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« Fin de vie », « mort prévisible » : le débat sur l’aide médicale à mourir est relancé

Le reportage de Jacaudrey Charbonneau
Jacaudrey Charbonneau

Depuis janvier, deux causes judiciaires remettent le débat sur l'aide médicale à mourir au-devant de la scène. D'un côté, Nicole Gladu et Jean Truchon, atteints de maladies dégénératives incurables, contestent les lois canadienne et québécoise devant la Cour supérieure. D'un autre, Michel Cadotte, a été reconnu coupable d'homicide involontaire sur sa femme atteinte d'alzheimer. Avocats et experts livrent leurs arguments sur la question.

Atteinte d'un syndrome post-poliomyélite et lourdement handicapée, Nicole Gladu mène depuis deux mois une bataille avec Jean Truchon, atteint de paralysie cérébrale, pour obtenir l’aide d’un médecin pour mettre un terme à leurs jours. Un tribunal leur avait refusé cette requête en 2016, sous prétexte que leur mort n'est pas imminente.

Je ne veux pas mourir, je veux arrêter de souffrir. Pour obtenir l'aide médicale à mourir, il faut que notre mort naturelle soit raisonnablement prévisible, et c'est ça qui nous bloque.

Nicole Gladu

Ses avocats contestent deux articles de loi : le critère de « fin de vie » de la loi québécoise et celui de « mort raisonnablement prévisible » de la loi fédérale.

Nicole Gladu, qui souffre d'un syndrome post-poliomyélite, est lourdement handicapée.Nicole Gladu, qui souffre d'un syndrome post-poliomyélite, est lourdement handicapée. Photo : Radio-Canada

Georges L'Espérance, président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, affirme que, d’un point de vue médical, la notion de mort « prévisible » ne tient pas la route. « La mort naturellement prévisible commence à la naissance », estime M. L'Espérance, qui a témoigné lors du procès de Mme Gladu et M. Truchon.

Michel Racicot, qui représente le Collectif des médecins contre l'euthanasie et l'organisation « Vivre dans la dignité », a lui aussi été appelé à témoigner dans la cause Gladu/Truchon. Il croit toutefois que les deux articles de lois contestés sont nécessaires pour prévenir le suicide et protéger les personnes vulnérables.

Aider quelqu'un qui va de toute façon mourir, le soulager de ses souffrances, c'est une chose, mais aider quelqu'un qui a plusieurs années à vivre c'en est une autre.

Me Michel Racicot

Le cas de Jocelyne Lizotte

Contrairement à Mme Gladu, Jocelyne Lizotte, dont le mari Michel Cadotte a été accusé de meurtre au deuxième degré le 23 février dernier, avait quant à elle perdu ses capacités cognitives des suites de la maladie d’Alzheimer.

Un an avant les faits, Michel Cadotte avait appris que son épouse n'était pas admissible à l'aide médicale à mourir, parce qu'elle ne pouvait pas y consentir et qu'elle n'était pas considérée comme étant en fin de vie.

L'avocat spécialisé en droit médical Jean-Pierre Ménard, qui représente Mme Gladu et M. Turchon, explique que l'un des paramètres fondamentaux de l'aide médicale à mourir, c'est qu'il faut être apte mentalement à consentir jusqu'à la fin pour y avoir accès. Les gens atteints de maladies liées à la démence comme l'alzheimer ne peuvent donc pas y avoir droit. Pourtant, le nombre de patients atteints de démence risque d'exploser dans les prochaines années au Canada, en raison notamment du vieillissement de la population.

Georges L'Espérance, président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignitéGeorges L'Espérance, président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité Photo : Radio-Canada

Il y a de plus en plus de gens qui vont avoir des pertes cognitives et l'espérance de vie va continuer de s'allonger, donc c'est clair qu'il va y avoir un problème majeur de gens atteints de démence. Il va falloir que la société réfléchisse à ce sujet-là.

Georges L'Espérance, président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité

Pour le criminaliste Charles Côté, la cause de Jocelyne Lizotte démontre bien que la question des proches aidants doit aussi faire partie du prochain débat sur la question.

« L'affaire Cadotte a démontré qu’on est vraiment mal outillé en matière d’aidants naturels et il faut faire un changement [à ce niveau-là] », dit-il.

La réponse politique

Le gouvernement de François Legault s’est déjà dit prêt à rouvrir le débat sur l'aide médicale à mourir, mais attend toujours les conclusions de deux rapports : l'un portant sur le bilan des trois ans de l'aide médicale à mourir, avec une attention particulière portée sur les cas qui ont été refusés. L'autre rapport doit se pencher sur les conclusions d'un groupe d'experts chargé d'examiner la question des demandes d'aide médicale à mourir anticipées.

Côté fédéral, le bureau du ministre de la Justice indique que sa législation établit un juste équilibre entre l'autonomie personnelle des personnes cherchant l'accès à l'aide médicale à mourir et la protection des personnes vulnérables.

Étant donné que cette question est actuellement devant les tribunaux, il juge inapproprié de commenter davantage.

Aide médicale à mourir

Société