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La « dernière goélette du Saint-Laurent » risque d'être saisie par Cuba après son naufrage

La goélette Grosse-île s'est échouée à Cuba le 27 janvier dernier.
La goélette Grosse-Île s'est échouée à Cuba le 27 janvier dernier. Photo: Courtoisie/Facebook
David Rémillard

La goélette Grosse-Île, qualifiée par certains de dernière goélette du Saint-Laurent à toujours sillonner les eaux, risque d'être saisie par l'État cubain après son naufrage, survenu le 27 janvier. C'est du moins ce qu'affirme son capitaine, Didier Épars, coincé à Maria la Gorda.

Joint par Radio-Canada à Cuba dimanche, M. Épars s’est dit « ulcéré et révolté » par ce qui lui arrive.

Selon son récit, lui et son fils naviguaient près de la baie des Corrientes, le 27 janvier, lorsqu’un « front froid assez violent » s’est abattu dans leur secteur. Ce serait le même front froid qui a provoqué la tornade mortelle à La Havane quelques heures plus tard.

Au moment de la tempête, la goélette Grosse-Île a subi une panne de moteur, selon M. Épars, qui « a échoué volontairement à Maria la Gorda à Cuba pour sauver nos vies », disait-il aussi dans une publication sur les réseaux sociaux samedi.

Didier Épars, capitaine de la goélette Grosse-ÎleDidier Épars, capitaine de la goélette Grosse-Île Photo : Radio-Canada / Pierre Cotton

À qui la responsabilité du remorquage?

Mais ce n’était que le début des problèmes.

Lui et son assureur, Great Lakes Insurance SE, représenté par la firme britannique Concept Special Risks, ne s’entendent pas sur la responsabilité du remorquage de la goélette, échouée dans un récif de corail.

« On a une compagnie d'assurance qui, 35 jours après le naufrage, ne parle pas, n'envoie pas de courriel, ne fait rien, ne bouge pas », s’est-il indigné.

Le temps presse. « À partir de [lundi], le gouvernement cubain peut réquisitionner le navire », a dit M. Épars, s’appuyant sur l’information que lui a fournie un représentant de l’armée cubaine.

M. Épars, affirme-t-il, se trouve en garde à vue et est interrogé régulièrement depuis qu'il est à Maria la Gorda, un site de plongée sous-marine géré par l'armée.

Lundi, le navigateur tentera d'obtenir un nouveau délai afin de trouver une solution pour le remorquage. Pour lui, pas question d'abandonner la goélette.

[Ils] me disent tous les deux [l'armée et l'assureur] : “Abandonne 30 ans de ta vie”. C'est inacceptable.

Didier Épars, capitaine de la goélette Grosse-Île

Responsabilités floues

Son amie Leila Afriat est autorisée à communiquer avec l’assureur au nom de Didier Épars et l’assiste dans ses démarches à Montréal.

Elle aussi dénonce une « inaction » de la part de la compagnie d’assurances.

Les responsabilités de chacune des parties ne sont pas claires et malgré les tentatives répétées d’obtenir des réponses, la firme est muette, affirme Mme Afriat.

« J’ai envoyé des dizaines de courriels sans réponse. Je n’ai même pas reçu d’accusé de réception. Je n’ai jamais été capable de parler de vive voix à un représentant », déplore-t-elle.

Mme Afriat ajoute que Didier Épars doit rester à proximité du bateau pour qu’il ne soit pas considéré comme abandonné et ainsi perdre ses assurances, ou encore se faire saisir le bateau par l’armée cubaine.

Cela fait un mois qu’il dort sur la plage. Ce n’est pas des conditions de vie faciles. C’est 30 ans de sa vie qui coulent devant lui.

Leila Afriat, amie de Didier Épars

Communications difficiles

Concept Special Risks réplique qu'elle a informé Didier Épars de la situation de façon régulière.

Par contre, la barrière de la langue rend les communications difficiles avec l’assuré, selon le directeur général de Concept Special Risks, que nous avons rejoint par courriel.

« L’assuré ne parle pas très bien anglais, et bien que nous ayons une gestionnaire des réclamations qui lit le français, elle ne peut pas le parler couramment », précise Tony Usher.

Il s’agit d’une police d’assurance anglaise vendue par un courtier des îles Caïmans, donc impossible pour la firme de savoir que l’assuré ne parle pas couramment l’anglais, ajoute M. Usher.

« Les communications directes sont difficiles. »

Longue attente

Tony Usher ajoute qu’il est extrêmement complexe d’obtenir un permis du gouvernement cubain pour remorquer la goélette.

« Tout ce qui implique le gouvernement cubain semble prendre un temps excessif. »

L’assurance fait tout en son pouvoir pour trouver une solution, assure M. Usher.

Didier Épars dit avoir contacté les autorités canadiennes peu de temps avant le naufrage.

Selon nos informations, Affaires mondiales Canada (AMC) a signifié lundi son intention d’entrer en contact avec la compagnie d’assurances britannique.

Services consulaires offerts

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, AMC a confirmé que « des services consulaires étaient fournis à un citoyen canadien qui se trouve à Cuba à la suite d’un accident de bateau ».

« Les agents consulaires à Cuba sont en contact avec les autorités locales pour recueillir de l’information supplémentaire », a indiqué Guillaume Bérubé, porte-parole pour le ministère fédéral.

Il a ajouté qu’aucune autre information ne pouvait être divulguée en raison des dispositions de la Loi sur la protection des renseignements personnels.

Il n’a pas été possible d’obtenir des détails auprès du ministère des Relations internationales du Québec.

Avec la collaboration de Nahila Bendali

Justice et faits divers