•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des parents de Gatineau dénoncent l'usage « excessif » de mesures d'isolement contre leur fils

Mme Trottier et M. Gosselin assis dans leur cuisine.

Les parents de Mathys affirment qu'ils arrivent à contrôler ses crises en le rassurant et en parlant.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Un jeune Gatinois de 9 ans qui vit avec un TDAH se serait retrouvé enfermé à plusieurs reprises dans une salle d'isolement de l'École primaire de l'Envolée, dans la semaine du 18 février. Ses parents ont décidé de le retirer temporairement de sa classe et attendent des explications de l'établissement scolaire.

Mathys, le fils d'Isabelle Trottier et Christian Gosselin, doit composer quotidiennement avec un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH), accompagné d'un trouble d'opposition. Ils ont été bouleversés d'apprendre que leur fils se serait retrouvé dans une salle d'isolement à l'école alors qu'il n'était pas en crise.

Je sais que mon fils n'était pas toujours en crise quand ils l'ont mis dans la salle d'isolement. Parfois, c'était parce qu'il refusait de travailler ou qu'il sortait de la classe puisqu'il allait s'assroir à côté de son casier. S'il sortait, c'est parce qu'il était triste. Reste à savoir pourquoi, a indiqué la maman de Mathys en entrevue.

Pourtant, tout va bien à la maison, a assuré cette dernière. Il y a bien longtemps que Mathys n'a pas fait de crises à la maison, ce qui rend son comportement à l'école particulièrement inhabituel.

À la maison, on n'a pas besoin d'une salle comme ça. On est capable de contrôler Mathys en lui parlant, on n'a jamais besoin de le maîtriser.

Christian Trottier, père

Pourtant, le jeune garçon est scolarisé dans une classe adaptée aux élèves qui ont des troubles d'apprentissages ou de comportements. Un intervenant accompagne les élèves, en plus de l'enseignant, et le nombre d'élèves est réduit.

Un soir, M. Gosselin a trouvé son fils en pleurs dans la salle d'isolement en allant le chercher à l'école. Il était renfermé dans son coin en petite boule, il pleurait, il avait de la misère pour les premières secondes à me parler. J'ai essayé de consoler Mathys, ce n'était pas évident, s'est-il souvenu.

Une salle qui n'est pas adaptée

Les parents ont décrit la salle d'isolement comme une petite pièce vide et bétonnée, normalement utilisée en dernier recours quand un enfant menace de se faire mal ou de blesser quelqu'un. La maman de Mathys craint que celui-ci s'y inflige des blessures.

Une fois dans la salle, il perd le contrôle de lui même, il devient choqué, puis là, il fait une vraie crise. Ce n'est pas nécessairement parce qu'il est en crise qu'ils le mettent dedans. Ça me dérange.

Isabelle Trottier, mère

Un récent changement

Mathys n'a pratiquement pas été isolé de septembre à décembre. Mme Trottier a attribué ce changement de cap au départ de l'enseignant de son fils. Elle croit également que le remplaçant connecte moins avec celui-ci et elle remet en question sa capacité à intervenir auprès de lui.

M. Gosselin et Mme Trottier sont d'avis qu'il faut avoir une salle plus appropriée, des gens mieux formés, des outils comme des balles de stress pour aider les enfants à traverser cette épreuve, à les calmer.

J'angoisse tous les jours en ce moment en me disant : ''Est-ce qu'il apprend ou est-ce qu'il est isolé dans la salle?''. C'est ce qui m'inquiète le plus, je trouve que les gens [ne] sont pas suffisamment formés et puis la salle est en béton, je trouve que [ce n'est] pas adapté pour un enfant en crise.

Isabelle Trottier, mère

En entrevue à Radio-Canada, Benoit Hammarrenger, neuropsychologue et spécialiste du TDAH chez les enfants, a expliqué que l'isolement permet à la classe de fonctionner et que c'était une pratique assez courante. Il a cependant nuancé ses dires en ajoutant que, sur le long terme, ce n'était pas la bonne façon de procéder.

On aurait besoin de plus de services dans les écoles. On manque de services en psychologie pour suivre ce jeune-là, pour lui apprendre à gérer ses émotions, ses réactions.

Benoit Hammarrenger, neuropsychologue

Mathys a maintenant peur et ne veut plus retourner à l'école, selon ses parents. Pour le moment, ces derniers ont choisi de le garder à la maison en attendant de rencontrer la direction scolaire, qui n'a toujours pas répondu à leurs questions. On [se sent] un peu découragés. Quand on essaie d'avoir des réponses, on a l'impression qu'il y a des portes qui sont fermées, a confié M Gosselin.

Ils souhaiteraient discuter avec la direction de l'école pour trouver les moyens d'aider Mathys. L'École primaire de l'Envolée et la Commission scolaire des Draveurs ont refusé nos demandes d'entrevues.

Une version précédente de ce texte citait Benoit Hammarrenger en tant que porte-parole de l'Association québécoise des neuropsychologues. L'expert s'est présenté à Radio-Canada comme un « représentant média » de l'organisation. Toutefois, bien que l'AQNP ait référé Dr Hammarrenger, ce dernier n'en est pas le porte-parole, a fait savoir le groupe après la publication du reportage.

D'après les informations de Florence Ngué-No et Ismaël Sy

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Éducation