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La crise qui secoue leur pays inquiète les Algériens du Manitoba

Des personnes marchent dans une rue, certaines brandissant des drapeaux.

Plusieurs personnes se sont rassemblées dimanche à Alger pour manifester contre un 5e mandat pour Abdelaziz Bouteflika.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Abdoulaye Cissoko

La situation en Algérie préoccupe les ressortissants de ce pays du Maghreb qui vivent au Manitoba. Depuis deux semaines, des manifestations ont lieu à Alger et ailleurs pour empêcher le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, de briguer un cinquième mandat.

Des centaines de milliers d'Algériens et d'Algériennes ont manifesté jusqu'à tard dans la nuit de dimanche à lundi, après que le président Bouteflika eut officiellement déposé sa candidature. Les manifestants dénoncent ce qu’ils considèrent comme une mainmise des militaires sur le pouvoir politique en Algérie.

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika.

Abdelaziz Bouteflika ne s'est pas adressé aux Algériens depuis un AVC en 2013.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Abdelaziz Bouteflika, qui est âgé de 82 ans, est absent de la scène publique depuis qu'il a été victime d'un accident vasculaire cérébral, en 2013.

Merouane Abed est un Manitobain d'origine algérienne. Il dit que ce n'est pas seulement la candidature du président sortant qui le dérange.

« C'est tout le système en place depuis l'indépendance. Le cinquième mandat de Bouteflika serait une insulte au peuple algérien, puisque [en raison de sa maladie] il ne peut pas représenter le pays. La jeunesse algérienne n'a ni travail ni espoir. Tout ce dont elle rêve, c'est de prendre une barque pour aller en Europe. C'est devenu triste », dit-il.

Nassim Assid

Nassim Issad, d'origine algérienne est arrivé au Manitoba en septembre 2018.

Photo : Radio-Canada

Nassim Issad est arrivé au Manitoba en septembre dernier, en provenance d'Algérie. Il affirme que, sur place, cela faisait déjà un moment que le feu couvait.

L'annonce d'un possible cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. « Il y a le manque de liberté d'expression. J'ai beaucoup d'amis et de connaissances qui se font arrêter, qui sont des blogueurs et [expriment] leurs opinions sur les réseaux sociaux. Le peuple algérien est constitué dans sa majorité de jeunes et ils en ont marre face à cet état autoritaire », explique-t-il.

La chute du prix du pétrole a fait mal à l’économie de ce pays membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), tout comme la dévaluation de la monnaie nationale, le dinar. Cela aurait contribué au ras-le-bol des Algériens, estime Nassim Issad.

« Beaucoup d'Algériens profitaient de leurs congés pour aller se détendre à l'étranger. Maintenant, le dinar est tellement faible qu'ils peuvent à peine voyager une fois par an », précise-t-il.

Des manifestants tiennent des affiches montrant des slogans tels « un seul héros : le peuple » et « le mandat de la honte ».

Plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées devant l'ambassade algérienne à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Selon des données de la Banque mondiale, plus d'un tiers de la population (soit 15 millions de personnes) a moins de 20 ans, une frange de la population dont un grand nombre est au chômage.

Pour Nassim Issad, le peuple en a assez de toutes ces injustices. « Malgré tout, il a fait preuve de beaucoup de retenue en raison d'un lourd passé, notamment dans les années 90. »

En effet, de 1992 à 2002, l’Algérie a été en proie à une guerre civile. Cette période que les Algériens qualifient de « décennie noire » a fait de milliers de morts. Nassim Issad souligne que c'est pour éviter de retomber dans ce chaos que le peuple s'est retenu pendant tout ce temps.

Abdelaziz Bouteflika a promis que, s'il était réélu le 18 avril prochain, il tiendrait un référendum sur une nouvelle constitution algérienne et qu’il convoquerait rapidement de nouvelles élections, pour lesquelles il ne serait pas candidat.

Merouane Abed

Merouane Abed

Photo : Radio-Canada

Merouane Abed ne croit pas à ces promesses. « C'est ce qui se passe tout le temps en Afrique. Vous avez des personnes qui s'accrochent au pouvoir et dès qu'elles sentent que le vent est en train de tourner, elles promettent des changements. Comment quelqu'un qui a passé 20 ans au pouvoir va-t-il apporter des changements en une année? », se demande-t-il.

Nassim Issad estime qu'il s'agit pour le pouvoir de gagner de temps. Toutefois, il dit que cela laisse aussi au peuple algérien l’occasion de mieux se préparer et de trouver son candidat.

Pour Merouane Abed, cette situation est aussi planifiée par le système en place. « Bouteflika a créé un vide politique. Il a mis en place tous les outils judiciaires, tout le système pénal et l'armée sont à sa merci. Donc, on a barré la route aux gens qui auraient osé contester son pouvoir », affirme-t-il.

Résultat, selon lui, aucune personne n'a encore la légitimité pour se présenter au nom du peuple algérien.

Quant à Nassim Issad, il affirme qu'il ne voit pas pour le moment le bout du tunnel. « Tout est encore flou. La réaction du peuple a été spontanée, car personne ne s'y attendait. Même pour tout le reste, je pense qu'on avance vraiment au jour le jour et on verra ce que ça donnera », conclut-il.

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