ministres qui démissionnent sur une question de principe et parce qu’elles n’ont plus confiance en lui et, conséquemment, parce qu’elles ne peuvent plus le défendre.

Il aurait été simple pour le premier ministre de se lever en Chambre ou ailleurs et d’expliquer pourquoi son gouvernement avait fait adopter une loi prévoyant les désormais célèbres « accords de réparation » permettant à des sociétés dont les dirigeants ont été accusés de corruption de continuer leurs activités.

Les 9000 employés de SNC-Lavalin et leurs familles dans toutes les régions du Canada – parce que c’est d’eux qu'il devrait être question – n’ont pas à perdre leur gagne-pain parce que l’entreprise a déjà été dirigée par des bandits en cravate qui utilisaient la corruption comme une stratégie de mise en marché.

Tout cela s’explique, si on décide de le faire et si on prend le temps de le faire. Après tout, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres pays ont des lois similaires. Le Canada n’a pas à être en reste.

Mais en ne fournissant pas ces explications au bon moment, M. Trudeau a fait en sorte que l’Affaire SNC-Lavalin prenne les allures d’un véritable scandale de corruption.

« Comme quelqu’un qui cache quelque chose »

Le chef conservateur Andrew Scheer exagère largement quand il essaie de dépeindre l’affaire SNC-Lavalin comme un scandale de corruption du gouvernement tout entier. Après tout, on ne parle pas de corruption quand on essaie de faire appliquer une loi dûment votée par le Parlement. Mais il a bien raison quand il dit que « Justin Trudeau a agi comme quelqu’un qui a quelque chose à cacher ».

De même, on peut penser que l’ex-ministre de la Justice exagère quand elle a comparé ce qui lui est arrivé au Saturday Night Massacre, cet abus de pouvoir du président Richard Nixon pendant l’affaire du Watergate. Mais en ne répondant pas sur le fond de l’affaire, M. Trudeau a laissé s’installer l’idée que l’affaire SNC-Lavalin a des allures de scandale majeur.

En fait, ce qu’il y a, c’est une crise de confiance envers le premier ministre Justin Trudeau à l’intérieur même du Parti libéral et du gouvernement. Une crise évitable, mais qui est devenue sérieuse justement parce que le premier ministre a semblé ne pas la prendre au sérieux.

On aura donc transformé une utilisation controversée, certes, mais légitime, d’une loi du Parlement en scandale éthique, juste en n’agissant pas au bon monent. C’est quand même sidérant.

Aujourd’hui, il est illusoire de penser que SNC-Lavalin puisse bénéficier d’un accord de réparation, comme il est illusoire de penser que Justin Trudeau sortira indemne de la crise.

Il est temps, dans les deux cas, de commencer à penser à un plan B. Pas un autre plan de communications, mais un vrai plan de sortie de crise.

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