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Algérie : Bouteflika candidat à un 5e mandat qu'il promet de ne pas finir

Le dirigeant algérien Abdelaziz Bouteflika assis sur une chaise roulante dans un bureau de vote lors des dernières élections parlementaires de mai 2017. Le président sortant, qui vient d'avoir 82 ans, apparaît rarement en public depuis qu'il a subi un accident vasculaire cérébral en 2013.
Le dirigeant algérien Abdelaziz Bouteflika assis dans un fauteuil roulant dans un bureau de vote lors des dernières élections parlementaires de mai 2017. Le président sortant, qui vient d'avoir 82 ans, apparaît rarement en public depuis qu'il a subi un accident vasculaire cérébral en 2013. Photo: AFP/Getty Images / RYAD KRAMDI
Radio-Canada

Confronté à une fronde sans précédent depuis son accession au pouvoir en 1999, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a tenté de trouver une porte de sortie en faisant savoir dimanche qu'il était prêt à renoncer au pouvoir dans un an s'il est réélu en avril.

C'est son directeur de campagne Abdelghani Zaalane qui a fait cette annonce avant de se rendre dans les locaux du Conseil constitutionnel pour déposer les documents nécessaires à une nouvelle candidature de M. Bouteflika. Ce dernier, hospitalisé depuis une semaine en Suisse et dont le retour n'a toujours pas été annoncé, cherche à obtenir un cinquième mandat.

S’adressant aux médias devant le Conseil constitutionnel, M. Zaalane a lu une lettre de M. Bouteflika, dont des extraits avaient été diffusés auparavant à la télévision nationale.

J'ai écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m'ont interpellé sur l'avenir de notre patrie.

Extrait de la lettre du dirigeant algérien qui a été lue par son directeur de campagne

Ces jeunes « ont exprimé une inquiétude compréhensible [...]. J'ai le devoir et la volonté d'apaiser les cœurs et les esprits de mes compatriotes » et de répondre à « leur exigence fondamentale [...] le changement du système », poursuit le président algérien.

« Si le peuple algérien me renouvelle sa confiance » le 18 avril, « je prends solennellement devant Dieu, et devant le peuple algérien » l'engagement d'organiser « une élection présidentielle anticipée » dont la date sera arrêtée par une « conférence nationale » mise en place après le scrutin, annonce-t-il.

« Je m'engage à ne pas être candidat à cette élection qui assurera ma succession dans des conditions incontestables de sérénité, de liberté et de transparence », ajoute M. Bouteflika.

Des manifestants devant un bâtiment officiel gardé par la police, en AlgérieDans plusieurs villes algériennes, de nombreux manifestants – bien souvent des jeunes et des étudiants – ont vertement dénoncé le « régime » Bouteflika. Photo : AFP / Getty Images

Il a également annoncé qu'une nouvelle Constitution consacrant « la naissance d'une nouvelle République » serait soumise à référendum.

Son directeur de campagne a affirmé que la candidature de M. Bouteflika avait recueilli 19 700 parrainages d'élus nationaux et locaux et plus de cinq millions de parrainages d'électeurs à travers le pays.

Manifestations à Paris, Montréal et Ottawa

Dans la journée, des centaines d'étudiants ont à nouveau protesté, sans incident, dans la rue et sur les campus, à Alger et dans plusieurs villes du pays, contre la perspective d'un 5e mandat de M. Bouteflika, 48 heures après des manifestations monstres à travers l'Algérie.

« Bouteflika, dégage! », « Algérie libre et démocratique », ont scandé les manifestants, de nombreux automobilistes klaxonnant au passage en signe de solidarité.

Des manifestations ont également rassemblé environ 6000 personnes à Paris, un millier à Marseille, plus d’un millier à Montréal et plusieurs dizaines à Ottawa.

Des manifestants tiennent des affiches montrant des slogans tels « un seul héros : le peuple » et « le mandat de la honte ». Plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées devant l'ambassade algérienne à Ottawa. Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

En entrevue à l'émission Désautels le dimanche, sur les ondes d'ICI Première, l'écrivain algérien Kamel Daoud a affirmé que ses compatriotes « vivent dans un régime de terreur; de chantage alimentaire et de chantage à la sécurité des biens et des personnes », une situation qui se serait détériorée depuis le quatrième mandat du président Bouteflika.

Les gens ne manquent pas de pain, en règle générale. Ils manquent de sens.

Kamel Daoud, écrivain algérien

Les jeunes, qui forment 70 % de la population et qui n'ont pas connu la guerre d'indépendance contre la France, « n'ont pas de représentativité culturelle et politique », a encore déploré l'auteur.

Selon ce dernier, « une minorité d'autocrates gouverne le pays depuis toujours ». Face à ceux « qui ne veulent pas partir », les jeunes se sont organisés, entre autres en passant par les réseaux numériques.

Kamel Daoud rejette par ailleurs les suggestions voulant qu'un changement de régime puisse mener à une dictature militaire, comme en Égypte, ou à une guerre civile, comme en Syrie. « Effectivement, il y a des risques, mais si l'on ne prend pas de risques, il n'y a pas d'avenir », a-t-il lancé.

M. Bouteflika est le 8e candidat à déposer son dossier devant le Conseil constitutionnel, qui doit statuer sur la validité de ces candidatures dans un délai de 10 jours. Aucun des candidats enregistrés jusqu'ici ne semble représenter une menace sérieuse pour sa réélection.

Avec l'Agence France-Presse et Reuters

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