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Un deuxième cas mondial de rémission d'un patient atteint du VIH

Illustration 3D du VIH

Photo : iStock

Radio-Canada

Une deuxième personne, identifiée comme « le patient de Londres », semble présenter une rémission durable d'une infection par le VIH, le virus à l'origine du sida, après avoir arrêté son traitement. Une étape importante dans la lutte contre cette maladie, qui tue chaque année près d'un million de personnes dans le monde.

Les chercheurs, qui tentent depuis longtemps de reproduire la procédure qui a mené à la première rémission à long terme, il y a 12 ans, semblent avoir finalement réussi.

Leur rapport a été publié mardi dans la revue Nature. L'auteur principal de l'étude, Ravindra Gupta, professeur à l'Université de Cambridge, s'est gardé d'employer le mot « guérison » pour décrire les résultats obtenus.

« Dans six mois ou deux ans, les choses seront plus claires », a déclaré le professeur Gupta, mardi, à l'occasion de la Conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) à Seattle, aux États-Unis, où l'équipe présentait le résultat. « Le communiqué de presse était prudent, a-t-il ajouté. Si les gens l'interprètent d'une mauvaise façon, ce n'est pas du bon journalisme. »

« On a tenté pendant des années de reproduire – cette mutation s’appelle le CCR5 – ce qu’on a fait au patient de Berlin la première fois », explique le président de la clinique médicale l'Actuel, le Dr Réjean Thomas. « Ça a donné des échecs des dizaines de fois. » Il ajoute que les greffes de moelle osseuse sont dangereuses et qu'il y a un taux de mortalité élevé.

Les chercheurs parlent d’un cas de rémission à long terme. Le patient, dont l'identité n'a pas été révélée, a reçu un diagnostic de virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en 2003 et a commencé à prendre des médicaments pour maîtriser l'infection en 2012. Les chercheurs n'ont pas précisé pourquoi il avait attendu aussi longtemps avant d'agir.

Après avoir découvert qu'il avait un lymphome de Hodgkin – un cancer relativement rare qui se développe dans le système lymphatique –, le patient de Londres a accepté de subir une transplantation de moelle osseuse pour traiter le cancer en 2016. Or, par le fait même, il a reçu les cellules souches du donneur. Et ces dernières étaient porteuses d'une mutation génétique rare qui empêche le VIH de s'installer.

Environ 1 % des personnes descendantes d'Européens du Nord ont hérité de la mutation de leurs deux parents et sont immunisées contre la plupart des infections au VIH.

Le Dr Thomas rappelle que l’étude de centaines de femmes qui avaient eu de nombreux partenaires sexuels en Afrique sans contracter le VIH avait permis de découvrir cette mutation. « Ces femmes-là étaient porteuses du récepteur [grâce à cette mutation génétique] et étaient devenues résistantes » au VIH, poursuit-il.

« Le VIH ne peut plus se coller, explique le Dr Thomas. À ce moment-là le virus ne peut plus se développer, les cellules ne peuvent plus se développer et ça guérit complètement. On les a suivies de très près. »

« On s’entend que ce ne sera pas ça [la greffe de moelle osseuse] qui sera la solution au sida dans le monde », dit-il, mais les chercheurs ont pu se rasseoir pour explorer de nouvelles avenues.

« C’est un concept parce qu’avant on disait que le sida ne pouvait pas se guérir. Maintenant on a deux preuves; une guérison complète et une rémission. […] Maintenant, on peut se demander, dans toutes les étapes qui ont été faites, où on pourrait aller travailler pour développer des traitements qui permettraient la guérison. »

Timothy Ray Brown pose de profil.

Timothy Ray Brown, aussi connu sous le surnom de patient de Berlin, n'a pas présenté de signes du virus depuis 12 ans.

Photo : Associated Press / Manuel Valdes

Le premier cas de rémission : le patient de Berlin

Auparavant, la thérapie a été un succès avec celui qui a été baptisé « le patient de Berlin » – Timothy Ray Brown, un Américain traité en Allemagne. Douze ans après la greffe de cellules souches, il ne présente aucun signe du virus. De telles greffes, jugées dangereuses, avaient déjà échoué chez d'autres patients.

Jusqu'à présent, M. Brown était la seule personne que l'on croyait guérie de l'infection par le VIH.

Le cas du patient de Londres « montre que le remède de Timothy Ray Brown n'était pas un hasard et peut être recréé », s'est réjoui le Dr Keith Jerome du Fred Hutchinson Cancer Research Center à Seattle. Cette opération a le potentiel de conduire à une approche plus simple qui pourrait être utilisée plus largement, a-t-il ajouté.

Le cas du patient de Londres était « un événement improbable », a déclaré le chercheur Ravindra Gupta. « C'est pourquoi cela n'a pas été observé plus fréquemment. »

La greffe est venue modifier le système immunitaire du patient de Londres, ce qui lui a donné la mutation du donneur et la résistance au VIH.

Après 16 mois de traitement, le patient a volontairement cessé de prendre des médicaments anti-VIH pour voir si le virus allait réapparaître.

« Ce qui était triste la dernière fois, c’est que des patients me disaient être prêts à subir une greffe de moelle osseuse, même s’il y a 40 % de mortalité, souligne le Dr Thomas. C’est pour vous dire à quel point la stigmatisation du VIH est encore importante. Le fait de rechercher un traitement curatif [...] semble pénible, difficile, mais semble possible. On a deux cas, on a un concept. C’est une bonne nouvelle. »

Sur les 37 millions de personnes qui vivent avec la maladie, seulement 59 % d'entre elles bénéficient de la thérapie antirétrovirale (ARV). Or, ce traitement ne permet pas de se débarrasser du virus. Les patients atteints du VIH s'attendent donc à prendre des pilules quotidiennes à vie.

« En ce moment, la seule façon de traiter le VIH est par l'administration de médicaments qui contiennent le virus et que les gens doivent prendre toute leur vie », a expliqué M. Gupta.

Lorsque les médicaments sont arrêtés, le virus revient avec force, généralement après deux à trois semaines.

Ce n'est pas ce qui s'est passé chez le patient londonien. Dix-huit mois de sevrage plus tard, il ne présente toujours pas de traces du virus, selon des tests réguliers menés par les chercheurs.

Une procédure complexe

Il n'en demeure pas moins que la transplantation de moelle osseuse reste une procédure dangereuse et douloureuse, notent les chercheurs. Ravindra Gupta et son équipe soulignent qu'il ne s'agit pas d'une option viable pour le traitement du VIH.

Des complications peuvent également survenir. Dans le cas de M. Brown, ce dernier a dû subir une deuxième greffe de cellules souches lorsque sa leucémie est revenue.

Comparativement à M. Brown, le patient de Londres a subi une chimiothérapie moins pénible pour se préparer à la greffe. Il n'a pas eu de radiothérapie et n'a eu qu'une légère réaction à la greffe, ont indiqué les chercheurs.

« Une transplantation de moelle osseuse n'est pas viable pour guérir. Mais on peut essayer de déterminer quelle part de la transplantation a fait la différence pour permettre à cet homme de cesser de prendre ses médicaments antiviraux », estime Sharon R Lewin, directrice de l'Institut Doherty et professeure à l'Université de Melbourne.

« Ce qui est compliqué avec le VIH par rapport à d’autres maladies comme les hépatites, où maintenant on a des traitements même pour l’hépatite C, c’est qu’il attaque le chef d’orchestre du système immunitaire, ce qui fait qu’on est incapable de trouver, dans toutes les techniques, où l’arrêter, explique le Dr Thomas. En poussant le récepteur, c’est l’endroit le plus stratégique du système immunitaire pour empêcher le virus de se développer. »

Timothy Ray Brown a déclaré qu'il aimerait rencontrer le patient de Londres et qu'il l'encouragerait à se présenter au public. « Cela a été très utile pour la science et pour donner de l'espoir aux personnes séropositives vivant avec le VIH », dit-il.

Le Dr Gero Hutter, le médecin allemand qui a soigné M.  Brown, a qualifié le nouveau cas de « grande nouvelle » et de « pièce unique dans le puzzle de la guérison du VIH ».

« La recherche c’est parfois surprenant, conclut Réjean Thomas. On ne trouve rien pendant 10 ans et, tout d’un coup, l’accumulation ou une nouvelle recherche peut complètement faire déboucher vers de nouvelles avenues. C’est là où ça devient intéressant, de chercher d’autres avenues stratégiques que la trithérapie pour les patients. »

Avec les informations de l'Associated Press et de l'Agence France-Presse

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