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De plus en plus d'enfants transgenres ont besoin de soins à Ottawa et à Gatineau

Un jeune assis avec une planche à roulette.

Kian Olsheski fréquente la clinique sur l’identité de genre du CHEO depuis qu’il a 14 ans.

Photo : Radio-Canada / Stu Mills

Roxane Léouzon

La demande de soins pour enfants transgenres a fortement augmenté dans la région de la capitale nationale. En 10 ans, la clinique spécialisée sur l'identité de genre du CHEO, l'hôpital pour enfants d'Ottawa, est passée de 2 à 189 nouvelles demandes l'an dernier. En Outaouais, des organismes déplorent l'absence de services pour cette clientèle.

Kian Olsheski fréquente la clinique sur l’identité de genre du CHEO depuis qu’il a 14 ans. Il a toujours su qu’il était un garçon, alors qu’il était considéré comme une fille depuis sa naissance.

Je ne voulais plus vivre en tant que Katlyn, parce que ça ne correspondait pas à qui j’étais, témoigne le jeune aujourd’hui âgé de 17 ans.

Avant de révéler au grand jour ce secret qu'il portait, Kian s’automutilait. Il confie avoir même eu des idées suicidaires.

Cette souffrance est très répandue parmi les enfants qui ne s’identifient pas au même sexe que celui qui leur a été assigné à la naissance, souligne l’endocrinologue – un médecin spécialiste des hormones – Karine Khatchadourian, qui travaille au CHEO.

Beaucoup de patients se présentent au début à l’urgence en raison de tentatives de suicide. Plusieurs ont été admis à l’hôpital psychiatrique. En cherchant les raisons pour lesquelles ils se sont présentés, on constate qu’il y avait un inconfort avec leur identité de genre, raconte la Dre Khatchadourian, ajoutant que plusieurs études rapportent des taux très élevés d’idées suicidaires chez les personnes trans.

Karine Khatchadourian répond aux questions d,Une journaliste dans son cabinet. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La docteure Karine Khatchadourian.

Photo : Radio-Canada

De nombreux patients francophones

Des jeunes provenant de plusieurs régions de l’Ontario, certains d’aussi loin que North Bay pour recevoir des services en français, fréquentent la clinique, de même qu’une quinzaine provenant de l’Outaouais. La proportion de francophones se situe entre 6 % et 9 %, selon le CHEO.

Ils peuvent y recevoir des services de travailleurs sociaux, puis, à partir de la puberté, des traitements par bloqueurs d’hormones.

Les bloqueurs de puberté, c’est un traitement réversible. Ça donne du temps aux jeunes et à la famille de voir s’ils veulent continuer leur cheminement. Mais moins de 5 % changent d’idée en cours de route, explique la Dre Khatchadourian.

L’étape suivante est de prendre des hormones associées au sexe vers lequel ils veulent faire une transition, comme de la testostérone ou de l'estrogène. La clinique offre également, de façon exceptionnelle, quelques chirurgies sur des jeunes approchant la majorité. C’est le cas de Kian Olsheski, qui s’est fait retirer ses seins et son utérus. Il considère que ces soins lui ont sauvé la vie.

Ça m’a permis de passer à travers ce processus et de passer à une autre étape de ma vie, estime Kian.

Une jeune fille dans la forêt.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La jeune Katlyn Olsheski.

Photo : Radio-Canada / Olsheski family

« Nous sommes débordés », dit la Dre Khatchadourian

La Dre Khatchadourian pense qu’il est important que les jeunes soient pris en charge rapidement. Toutefois, en raison des listes d’attente, cela peut prendre jusqu’à un an et demi pour que ces jeunes voient un médecin spécialiste.

On voit que les références augmentent, de 10 à 20 nouveaux par mois, et on n’est pas capables, entre deux médecins du côté de l’adolescence et entre trois en endocrinologie, de voir ce nombre de patients par mois, reconnaît-elle.

Elle croit qu’il faudrait que plus de ressources soient allouées à la clinique pour répondre à la demande grandissante. À la recherche de solutions, elle souhaiterait aussi que le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais s’occupe de certains soins pour les patients québécois, comme les injections d’hormones.

Peu de soins spécialisés en Outaouais

Le mois dernier, une clinique du secteur du Plateau à Gatineau a commencé à offrir l’hormonothérapie, une partie des soins qui peuvent être prodigués aux patients transgenres, à ceux qui ont déjà commencé leurs traitements ailleurs. Aucun centre de santé de l’Outaouais n’offre pour l’instant l’ensemble des traitements.

Le CISSS de l’Outaouais dirige les enfants transgenres vers le CHEO, autant pour des soins psychologiques que physiques. Ils peuvent aussi se rendre à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Pourtant, des organismes communautaires constatent que les besoins augmentent aussi dans la région.

Jeunesse Idem, la seule ressource en Outaouais qui effectue du suivi et de l’accompagnement pour les adolescents transgenres, dit avoir reçu une trentaine de demandes pour des mineurs dans les huit derniers mois.

Il n’y a pas de services à proprement dit pour cette population-là. Il y a des gens qui ont une bonne volonté, qui veulent faire des changements, qui veulent accompagner, mais ils ne peuvent pas accompagner adéquatement ces jeunes-là, déplore Erik Bisson, directeur général de Jeunesse Idem.

Erik Bisson répond aux questions d'une journaliste dans les bureaux de Jeunesse Idem.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Erik Bisson, directeur général de Jeunesse Idem.

Photo : Radio-Canada

Même pour une évaluation psychologique pour obtenir un diagnostic de dysphorie de genre – une étape nécessaire pour être admissible à des soins d’hormonothérapie et de chirurgie –, les jeunes n’ont pas d’autre choix que de se rendre dans des cliniques privées ou de sortir de la région.

On a besoin de travailler ensemble pour développer ici ces services-là du côté de l’Outaouais.

Erik Bisson, directeur général, Jeunesse Idem

Au moment d'écrire ces lignes, le CISSS de l'Outaouais n'avait pas encore précisé s'il comptait développer des soins pour les enfants trans.

Un plaidoyer pour mieux aider les jeunes et leurs parents

Ève Jutras, responsable du groupe bénévole d’entraide Trans-Outaouais, souhaiterait également que des intervenants du CISSS de l’Outaouais soient assignés à ça pour savoir comment intervenir, pour donner des références ou même signer des lettres pour avoir droit à l’hormonothérapie pour les enfants.

Selon elle, ces enfants pourront déployer moins d’énergie pour la transition et vont pouvoir mettre ces énergies sur leurs études, leurs amitiés, les sports organisés à l’école.

Elle souligne qu’environ 300 personnes trans, dont des adolescents, ont participé aux groupes d’entraide de Trans-Outaouais depuis leur création il y a cinq ans. Cette année, la participation était si grande que Mme Jutras a décidé de faire passer le nombre de rencontres à deux par mois au lieu d’une.

Mme Jutras voudrait aussi la mise en place de ressources pour aider les parents d’enfants trans de 10 ans et moins.

Les parents qui ont un enfant trans ne savent pas à qui parler.

Ève Jutras, responsable, groupe d’entraide Trans-Outaouais

Erik Bisson souligne que son organisme est débordé, citant en exemple les cas d’écoles primaires qui font appel à Jeunesse Idem pour sensibiliser le personnel et lui montrer comment accompagner les élèves transgenres.

Les demandes grandissent tous les jours, et à deux ressources [deux employés], ce n’est pas suffisant. Donc il faut qu’il y ait quelque chose qui débloque pour qu’on puisse mieux accompagner notre jeunesse trans, plaide-t-il.

Avec des informations de Jen Beard de CBC

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