•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les délais s'allongent pour l'aide psychologique dans l'Est-du-Québec

Le repli sur soi-même d'un enfant triste

La pénurie de psychologues entraîne des délais de consultation plus élevés dans l'Est-du-Québec.

Photo : iStock

Marie-Christine Rioux

La pénurie de psychologues est généralisée dans l'Est-du-Québec en raison des nombreux postes présentement vacants. Les autorités de la santé tentent d'attirer les spécialistes en région, mais les délais s'allongent pour les gens qui veulent obtenir de l'aide.

Le temps d'attente pour avoir accès à des services en psychologie dans l'Est-du-Québec inquiète énormément la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, Christine Grou.

Six mois, 12 mois, 14 mois d'attente pour un problème de santé mentale avant de voir un psychologue, c'est énorme.

Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec

Selon elle, un problème de santé mentale qui n'est pas traité assez rapidement peut avoir des impacts sur la personne malade, mais aussi sur son entourage.

Ce n'est pas sans conséquence, alors moi, ce qui me préoccupe, c'est qu'on sait très bien que les troubles mentaux, si on les traite pas au moment opportun et si on n'a pas accès à ces psychologues-là pour les traiter adéquatement, [...] ce qu'on risque, c'est que le trouble mental se complexifie ou qu'il s'aggrave, soutient-elle.

Selon les données recueillies auprès des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), les adultes bas-laurentiens attendent près de 145 jours avant d'obtenir des services en psychologie dans le réseau public.

De leur côté, les adultes nord-côtiers attendent environ 41 jours avant de recevoir des services en psychologie.

Nombre d'adultes en attente pour le Bas-Saint-Laurent: 340
Délai d'attente moyen: 145 jours
Nombre d'adultes en attente pour la Côte-Nord: 152
Délai d'attente moyen: 41 jours

Le nombre d'adultes qui était en attente de recevoir des services en aide psychologique en février au Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord.

Photo : Radio-Canada

Ces données représentent les adultes qui attendent de recevoir des services dits de « première ligne ». Ces services psychosociaux sont notamment offerts dans les CLSC.

Une première évaluation y est souvent faite, avant qu'on ne réfère les citoyens aux psychologues.

En psychologie jeunesse, il faut attendre en moyenne 183 jours sur la Côte-Nord et 141 jours pour le Bas-Saint-Laurent.

Nombre de personnes en attente de service en psychologie jeunesse au Bas-Saint-Laurent: 99
Délai d'attente moyen: 141 jours
Nombre de personnes en attente de service en psychologie jeunesse sur la Côte-Nord: 102
Délai d'attente moyen: 183 jours

Il faut attendre plus d'une centaine de jours pour recevoir des services en psychologie jeunesse au Bas-Saint-Laurent et sur la Côte.

Photo : Radio-Canada

La Protection de la jeunesse du Bas-Saint-Laurent manque même parfois de personnel pour répondre à la demande, selon sa directrice, Anne Duret.

Nous-mêmes, on va acheter des services au privé lorsqu'on a vraiment des situations urgentes auxquelles on ne peut pas répondre à travers nos propres ressources, affirme Mme Duret.

Les autorités conscientes de la situation

Les intervenants en santé de l'Est-du-Québec sont au courant de la situation.

On a des postes vacants, donc on a des gens qu'on n'est pas en mesure de pouvoir remplacer. Ça a augmenté nos délais d'accès. On en est très conscients. On y travaille justement. [...] On est en mesure de pouvoir offrir des services complémentaires ou de pallier de façon différente, explique la directrice du Programme Santé mentale et dépendance au CISSS du Bas-Saint-Laurent, Claudie Deschênes.

Au CISSS du Bas-Saint-Laurent, on tente donc de faire preuve de créativité pour combler les besoins en aide psychologique, malgré la pénurie.

Une thérapeute prend des notes pendant qu'une cliente se confie.

Des organismes renouvellent leurs appels pour un financement à long terme des services aux victimes de violence sexuelle.

Photo : iStock / shironosov

Mme Deschênes cite notamment la formation de groupes de personnes vivant des problématiques similaires ou la mise en place d'une équipe psychosociale chargée de rappeler mensuellement les gens qui sont sur la liste d'attente pour accéder à un psychologue.

Ces rappels permettent à l'équipe de s'assurer que l'état de la personne en attente de services ne s'est pas dégradé et que cette personne est toujours en sécurité.

Elle ajoute que le CISSS travaille aussi plus étroitement avec les diverses ressources communautaires en santé mentale ou les centres de crise.

Pas une pénurie généralisée

Selon l'Ordre des psychologues, le Québec possède le nombre le plus élevé de psychologues par personne au Canada. En combinant les secteurs publics et privés, 8700 psychologues sont en fonction dans la province.

Cet article a été modifié. Dans la version précédente, on pouvait lire que la présidente de l'Ordre, Mme Grou, estime que la province dispose de près de 2200 psychologues sur son territoire, secteurs privés et publics confondus. Or, ce chiffre ne représente en fait que les psychologues qui travaillent dans le réseau public.

Nombre de psychologues dans l'Est-du-Québec (au public et au privé)
Bas-Saint-Laurent: 126 psychologues
Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine: 69 psychologues
Côte-Nord: 48 psychologues

Il ne manque pas de psychologues au Québec, selon la présidente de l'Ordre des psychologues. Le problème résiderait dans le fait que ces professionnels de la santé sont concentrés dans les grands centres.

Photo : Radio-Canada

De son côté, la directrice de la Protection de la jeunesse du Bas-Saint-Laurent croit que le problème vient surtout du fait que les effectifs sont surtout concentrés dans les grands centres.

Souvent, on va demeurer près, après nos études, de l'endroit où on a été formés. Dans la région, il n'y a pas de formation en psychologie.

Anne Duret, directrice de la Protection de la jeunesse du Bas-Saint-Laurent

Selon Mme Duret, le milieu de la santé de l'Est-du-Québec devra faire preuve de créativité pour mieux se faire connaître comme milieu de stage et d'internat pour les futurs psychologues.

Plusieurs offres d'emploi sont d'ailleurs affichées sur les sites web des CISSS du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord, dans l'espoir de trouver des candidats qui pourront pourvoir aux postes vacants.

Bas-Saint-Laurent

Santé mentale