•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le nombre de cas soupçonnés de traite de personnes est à la hausse en Nouvelle-Écosse

Une jeune femme vit une grande détresse, dans une pièce peu éclairée.

Selon la GRC, les victimes de traite de personnes sont recrutées dans dans les communautés rurales que dans les grandes villes.

Photo : Shutterstock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le nombre de cas soupçonnés de traite de personnes est à la hausse en Nouvelle-Écosse. De plus en plus de familles rapportent à la police que leurs filles ont été forcées de se prostituer et de quitter la province.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) enquête sur au moins une douzaine de nouveaux cas, depuis janvier 2018.

Les gens viennent nous voir et nous apprennent que leur fille ou leur garçon vit telle ou telle situation. Dans le passé, ça pouvait prendre des années avant que les parents se demandent si leur enfant est impliqué dans l’industrie du sexe, dit le caporal David Lane, coordonnateur de la lutte contre la traite de personnes à la GRC en Nouvelle-Écosse.

C’est sûr qu’il y a une hausse, tout le monde le sait, affirme Cheyenne Jones, une ancienne travailleuse du sexe, qui aide maintenant les victimes de la traite de personnes. Les intervenants, les parents et ces filles, ils savent tous que ça se produit. Nous le disons depuis toujours.

Il est cependant difficile de déterminer le nombre de victimes de ce trafic. La plupart des victimes ne s’identifient pas comme telles parce qu’elles se sont fait duper, ou plus fréquemment, leur copain est leur souteneur, explique David Lane. Elles ne croient pas être des victimes de trafic humain, parce qu’il s’agit de leur amoureux. Dans leur tête, elles ont choisi elles-mêmes de quitter la Nouvelle-Écosse et de travailler dans l’industrie du sexe, dit-il.

Dangereux engrenage

Les proxénètes visent des filles qui n’ont parfois que 14 ans dans les médias sociaux, explique le caporal Lane. Ils les courtisent avec des repas au restaurant, des cadeaux et de l’attention. Mais en réalité, elles se font berner.

Presque immédiatement après la “lune de miel”, elles sont isolées de leurs parents et de leurs amis, dit David Lane. Elles deviennent de plus en plus difficiles à joindre et vont souvent quitter la province à ce moment-là.

De là, la plupart des personnes seront traînées d’une ville à l’autre et forcées de se prostituer. Une fois qu’une femme quitte la province, il est extrêmement difficile de la retrouver et de la ramener à la maison.

Cheyenne Jones, avec son chien, dans la forêt. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cheyenne Jones est une ancienne travailleuse du sexe et aide maintenant les victimes de la traite de personnes.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

La plupart des parents que nous avons rencontrés attendent le retour de leur fille à la maison et c’est difficile pour nous parce qu’on a toujours de mauvaises nouvelles, indique David Lane.

Pas assez d'efforts?

Cheyenne Jones voit les choses différemment. Elle affirme que la GRC et les autres corps policiers n’en font pas assez pour mettre fin à la traite des personnes dans la province.

Personne ne prête attention à nous, dit-elle. On se demande combien de filles devront vivre un tel enfer avant que quelqu’un réagisse. Combien de femmes devront mourir? Combien faut-il de filles torturées? Parce que c’est ce qui se passe.

Cheyenne Jones ajoute que certaines des filles exploitées et victimes de mauvais traitements ne s’en remettent jamais complètement. On devrait célébrer celles qui survivent à des situations aussi horribles, dit-elle. On devrait les applaudir quand elles entrent dans une pièce parce qu’elles sont de vraies survivantes. Elles ont vaincu la mort. Elles ont fait tout ce qu’elles devaient faire pour survivre et je suis fière de marcher à leurs côtés.

Elle exhorte la police à cibler les clients. Selon elle, si les policiers arrêtaient plus souvent ces hommes, il n’y aurait plus de demande pour l’industrie du sexe.

Un contrôle routier de la GRC.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un contrôle routier de la GRC.

Photo : Radio-Canada

La GRC assure pourtant prendre le phénomène au sérieux. Le caporal David Lane précise que tous les patrouilleurs en Nouvelle-Écosse ont suivi une formation pour reconnaître les signes d’une situation de traite des personnes. Tous les agents de première ligne de la province suivront aussi cette formation.

Les patrouilleurs sont ceux qui font le plus affaire avec le public. Nous leur donnons donc les outils pour qu’ils puissent reconnaître rapidement le trafic humain et intervenir de la bonne façon, souligne-t-il.

Mais David Lane croit surtout que les parents doivent avoir une discussion avec leurs enfants sur la traite des personnes et sur les façons d’éviter d’en être victime. Préférez-vous être mal à l’aise pendant une vingtaine de minutes en ayant une conversation franche avec votre enfant, ou préférez-vous avoir une conversation difficile avec un agent de police au sujet de votre fille, qui est victime de trafic de personnes depuis des années?

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !