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Le Pharmachien dénonce une campagne de cyberintimidation à son égard

L'animateur Olivier Bernard s'adresse à ses fans au micro.

Le pharmacien et animateur de télévision Oliver Bernard.

Photo : Radio-Canada / Arcouette&Co.

Bouchra Ouatik

Le pharmacien et communicateur scientifique Oliver Bernard dénonce une campagne de cyberintimidation dont il est la cible depuis qu'il a remis en question l'efficacité des injections de vitamine C dans le traitement du cancer. Ces injections ne sont pas autorisées au Québec, mais des dizaines de milliers de personnes ont signé une pétition en leur faveur, parrainée par le député caquiste Youri Chassin.

Olivier Bernard, qui tient le blogue Le Pharmachien dans lequel il commente l’actualité scientifique, a publié cet été un article sur les injections de vitamine C dans le traitement du cancer (Nouvelle fenêtre). Dans son texte, il remet en question l’efficacité de cette approche, en citant des études scientifiques sur le sujet.

Lundi matin, M. Bernard expliquait avoir reçu des menaces d’internautes qui disaient vouloir « régler [son] cas ». Il indique que ses détracteurs ont fait des pressions pour tenter de lui faire perdre son émission de télévision, qu’il anime sur la chaîne Explora, et ont incité le public à porter plainte « massivement » à l’Ordre des pharmaciens du Québec. Il ajoute que le harcèlement ciblait aussi sa conjointe, l’auteure India Desjardins.

À la suite de ces événements, Le Pharmachien dit ne plus vouloir se prononcer publiquement sur le sujet.

Hier [dimanche] soir, j’ai senti que j’avais atteint la limite de ce que je suis capable de prendre psychologiquement dans cette affaire.

Olivier Bernard

Une situation dénoncée

L’Association des communicateurs scientifiques du Québec (ACS) a réagi vivement à cette situation. « On dénonce publiquement toute forme de harcèlement, d’intimidation, de critiques ou de menaces quelconques comme celles qu’Olivier Bernard a reçues », dit la présidente, Laurène Smagghe.

Ce n’est pas normal que ça atteigne ce niveau-là quand il ne fait qu’énoncer des faits scientifiques.

Laurène Smagghe, présidente par intérim de l’ACS

Selon elle, de telles réactions démontrent que certaines personnes comprennent mal le rôle des scientifiques. « Ça montre en effet qu’on manque de communicateurs et de vulgarisateurs scientifiques qui prennent le temps d’expliquer au grand public que fait la science, que font les scientifiques, c’est quoi une étude », dit-elle.

Mme Smagghe craint l'effet que cela aura sur d’autres scientifiques, qui pourraient hésiter à parler de leurs recherches.

Si l’on ne parle plus de certains sujets controversés, on ne va plus pouvoir parler de grand-chose, parce que, malheureusement, il y a énormément de sujets qui touchent des enjeux scientifiques très importants et qui sont sujets à controverse.

Laurène Smagghe, présidente par intérim de l’ACS

Du harcèlement qui touche plusieurs domaines scientifiques

De tels cas d’intimidation envers des scientifiques sont encore rares au Québec, mais la situation est de plus en plus répandue au sud de la frontière. Le généticien américain Kevin Folta dit subir du harcèlement constant depuis plusieurs années, en raison de ses travaux sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).

« Tous les jours, des gens m’attaquent sur les réseaux sociaux. Des robots sont programmés pour disséminer des informations négatives à mon sujet quotidiennement. Il y a des sites Internet sur moi », explique le chercheur, qui enseigne à l’Université de la Floride.

Un plant de soya

Contrairement à la croyance répandue, le soya destiné à la consommation humaine contient rarement des OGM.

Photo : Radio-Canada

M. Folta constate que plusieurs thèmes scientifiques déclenchent des réactions hostiles de la part de certains groupes : le climat, le génie génétique, la vaccination, la fluoration de l’eau, l’énergie nucléaire, les régimes.

Les gens qui ne soutiennent pas ces secteurs trouvent que les scientifiques sont très gênants et veulent nous éliminer de la conversation ou, du moins, détruire la confiance que nous avons acquise.

Kevin Folta, chercheur en génétique, Université de la Floride

Malgré le harcèlement qu’il subit, Kevin Folta continue à parler publiquement de ses travaux, et incite les autres scientifiques à faire de même. « Il n’y a qu’une seule solution : continuer à faire du bon travail, et continuer à écrire, à parler, et à s’exprimer là où on nous le demande. »

Société